Top horreur n°8 : Halloween

Florent Kretz | 23 octobre 2009
Florent Kretz | 23 octobre 2009

Pour fêter le mois d'Halloween, la rédaction d'Ecran Large a pris son courage à deux mains et s'est lancée dans l'impossible : élire ses 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma. Pour être le plus rigoureux possible, des règles ont été établies comme celle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste dans le classement final (sauf une exception mais chut on vous expliquera à la fin du mois pourquoi). 12 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 40 films préférés. A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'à la fameuse nuit d'Halloween qui révèlera le numéro 1 de la rédaction. Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma d'horreur.

 

8 - Halloween (1978) de John Carpenter

Ilan Ferry :

Big John cristallise nos peurs les plus profondes par l'entremise d'une des figures les plus emblématiques du genre. Tout simplement mythique.

Jean-Noël Nicolau :

Pourquoi s'encombrer d'un scénario lorsque la mise en scène se suffit à elle-même ? Un tour de force esthétique qui parvient à terrifier juste avec de la musique et des mouvements de caméra. Pour le reste il ne faudra pas être trop exigeant...

Laurent Pécha :

La toute puissance de la mise en scène pour faire naître LE boogeyman ultime. Insurpassable !  

 

Introduire un film tel que Halloween est une tache d'une réelle complexité. Car il est des métrages qui sont bien plus que ce qu'ils paraissent, tellement plus que ce qu'ils auraient du être... Celui-ci est un de cela. Voir même d‘avantage: plus précieux, plus important, plus légendaire que les autres. Précieux car il s'extirpe lui-même de ses pauvres mais honorables ambitions de petit divertissement pour imposer une mise en scène remarquable au service d'une trame aussi simple qu'évidement géniale. Important  et légendaire parce que de la même manière, La nuit des Masques va se révéler être un axe majeur dans l'histoire du cinéma: incarnant la véritable passerelle entre l'épouvante traditionnelle et l'horreur moderne, le chef d'œuvre de John Carpenter s'imposera tel un Classique instantané, un passage obligé et une sacré leçon de cinéma.

Avant de revenir sur la genèse de ce monstre révolutionnaire, rappelons tout de même une évidence: si aujourd'hui encore La nuit des Masques jouit d'un culte phénoménal et non usurpé, c'est bien parce qu'il aura su se dépêtrer d'un carcan modeste pour mieux exploser les conventions. Celles de la fiction en termes de narration mais surtout celles de l'industrie cinématographique. Certes, les années 70 possèdent un florilèges d'œuvres indépendantes et innovantes. Oui, une pléiade d'entre elles sont considérées comme des incontournables. Bien sur, on pourrait contester cette apologie du film de Carpenter en rappelant la légitime importance de bandes de la même époque telles que Massacre à la Tronçonneuse ou La dernière maison sur la gauche (pour rester dans le registre de production mineure coup de poing). Mais chacun sait que la folie de Tobe Hooper s'apparente plus à une pièce d'Art outrageuse qu'à un vrai divertissement et que le cinéma de Wes Craven, aussi sympathique soit-il, possède la sidérante faculté d'incroyablement mal vieillir. Halloween n'est pas de ces modèles: Halloween s'assume, s'invente, se fascine et se bonifie avec le temps.

D'ailleurs s'il rappelle pour l'ensemble des cinéphiles une expérience aussi terrifiante que charmante, une sorte de rêve monstrueux tenant autant de la madeleine de Proust que de l‘horreur pure, il matérialise, pour les cinéastes en devenir, la promesse d'un avenir glorieux et la preuve de l'existence d'une reconnaissance légitime. Une réputation et une aura que personne n'aura jamais remis en cause: avec pour seules armes la passion, l'intelligence et une huile de coude à toute épreuve, Carpenter se fera simultanément champion du box-office, maitre de l'horreur, génial metteur en scène et auteur respectueux et visionnaire! Pourtant ce qui parait être une évidence aujourd'hui ne la pas toujours été. Et même si beaucoup avaient déjà décelé quelques traces de génie dans ses précédents travaux, les choses ne sont, à l'époque, pas si facile pour Carpenter.

Flashback: en 1975, Dark Star, son film de fin d'études qu'il aura mis quatre ans à rallonger, sort en salles avec pas plus de 50 copies. Le métrage sur lequel il a travaillé avec Dan O'Bannon (futur scénariste d'Alien) disparait quasiment immédiatement dans l'indifférence générale: seul les groupe d'étudiants y voient un quelconque intérêt. Un an plus tard, Assaut, son premier long métrage, sort et récolte une majorité de critiques mitigées hormis en France où on souligne son ingéniosité. Mais cela ne suffit pas: l'échec est bien là et Carpenter ne parvient pas à mettre en route de nouveaux projets. Contraint de s'investir sur quelques autres travaux, il se fait embaucher en tant que scénariste, rôle qu'il a déjà exercé sur des productions telles que Les yeux de Laura Mars par exemple. Goutant les genres, il s'essaie au Teen movie (Zuma Beach), au thriller (Prey), à la série b décomplexée (Fangs). S'il pense que le projet de western qu'il développe avec John Wayne peut se concrétiser (Blood River sera avorté), il parvient tout de même en 77 à se faire recruter par la Warner pour réaliser Meurtre au 43ème étage, un téléfilm réalisé en studio. Lui permettant de pratiquer le métier de manière moins indépendante, il en profite pour acquérir une vraie rigueur de travail et pour se familiariser avec les techniques de steady-cam.

Après la diffusion de cet hommage à Hitchcock ayant pour vedettes Lauren Hutton et la belle Adrienne Barbeau (qu'il épousera quelques années plus tard), il est contacté par la toute récente Compass International, société de production dirigée  par Irwin Yablans et Moustapha Akkad. Les deux souhaitent financer un long métrage d'horreur qu'ils espèrent aussi gagnant que L'exorciste de Friedkin. Offrant à Carpenter de diriger ce qui se devra de raconter le massacre de baby-sitters, il obtient le privilège du final-cut et une totale liberté de manœuvre. Avec un budget de 325000 dollars, on laisse le soin au réalisateur d'écrire ce Baby Sitter Murders, celui-ci s'entourant de sa fidèle complice Debra Hill pour la rédaction. Seul petite contrainte, Yablans insiste pour que tout se déroule durant la nuit d'Halloween, célèbre fête anglo-saxonne qui bat son plein depuis quelques années et qui sera à coup sur un argument de vente. Convaincu, Carpenter ne change pourtant pas grand-chose de son intrigue, la fête des morts ne devenant finalement qu'une clé mythologique en plus. Ainsi, La nuit des masques narrera les aventures de trois donzelles subissant les assauts de Michael Myers, un évadé d'asile ayant fait ses armes lors de ses jeunes années en massacrant sa sœur ainée.

Un pitch simplissime pour une histoire à l'efficacité redoutable, Carpenter visant les fondamentaux et s'attachant à retranscrire des émotions universelles. Profitant de l'opportunité que représente la date du 31 octobre, nuit durant laquelle tous les mômes se déguisent, il gratifie le personnage de Myers d'une particularité: le désirant le plus terrifiant possible, il lui fait revêtir un masque sensé sacraliser son absence d'humanité. Et c'est cela qu'envisage le réalisateur dans cette apparition: Myers, qu'il nomme The Shape dans le scénario, sera l'horreur a l'état pure, la haine sans pitié, sans conscience... Une chimère déviante, quasi surnaturelle qui n'aura jamais de répit. Pour cela, il demande à son ami d'enfance et collaborateur Tommy Lee Wallace, ici directeur artistique et monteur, de persévérer dans la recherche graphique d'un démon à l'apparence humaine. Proposant tout d'abord un masque de clown rappelant la tenue de Myers lors de ses exploits de jeunesse, il se rabat sur celui de William Shatner, héros de la série Star Trek. Après l'avoir repeint et lui avoir élargi les orbites, la face retrouve les intentions des écrits de Carpenter: une apparence humaine sans aucune clémence.

Pour incarner les héroïnes de cette nuit de terreur, Carpenter s'inspire de ses rencontres durant son adolescence au lycée de Bowling Green: Laurie, Annie et Linda se comportent naturellement, évitant les clichés pour inventer de nouveaux codes. Si Debra Hill propose, pour celui de Laurie, la jeune Jamie Lee Curtis, actrice montante, Carpenter voit surtout le symbole que représente la présence de la fille de Janet Leigh dans son film (Leigh étant la fameuse Marion Crane de Psychose). Autre protagoniste important, le Dr Loomis se doit d'amener tout un background, le personnage étant une figure cruciale du métrage: psychiatre du serial killer, Loomis représente au premier abord la face tendre et manichéenne qui se dresse face à Myers, l'ingéniosité de Carpenter étant de le faire glisser dans une véritable folie, biaisant ainsi toutes les conventions. Pour ce rôle fort en symboliques, il tente d'obtenir les services de Christopher Lee et de Peter Cushing, icones du cinéma gothique de la Hammer. Essuyant leurs refus, il obtient de Donald Pleasance, autre acteur légendaire, d'apparaitre: jugeant le scénario abscond, celui-ci acceptera de tourner une semaine (sur trois prévues) et ce uniquement pour faire plaisir à sa fille, fan de Assaut!

Tourné au printemps 78, Halloween révèle une impressionnante patte: éblouit par les plans en Dolly de De Palma sur Carrie, Carpenter se rappelle de ses expérimentations sur Meurtre au 43ème étage et accomplit un véritable tour de force, les contraintes dues au budget et au planning serré titillant toujours son inventivité. En témoigne cette impressionnante séquence d'ouverture dans laquelle nous est présenté Myers dans toute sa splendeur: dans un  faux plan séquence remarquable (le plan ne connait un cut que dans ses dernières secondes), Carpenter impose un style sidérant et surtout ose l'impensable, obligeant le spectateur au travers d'une vue subjective à s'identifier au psychopathe. Et ce n'est que le début, l'ensemble faisant cohabiter les longs travellings dans le quartiers middle class avec une maestria dans l'art de susciter la terreur à partir de rien. Développant une menace invisible, violant l'intimité comme personne et ce de manière anodine, il redessine le visage de la peur, sa perversité allant jusqu'à soumettre le public à une claustrophobie ambiante: laissant peu à peu les espaces aérés des rues, il fond crescendo dans l'effroi, réduisant le champs d'action pour livrer un climax d'une rare intensité dans un placard défiant ainsi toutes les interprétations psychanalytiques.  

Sachant pertinemment ce qu'il filme, chaque prise viable est utilisée. Au point même que, lorsque le film aura été un succès phénoménal (il restera jusqu'à la sortie du Projet Blair Witch, le film le plus rentable de toute l'histoire du cinéma), l'Angleterre lui demandera de retourner quelques séquences supplémentaires (douze minutes au total) pour une diffusion télévisée! S'en suivront des suites plus ou moins réussies (les épisodes deux et quatre étant d'honorables modèles tandis que le trois s'apparente plus à un spin off) et une entrée fracassante dans l'inconscient collectif. Que ce soit Myers ou la musique entêtante et culte composée par Carpenter himself, la série, et plus spécialement La nuit des masques, pourrait presque être considéré comme une institution. Parce que l'abstraction du Mal que décrit le prodige, l'approche humaniste et novatrice  qu'il livre dans une formalité extrêmement classique, le quotidien qu'il dépeint font de Halloween un vrai grand Moment de Cinéma. Car Carpenter avait tout compris: il n'y a rien de plus terrifiant que ce qu'on ne comprend pas, ce qu'on ne voit pas, ce qui n'est pas... Pas étonnant alors que sa principale inspiration ait été ses propres terreurs abstraites et enfantines dans le noir précédant les chocs des trains fantômes: plus horrible que l'horreur, son attente... 

 
 
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