Top horreur n°28 : Hellraiser

La Rédaction | 4 octobre 2009
La Rédaction | 4 octobre 2009

Pour fêter le mois d'Halloween, la rédaction d'Ecran Large a pris son courage à deux mains et s'est lancée dans l'impossible : élire ses 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma. Pour être le plus rigoureux possible, des règles ont été établies comme celle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste dans le classement final (sauf une exception mais chut on vous expliquera à la fin du mois pourquoi). 12 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 40 films préférés. A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'à la fameuse nuit d'Halloween qui révèlera le numéro 1 de la rédaction. Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma d'horreur.   

 

28 – Hellraiser (1987) de Clive Barker


 

Jean-Noël Nicolau :

La meilleure adaptation de Clive Barker au cinéma… par lui-même. 

Laurent Pécha

Imparfait à bien des égards mais tellement iconique et barré. Hellraiser, c’est l’essence même du film d’horreur ! 

L'avis de Vincenzo Natali (Cube, Splice)

Le look des Cénobites est dingue. Vous vous souvenez de cette époque où  l'on craignait que Clive Barker s'empare du monde ? C'est entre autre à cause de Hellraiser

 

Il y a quelque chose de remarquable dans une œuvre telle que Hellraiser, le pacte. Tandis qu'elle porte en son sein tous les stigmates des années 80, elle a aussi su s'imposer comme l'un des monuments incontournables du cinéma d'horreur. Car d'horreur, de terreur, de tripes et de sang, il en est bien question dans ce remarquable Hellraiser, chimère malade et charmante, happant quiconque osant s'aventurer de son côté. Viscéralement déviant, dangereusement envoutant, le film du génial Clive Barker se révèle, à l'instar de ses textes, un objet fascinant, troublant et bien plus pertinent que son simple statut de bande culte grand guignol. Ainsi, tout comme le sujet qu'il développe, Hellraiser, le pacte se dévoile être une véritable boite de Pandore...

Petit film de 1987 sans prétention, incroyablement promis à un improbable destin (pas moins de huit suites et un culte démentiel autour de son créateur), Hellraiser prend pourtant racine dans l'esprit torturé de Clive Barker plusieurs années plus tôt. Né dans le courant des années 50, Barker, gamin de Liverpool, s'épanouit très vite au travers de l'écriture de nouvelles horrifiques, genre qui lui permet de confier ses penchants homosexuels et d'expier ses tentations vers quelques expériences hors normes. Envouté par l'Art, il propose dès ses premiers textes à l'age de quatorze ans un nouvel univers, charnel et pulsionnel, renvoyant à autant de célèbres références qu'à sa propre intimité. Totalement désinhibé de l'emprise familiale, il s'assume pleinement et s'ouvre vers tous les moyens d'expressions à sa portée. Se faisant tour à tour, écrivain (The Wood on the Hill), peintre ou metteur en scène de théâtre (The Secret Life of the Cartoons; Frankenstein in Love), il passe aussi à la réalisation en 1971 lorsqu'il met en boite un hommage à Oscar Wilde baptisé Salome. Tourné en 8mm en compagnie de sa troupe de théâtre, Barker abordera cette tentative comme une expérience personnelle destinée à ne pas être dévoilée. 


Récidivant dès l'année suivante mais cette fois en 16mm, il mettra plusieurs années avant de boucler le court métrage The Forbidden, expérimentation muette et hallucinée dévoilant en quelques minutes l'ensemble de ses obsessions. Tous les thèmes de prédilections de Barker apparaissent à un moment ou l'autre dans cet exercice de style pour le moins personnel: soumission, plaisirs interdits, tortures, douleurs orgasmiques... L'artiste se livre littéralement et révèle ce qu'il a en lui à l'image de cette troublante séquence décrivant le calvaire d'un homme que l'on écorche. Fort de cette exhibition secrète, Barker prend un peu plus d'assurance et atteint une réelle maturité dans ses écrits: au début des années 80, il publie un recueil de nouvelles titré assez légitiment Les livres de Sang ainsi que son premier roman Le jeu de la damnation en 1985. Acclamé dans le monde entier et majestueusement adoubé par Stephen King qui voit en lui « l'avenir de l'horreur », le jeune britannique persiste dans sa quête de savoir et répond par l'affirmative à toutes propositions.


Mais les premières expériences avec l'industrie du cinéma seront pour le coup un peu trop douloureuses pour lui. D'ailleurs, il entretiendra avec elle une relation sadomasochiste sans fin. Déjà lorsqu'on lui offre d'adapter quelques unes des ses nouvelles, l'aventure se solde par des échecs retentissants: plus que le fait d'être de sacrés bides, le travail de George Pavlou sur ses écrits se révèlent être d'impressionnants fiascos artistiques ! Se sentant trahi par la transformation de son Underworld en Transmutations puis par le nanar Rawhead Rex l'année suivante, Barker se réfugie dans l'écriture et attend sa revanche. Celle-ci se présentera dès 1986 et prendra les traits de Christopher Figg, assistant réalisateur souhaitant se lancer dans la production. Proposant à Barker qu'il réalise lui-même un long métrage, l'auteur met à jour un texte récent et pas encore édité. Scénarisant sa propre nouvelle (The Hellbound Heart), Barker et Figg obtiennent des capitaux de la part de New World Pictures, célèbre compagnie américaine souhaitant profiter de la réputation montante du romancier.


Nanti d'un budget misérable pour un film de cette ambition (moins d'un million de dollars) mais soutenu par la production qui n'hésite pas à ajouter quelques billets après chaque nouvelle séquence dévoilée, Barker fait donc ses armes avec la réalisation de ce qui doit s'appeler, à l'époque, « Sadomasochists from beyond the grave ». Préferant un casting réduit au maximum et bas de gamme (la seule personnalité étant Andrew Robinson habitué des séries telles que Kojak ou Sherif, fais moi peur ! mais surtout Scorpio, le frappé de L'inspecteur Harry), Barker se voit pour la première fois confronté aux véritables problèmes de mise en scène: décors trop étroits pour varier les prises de vues, planning au pas de course, séquences de maquillage interminable (six heures de calvaire pour son compagnon de toujours Doug Bradley qui se métamorphose ainsi en Pinhead)... Barker va jusqu'à mettre lui-même la main à la patte pour boucler les effets spéciaux des séquences finales...


Comprenant que le métrage court à sa perte s'il ne s'en tient qu'à ses premières volontés, il privilégie l'ambiance au détriment de l'action suggérant plus qu'il n'en montre (le film reste tout de même assez gratiné dans ce qui est de l'horreur graphique pure et dure). Monté par Richard Manden, habitué du cinéma arty  de Paul Morrissey, et bercé par l'impressionnante bande son de Christopher Young, Hellraiser, le pacte souffre tout de même d'une douloureuse confrontation avec la MPAA qui reste sans voix face aux exactions horrifiques. Mais les maintes coupes ne viendront pas à bout du film qui incarne à lui seul tout un univers de désirs secrets et pervers. Plus perturbant dans son fond que dans sa forme, Hellraiser sidère par sa volonté de revisiter les différents mythes (Faust, Pandore...), Barker se les réappropriant et les assimilant à la pop-culture des 80's!


Sombre à souhait, beau à mourir, délicieusement sensuel et outrageusement burné, Hellraiser ne trompe personne en narrant les aventures d'une famille en pleine implosion. Si la boite de Lemarchand offre bien une rencontre ambiguë avec les Cénobites, maitres des plaisirs et des douleurs, c'est pour mieux en relever les bassesses et autres abjections purement humaines: tromperies, excès, envies... Tout est bon pour rendre plus abjectes et paradoxalement plus compréhensibles ses personnages, le réalisateur semblant bien plus fasciné par l'horreur du quotidien que par les dérives gores qu'entrainent les passions proposées par les Cénobites. En appelant directement aux instincts enfouis de ses spectateurs, Clive Barker sort incontestablement vainqueur de cette épopée sanglante et rebutante: trop heureux d'avoir pousser ses héros dans un enfer de plaisir, il sera surtout parvenu à confronter le public à ses désirs crasses...

Florent Kretz.

 

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