10 remakes à la hauteur de l’original

Par Thomas Messias
21 avril 2009
MAJ : 17 octobre 2018
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La Dernière maison sur la gauche version 2009 est au moins l'égale de l'original signé Wes Craven. Le bon sens cinéphilique rappelle que les remakes sont généralement des affronts à la face des classiques réactualisés. Pourtant, parfois, rarement, les nouvelles versions sont à la hauteur, voire supérieures. 10 exemples particulièrement mémorables ont été sélectionnés par la rédaction d'Ecran Large.

 

 

 

 

The thing de John Carpenter (1982)

remake de

La chose d'un autre monde de Christian Nyby & Howard Hawks (1951)

 

L'abstraction dans l'explicite, le concept peut paraître pompeux mais il est parfaitement illustré par la version de La Chose d'un autre monde conçue par John Carpenter. L'horreur tire souvent sa force du non-dit, du dissimulé, du travail de l'imagination. Ici, le réalisateur et Rob Bottin (aux effets spéciaux) ont décidé de tout montrer, jusqu'au grotesque, jusqu'à l'absurde, jusqu'à la plus indescriptible monstruosité. La Chose n'est à la fois rien (car imitant n'importe qui) et tout (entité à l'extension infinie, quasi indestructible). Si le film original de Niby et Hawks évoquait déjà avec réussite la paranoïa, celui de Carpenter touche au chef-d'oeuvre, alliant perfection esthétique et description glaçante d'une fin du monde improbable.

 

 

 

 

 

 

La mouche de David Cronenberg (1987)

remake de

 

 

Bonne petite série B, La Mouche noire demeurait célèbre grâce à la présence de Vincent Price et à son plan final (« Help me ! Help me ! »). Sur la base de la métamorphose, David Cronenberg offre un remake totalement dédié à l'univers de son auteur. La chair fait plier l'esprit jusqu'à la folie, l'humanité se désagrège en même temps que le corps. Grâce à la formidable performance de Jeff Goldblum, La Mouche devint le film le plus abordable et directement touchant du réalisateur canadien, de même que son plus grand succès public. L'approche psychologique, méticuleuse, nuancée, fascinante, chère au créateur de Videodrome, demeure sans égale dans le cadre d'un film fantastique grand public.

 

 

 

 

 

 

La guerre des mondes de Steven Spielberg (2005)

remake de

 

 

La polémique, légitime, concernant la version de La Guerre des mondes made in Spielberg ne s'est fondée que sur la comparaison avec le roman de H.G. Wells. Personne (ou presque) n'a remis en question la supériorité du film face à la version de 1953. Pourtant l'oeuvre de Byron Haskin possède de belles qualités, au moins visuelles. Mais même sur ce terrain, le grand Steven est le meilleur. Tour de force de mise en scène, doublé par des effets spéciaux sans faute, le film retrouve aussi en grande partie la cruauté traumatisante du livre. Impitoyables et organisés, les extra-terrestres sont ici les plus effroyables depuis les Aliens. Au milieu de cette horreur Spielberg choisit d'exalter la famille et un peu d'héroïsme. On lui a reproché, sans doute à tort.

 

 

 

 

 

 

Le blob de Chuck Russell (1988)

remake de

Danger planétaire d'Irvin S. Yeaworth Jr. (1958)

 

 

Trente années après le premier Blob (Danger Planétaire en VF) qui avait alors révélé au public un juvénile Steve McQueen, Chuck Russell, assisté de Frank Darabont au scénario, procède à une modernisation efficace et jubilatoire d'une des monstruosités les plus célèbres de la série B. Exit les origines extra-terrestres de la chose, ici on rejoint les thèses du complot avec virus mutant et scientifiques prêts à tout pour camoufler leurs expériences, mais les héros demeurent toujours des teenagers, à la différence que c'est ici le jeune rebelle Kevin Dillon allié à la cheerleader Shawnee Smith qui tentent de protéger leur petite ville du mystérieux Blob. Inspiré par la création de The Thing, les spécialistes des SFX font de la masse flasque et paresseuse des fifties un monstre tentaculaire, protéiforme et véloce qui finira dans la glace, comme dans l'original de 1958. Plus gore et plus rythmé, dosant parfaitement l'humour et une certaine forme de cruauté (les enfants ne sont pas épargnés), le Blob 1988 surpasse par de nombreux points son modèle et supporte aisément plusieurs visionnages, comme un bon film populaire qui se respecte.

 

 

 

 

 

 

La féline de Paul Schrader (1982)

remake de

 

 

Le réalisateur d'American Gigolo et scénariste de Taxi driver qui s'attaque au remake de La Féline de Jacques Tourneur, un des plus grands classiques du cinéma fantastique d'avant-guerre, celui qui a donné ses lettres de noblesse à la peur suggestive, on demande à voir ! La réussite envoûtante de cette nouvelle Féline est pourtant manifeste. En choisissant d'oublier la suggestion de son prédécesseur pour accentuer l'aspect sulfureux de la malédiction qui plane sur Irena (le sexe est des plus explicites), Paul Schrader transforme son film en une œuvre érotique troublante transcendée par la beauté virginale de la jeune Nastassja Kinski. Visuellement splendide, plus d'une fois onirique, soudainement gore (les fauves ne faisant pas dans la dentelle) et incontestablement dérangeant à l'image de la relation incestueuse entre Kinski et le toujours fou Malcolm MacDowell, La Féline est sans doute l'un des remakes les moins fidèles à son original. Et c'est tant mieux tant le fragile regard de Nastassja continue à nous hanter plus de 25 ans après.

 

 

 

 

 

 

Evil dead 2 de Sam Raimi (1987)

remake de

Evil dead de Sam Raimi (1981)

 

 

Sam Raimi viendra toujours clamer qu'il ne s'agit pas à proprement parler d'une nouvelle version, plus pro et fortunée, de son film fondateur, personne ne le croira. Evil Dead 2 reprend les thèmes et situations du premier pour les exagérées et transformer ce qui n'était que pure épouvante en une comédie burlesque et très gore. On se marre plus qu'on ne frisonne, mais le mélange demeure unique en son genre. Il faut dire que la trogne impayable de Bruce Campbell, véritable cartoon humain, fait beaucoup dans le charme très 80's du film. Les situations anthologiques abondent, de la main tranchée rancunière, au fou-rire de la maison, en passant par la tronçonneuse. Evil Dead 2 demeure un cas quasi unique dans l'histoire du cinéma : l'auto-remake génial.

 

 

 

 

 

 

La colline a des yeux d'Alexandre Aja (2006)

remake de

 

 

La rumeur veut que tout au long de la production de La Colline a des yeux, Alexandre Aja ait été sans concessions. Qu'il tape du poing sur la table des producteurs, qu'il menace de quitter le tournage ou refuse de shooter une fin si ce n'est pas la sienne, le jeune réalisateur français a réussi – et eu de la chance – à faire de La Colline a des yeux plus son propre film qu'un simple remake. Wes Craven aurait fait la gueule et n'aurait pas laissé la même liberté à Martin Weisz sur la suite, avec le résultat qu'on connaît. Car la version 2006 a beau reprendre la trame, le décor et les personnage de l'original de 1978, elle apporte des modifications de traitement (les mutants, l'assaut de la caravane, le combat du père pour son bébé) ou des idées (le village-test) qui donnent au film une identité et une emphase. La violence est ainsi moins malsaine mais plus brutale et impressionnante. A l'époque, selon le même Alexandre Aja, un remake de La dernière maison sur la gauche était inutile.

 

 

 

 

 

 

  Le cercle – the ring de Gore Verbinski (2002)

remake de

Ring de Hideo Nakata (1996)

 

 

Gore Verbinski, réalisateur de La souris et du Mexicain, aux commandes du remake de Ring ? Et pourquoi pas John Badham pour refaire Citizen Kane ? Voilà qui fleurait le pur produit de commande, la sous-merde destinée à faire vendre du pop corn ou de la pizza. D'où une surprise ô combien intense devant ce Cercle de très haute volée, confirmation de l'énorme talent d'une blonde que n'aurait pas renié Hitchcock. Scream queen de génie, Naomi Watts a eu du flair en acceptant ce projet ressemblant à un petit miracle. L'adaptation par le tacheron Ehren Kruger est discrète, américanisant parfaitement l'ensemble tout en conservant quelques-unes des obsessions de Nakata (la jeune fille aux cheveux longs devant le visage). Et la mise en scène de Verbinski, baroque et bleutée, épate. Dans un style totalement différent, mais avec au final une envie aussi sincère de faire peur, Le cercle n'a absolument pas à rougir de la comparaison avec Ring. Arrivé aux USA quelques années plus tard pour en tourner la suite, Hideo Nakata n'a toujours pas percé le secret de cette réussite.

 

 

 

 

 

 

L'armée des morts de Zack Snyder (2004)

remake de

 

 

S'il avait eu plus de moyens et s'il était né vingt-cinq ans plus tard, George Romero aurait-il réalisé L'armée des morts ? Pas sûr. Les intentions de Zack Snyder ne sont clairement pas les mêmes que celles de son illustre aîné, qui profitait – et profite encore – des zombies pour livrer un discours aiguisé sur les vices du monde moderne, Zombie épinglant particulièrement la société de consommation. Snyder, lui, recherche l'efficacité avant tout, le grand spectacle, mais le bourrin a aussi un point de vue et offre sa vision personnelle de l'apocalypse. Un truc angoissant mais qu'on peut prendre à la coule, en jouant au golf et en sirotant des bières. Le remake a perdu en cervelle ce qu'il gagne en muscles : dans L'armée des morts, les morts-vivants se trainent de moins en moins et affichent une réactivité extrêmement inquiétante pour les humains survivants. Un parti pris discutable et fort contesté par Romero, mais un parti pris quand même, assumé jusqu'au bout par un jeune type qui a compris que remake ne doit pas rimer avec photocopie.

 

 

 

 


 

 

  Body Snatchers d'Abel Ferrara (1993)

remake de

 

 

Vouloir atteler le sulfureux réalisateur Abel Ferrara à la troisième version du roman paranoïaque de Jack Finney pouvait sembler incongru, mais au vu du résultat, à la fois respectueux du thème et singulièrement explosif, Body Snatchers cuvée 1993 demeure une des réussites du genre invasion extra-terrestre et un des meilleurs films du bouillonnant italo-américain. Abel Ferrara (sur un scénario de Larry Cohen et Stuart Gordon un temps attachés au projet) plante son action dans une base militaire où il joue avec sens de ses cadrages et de ses éclairages pour en tirer une ambiance cauchemardesque et une tension de plus en plus prégnante, arrivant à son point culminant lors des éprouvantes scènes de « possession ». Le film s'appuie habilement sur l'embrigadement et le formatage des esprits militaires pour en dégager une parabole sur la déshumanisation de notre société (esquissé dans le film de Don Siegel et bien plus présente dans la version 1978 de Philip Kaufman) mais ne néglige en rien l'action, avec une conclusion spectaculaire qui fait parler brillamment la poudre. Même si il semble que le triomphe final ne soit qu'un leurre et que rien ne soit définitivement réglé.

 

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