Stephen King - Les adaptations au cinéma - 1ère partie

Patrick Antona | 25 février 2008
Patrick Antona | 25 février 2008

À l'occasion de la sortie du très réussi The Mist de Frank Darabont, nouvelle adaptation d'un roman de Stephen King sur grand écran, nous vous proposons un retour sur les très nombreux films ayant comme source d'inspiration les écrits du célèbre romancier du Maine. Une ballade pour le moins houleuse tant les livres du King ne sont pas toujours sortis grandis de leur passage cinématographique. D'où l'idée de proposer trois catégories de films : ceux qui s'en sont bien sortis, ceux qu'il serait préférable d'oublier et ceux qui prêtent à polémique.

 

  

 

PREMIERE PARTIE : LES RÉUSSITES

 

 

Carrie au bal du diable de Brian De Palma (1976)

  
Premier roman de Stephen King jamais publié (en 1973) et première adaptation au cinéma, et au résultat une incontestable réussite et un chef d'œuvre. L'histoire d'amour qui lie l'écrivain au septième art ne pouvait pas mieux commencer, au diapason d'un réalisateur au top de son sens du lyrisme (pour démonstration la scène de bal tournoyante puis son issue apocalyptique).

 

De la structure originelle du roman (un mélange d'extraits de journaux intimes, d'articles de presse, un peu à la manière de Bram Stoker dans Dracula), le scénariste Lawrence D. Cohen choisit une voie plus linéaire, nous entraînant dans le sillage de la jeune adolescente aux pouvoirs psychiques réveillés par la puberté. Gravitant autour de Carrie, De Palma nous sert une galerie de personnages secondaires cernés avec justesse et qui nourrissent l'intrigue : la mère fanatique religieuse (Piper Laurie), le couple d'intrigants (John Travolta- Nancy Allen), l'ex-ennemie devenue amie (Amy Irving).

 

Si on ne devait retenir qu'une seule chose au final, c'est la vision de Sissy Spacek recouverte de sang et déclenchant l'enfer autour d'elle, scène qui est devenue l'un des finals parmi les plus puissants du cinéma.

 

 

Les Vampires de Salem de Tobe Hooper (1979) 

 

A l'origine un téléfilm de 3 heures, qui sera distribué en Europe sous forme de long-métrage (coupé pour 1h47 avec des inserts de plans horrifiques en plus), cette deuxième entrée dans le monde de Stephen King est remarquable au plus haut point. Tobe Hooper s'appuie avec finesse sur les thèmes qui deviendront récurrents chez l'auteur, à savoir une  communauté d'une petite ville américaine contaminée par une agression extérieure d'origine fantastique qui la fera tomber dans la paranoïa. Dans les rôles des héros, une équipe composée d'un écrivain en proie à ses propres démons, appuyé par un enfant ou adolescent à tendance « geek » (terme qui n'existait pas encore en 1979).

 

Malgré le format d'origine qui ne permet pas trop d'écarts gore, Tobe Hooper se rattrape par une maîtrise de l’ambiance gothique rappelant la Hammer de la bonne époque ainsi que les grands classiques du genre (l'hommage à Nosferatu par le look du vampire). Et il touche sa cible en soulevant le fait que le plus grand danger ne vient pas nécessairement du vampire mais des réactions les plus primitives des simples humains, lorsqu'ils sont confrontés à l'indicible.

 

 

 

 

The Dead zone de David Cronenberg (1983)

 

L'année 1983 a été une année-phare dans les adaptations de Stephen King, et un bon cru au bout du compte. Pour Dead zone, David Cronenberg laisse tomber son obsessionnelle quête de la nouvelle chair, bien qu'il soit encore  question de pouvoirs psychiques, et livre un de ses plus brillants thrillers, aidé par la formidable interprétation de Christopher Walken, parfait en clairvoyant malgré lui.

 

Rythmé par des flash-backs (et flash-forwards) chocs et électriques, Dead zone est une nouvelle exploitation des démons de l'Amérique, du serial-killer « classique » jusqu'à l'homme politique halluciné et dangereux (excellent Martin Sheen) et la meilleure des trois adaptations réalisées dans l'année, suivie par une série TV à succès plus de 20 ans après.

 

 

 

Cujo de Lewis Teague (1983)

 

Cujo débute comme une banale exploration d'un drame humain, avec une première partie à tendance soap-opera avec femme adultère et bambin esseulé avant de basculer dans le thriller ne lésinant pas sur le gore. Ici, l'élément fantastique du monstre du placard prenant vit (dans le roman de King) est évacué pour ne laisser place qu'au pur slasher dont le croquemitaine serait un saint-bernard enragé suite à une morsure de chauve-souris.

 

Avec une action dont la majeure partie se situe dans une voiture, Lewis Teague prend le meilleur partie de l'ambiance au limite de la claustrophobie et nous livre quelque scènes d'agression animale qui sont parmi les plus chocs jamais réalisées. Continuant sur sa voie d'illustrateur des histoires de Stephen King, il nous livra l'année suivante un Cat's eye moins inspiré, puis alla se perdre entre super-production banale (Le Diamant du Nil) et téléfilm de série (Le Triangle).  

 

 

 

Christine de John Carpenter (1983)

 

Pas un chef d'œuvre mais un film terriblement efficace comme seul notre bon vieux John Carpenter sait les faire. Ici aussi, il y a un vrai parti pris scénaristique : une partie de l'explication de la « possession » de la Plymouth 1958 a été évacué par Carpenter. Dans le roman, c'est  le fantôme du marchand qui hante la voiture alors que Carpenter choisit de nous la présenter comme diabolique dès la chaîne de montage.

 

Servi par des effets spéciaux physiques qui tiennent encore la route, et une interprétation aux petits oignons, la palme revenant à Keith Gordon/Arnie en une version masculine de Carrie que rien ne saurait séparer de sa Christine bien-aimée. Le tout étant porté par une bande-son rock’n’roll supervisé par Carpenter himself. Avec ça, vous avez le parfait véhicule pour un bon film du samedi soir.

 

 

 

Stand by me de Rob Reiner (1986)

 

À partir d'une des nouvelles du recueil Différentes saisons, Rob Reiner a tiré un des films les plus emblématiques sur l'enfance. Classique illustration de la perte de l'innocence et du passage à l'âge adulte, avec tout le cortège de renoncements et la prescience des horreurs à venir, Stand by me s'appuie sur un carré d'enfant-vedettes dont le regretté River Phoenix, tous impeccables.

 

Grand succès à sa sortie, Stand by me lança la vogue des films dont le titre est celui d'une chanson, sachant que cela fut un choix de dernière minute, le titre original de The Body ayant été jugé trop anti-commercial.

 

 

 

 

Simetierre de Mary Lambert (1989)

 

On ne saura jamais trop avertir les jeunes parents des effets néfastes des cimetières indiens mic-mac et de leur pouvoir de résurrection. Le film qui marqua un renouveau du genre zombie au cinéma possède autant de détracteurs que de défenseurs. Mais le côté frontal de ce vrai film d'horreur sans humour avait de quoi séduire au moment de sa sortie (à l'époque on commençait à être gavé par Freddy et ses blagues), et chaque apparition du bébé-zombie est un moment d'angoisse réussi qui ne lésine pas sur le gore.

 

Avec en prime Stephen King en prêtre et la chanson-titre des Ramones qui est depuis devenu un standard, Simetierre bénéficie d'une réalisation très léchée et atmosphérique de la part de la réalisatrice Mary Lambert. Ce qui n'empècha cette dernière de commettre un Simetierre 2 complètement navrant trois ans plus tard, et d'être aux abonnées absentes depuis, artistiquement parlant.

 

 

 

Misery de Rob Reiner (1990)

 

Avec ce film, Kathy Bates a gagné le premier Oscar pour une actrice dans un film d'horreur et Rob Reiner un de ses plus gros succès grâce encore à Stephen King. Le face-à-face en huis clos entre l'écrivain torturé et impuissant (excellent James Caan) et sa fan number one psychotique est devenu un des modèles du genre. Cette thématique des menaces qui pèsent sur un auteur est une des constantes qui imprègnent l'œuvre de Stephen King et elle trouve dans Misery une forme d'exutoire avec le final où la machine à écrire devient arme de vengeance.

 

Si les puristes pourront regretter le changement concernant la scène de la jambe (dans le roman celle-ci est sciée petit à petit), la gestion de la tension savamment dosée réussit à tenir le spectateur même le plus blasé en haleine.

 

 

 

 

Le Bazaar de l'épouvante de Frazer Clarke Heston (1993)

 

Pour ce Needful things (en VO) réalisé par le fils de Moïse, et dont l'action se situe à Castle Rock, l'atout-maître se nomme Max Von Sydow qui, dans le rôle de Leland Gaunt, livre une des meilleures interprétations du Diable au cinéma. Si le film se révèle un peu lourd et démonstratif sur le long, du fait de sous-intrigues un peu trop envahissantes, il s'appuie néanmoins sur des caractères bien trempées, à l’image d’Ed Harris, impeccable en shérif luttant contre l'indicible, ou encore J.T.Walsh toujours parfait en salaud politicard.

 

Illustrant à nouveau le thème cher à King de la communauté qui se retourne contre elle-même suite à une perversion venue de l'extérieur, Le Bazaar de l'épouvante offre aussi des scènes de mutilation animale assez extrêmes, autre obsession de l'auteur ici savamment utilisée.

 

 

Dolores Claiborne de Taylor Hackford (1995)

 

On ne change pas une équipe qui gagne, ont pu penser les promoteurs de l'adaptation de Dolorès Clairborne en remontant l'équipe Stephen King/Kathy Bates. Même si le succès fut moins important que pour Misery, le film de Taylor Hackford, avec ses allers-retours entre passé et présent et son intrigue à tiroirs rondement menée, tient la route même si son casting féminin y est pour beaucoup.

 

L'autre différence d'importance avec les films tirés de l'œuvre de King réside dans des dialogues finement ciselés par le scénariste Tony Gilroy, futur réalisateur de Michael Clayton. Une adaptation théâtrale a suivi et a remporté un grand succès sur les planches à travers le monde.   

 

 

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