Gérardmer 2007 : Mi-parcours

Sandy Gillet | 3 février 2007
Sandy Gillet | 3 février 2007

Dans son papier d'ouverture, Vincent prenait la peine de faire le constat d'un Festival qui d'année en année avait vraiment de plus en plus de mal à tout simplement honorer les couleurs du fantastique dont pourtant il se veut le garant, le porte-parole, le bastion (biffer la mention inutile ou non). Mais comme tous les ans, on veut faire table rase d'un passé pas toujours glorieux cela même si à la découverte du programme il y a quelques semaines, on avait déjà remisé une bonne partie de nos espoirs au placard.

Le fait est qu'à mi-parcours les craintes (appelons un chat un chat) sont en partie fondées. À commencer par les films de la sélection officielle qui pour l'instant brillent franchement par leur médiocrité ambiante à une exception notable près (comprendre par là qui a été unanimement apprécié par vos trois envoyés spéciaux). Que dire en effet de plus sur Fido proposé en guise d'ouverture et signé par le cinéaste canadien Andrew Currie dont le premier film Mile Zero reste inédit chez nous ? Notre Ilan Ferry national le qualifiant en effet ici de gentille comédie jamais mordante soit un comble pour un film de zombies et pour un festival dit fantastique non ? On restera poli sur le polar spectral de Kiyoshi Kurosawa (brillamment qualifié ainsi par Audrey ici lors de son séjour à Venise en septembre dernier) tant Retribution (Sakebi en VO) a tout simplement du mal à susciter l'intérêt. Au mieux il fera rire, au pire il fera dormir voire les deux successivement. Le must étant bien entendu de rire en ronflant (on ne donnera pas de noms) !

Le film de Douglas Buck ne suscitera pas plus d'enthousiasme. Le réalisateur de l'inutile et n'importe quoi Family Portraits vu à Deauville l'année dernière remet cela avec Sisters, remake tout aussi navrant et inutile du Sœurs de sang de De Palma. Buck a en effet oublié qu'avec la thématique du double, ce qui faisait la réussite de l'original c'est cette caméra voyeuriste, virtuose et proche du viol. Ici en guise de voyeurisme on a droit à un écran d'ordinateur avec quatre images pour quatre pièces. Une nouvelle forme de mise en scène est née procédant de la caméra dite « feignasse » à comparer avec celle estampillée « Prima Donna » de Monsieur De Palma. Plus de fiel déversé en lisant ici la critique d'Ilan…

Vient ensuite le film qui fâche (mais pas trop quand même, nous sommes entre gens civilisés) puisque le premier long de l'espagnol Nacho Cerdà aura divisé quelque peu les festivaliers et pour ne pas le dire vos trois serviteurs. C'est qu'Abandonnée (The Abandonned en VO et en caractère cyrillique) avec sa volonté affirmée de vouloir réinvestir la thématique de l'enfer et de sa matérialisation humaine (un cercle où nul ne peut échapper à son destin) s'abîme en route (en fait à l'issue de la première demi-heure) pour ne plus rien raconter et laisser errer une caméra au sein d'une maison bien entendu personnage central du film. Certes, Cerdà connaît son affaire pour ce qui est de créer des ambiances poisseuses et glauques, mais pour quelle finalité ? (Réponse peut-être en cliquant ici qui renvoie vers la critique de l'ami Vincent)

La petite curiosité nous vient d'Autriche et est réalisée par un illustre inconnu répondant au doux nom de Andreas Prochaska. Dead in three days (on vous épargnera le titre en VO) s'amuse à reprendre stricto sensu les codes d'un genre typiquement ricain (le slasher pour ne pas le nommer) pour le transposer dans une petite ville autrichienne avec en son centre un lac (très important le lac). On navigue bien entendu en des eaux très connues et si le premier quart d'heure laisse augurer du pire (des lycéens, le passage du bac, la fête qui s'ensuit, le texto qui tue…), la suite est beaucoup plus désinhibée et assez fun. La fin est bien entendue convenue et entendue mais tout le monde s'amuse à commencer par le réal dont la seule ambition ici est de suffisamment taper dans l'œil d'un producteur hollywoodien pour aller gonfler le contingent de cinéastes étrangers en terre promise.

Enfin, le film qui a la faveur de tous les pronostiques à la fois des festivaliers et de votre serviteur pour l'instant est Norway of life. Si le titre est d'une rare indigence (la traduction littérale du titre en VO est « L'homme qui dérange ») et issue d'un brainstorming à l'évidence sous l'influence de psychotropes, le film du réalisateur norvégien Jens Lien (un habitué des festivals dont c'est là le deuxième long-métrage de cinéma) est une bien belle surprise. Jouant sur le mode opératique du fantastique, du poétique et de quelques scènes gores Norway of life raconte en effet l'arrivée d'un homme apparemment dépressif (on le voit « tenter » de se suicider dans la séquence d'ouverture) dans une ville typiquement « nordiste » où les trottoirs immaculés répondent aux immeubles de verre et où chacun se comporte de la manière la plus civique possible. On lui fournit un appartement, un travail et bientôt une femme (c'est tout comme) au sein d'une ville parfaite, peuplée d'humains sans reproches uniquement préoccupés par leur intérieur et leur mobilier (le catalogue « Ikea » étant l'une des stars du film). Norway of life est à l'évidence une critique du mode de vie aseptisé des pays du nord. Mais il ne s'arrête pas là et se propose d'être aussi une réflexion sur le bien fondé de la vie tout court et de cette propension à ne pas vouloir accepter la mort ici bas comme une péripétie comme une autre. Si malheureusement la démonstration tourne court lors des cinq dernières minutes (littéralement inutiles), le tout demeure une petite pépite procurant un immense plaisir de cinéma.

En dehors de la compétition officielle le Festival de Gérardmer propose aussi quelques films hors compétition. Si l'on a déjà dit tout le bien que l'on pensait de la prequel de Massacre à la tronçonneuse, le reste est nettement moins enthousiasmant avec notamment Cry Wolf déjà chroniqué en DVD zone 1 ici et le dernier Takashi Miike (The Great yokai war), où le cinéaste fou s'attaque au conte pour enfants. Comme prévu, les mioches et petites bestioles mignonnes ne peuvent en sortir complètement indemmes, mais Vincent regrette que le film ne convainc pas totalement, même si cette plongée en plein folklore nippon reste très instructive.

Enfin petit tour du côté des inédits vidéo, car on va pas refaire Vincent et Ilan, les deux zigotos préfèrent s'enformir ou râler devant du Bis ou du Z que devant les films en compétition. Pauvres d'eux ...

The Woods de Lucky McKee
Résumé: Heather, une adolescente négligée par ses parents est envoyée dans un pensionnat retiré au fond des bois. Encadrée par la sinistre Mrs Traverse et son équipe, Heather devient la tête de turc de ses camarades, et ne rêve que d'une chose : retourner chez elle. Mais lorsque des étudiants disparaissent, elle commence à avoir d'horribles visions.

Avis: Le deuxième long-métrage de Lucky McKee après May se traîne une sacrée réputation depuis plusieurs années, et dont la sortie directement en DVD en France comme aux USA est la dernière manifestation. Véritable developpment hell jusque dans son titre et la parenté avec Le Village de M. Night Shyamalan, The Woods semble avoir petit à petit échappé à son auteur, et plus précisément, voire grossièrement, sur la table de montage. Il faut voir cette fin bordélique, expédiée, anti-climatique et surtout moche. Loin du grand film malade, comme le cinéma fantastique aime en consacrer, The Woods est une vraie déception, où l'originalité et la finesse de Lucky McKee ont laissé place aux rouages rouillés du genre. Seules surnagent quelques fulgurances formelles, et Rachel Nichols ! 4/10 (voir la chronique du DVD zone 1 et un autre avis aussi mitigé en cliquant ici)

Blood Trails de Robert Krause
Résumé : Anne, coursière à vélo, grille un feu rouge sous les yeux de Chris, un policier. Ce dernier parvient à la rattraper et séduit la jeune femme. Rongée par le remords, elle propose à son petit ami un week-end romantique en pleine montagne. Mais dès leur première ballade à vélo, Chris fait son apparition et poursuit le couple. Une course mortelle commence alors…

Avis : Il est de ces projections qui restent mémorables, pas toujours pour les bonnes raisons, et encore moins pour le film. Ainsi, Blood Trails commence au mauvais format image et en VF. Puis, le son des voix disparaît tout simplement, alors que la musique et les bruitages explosent les tympans. Ah, ces clés sur un coin de table ! Au bout d'une petite heure et une salle quasi vide, les voix reviennent enfin mais en décalé, en fait avec presque cinq secondes d'avance. De quoi désamorcer toute surprise et tout suspens. Un vrai carnage, qui aurait pu être une mauvaise surprise si le film méritait un quelconque intérêt. Mais avec Blood Trails, ses VTT, son STT (pour survival tout terrain), ses égorgements à coup de pneu, la séance est devenue un gigantesque foutoir où les spectateurs parlaient entre eux, s'engueulaient avec le projectionniste, et interpellaient parfois l'écran. Que du bonheur, et 1/10 !

Tale of Vampires de Anders Banke
Résumé : Annika, médecin confirmée, qui s'installe avec Saga, sa fille de 17 ans, dans un petit village plongé dans la nuit polaire. Intriguée par une série d'incidents sanglants et de disparitions mystérieuses au sein de l'hôpital, Annika va découvrir que des vampires ont infiltré le personnel et que leur chef, monstre hybride et sanguinaire, se prépare à ressusciter pour prendre possession de la ville et de ses habitants.

Avis : Dès le début, ce "conte" souffre d'un vrai problème de narration. Ainsi, après plus de vingt minutes d'exposition rythmée par deux pauvres attaques de vampires, et hors champ bien sûr, le récit suit alors parallèlement la mère et la fille. Soit d'un côté, la découverte du mystère autour du vampire originel et un « Laissez-moi vous expliquer » bien gratiné, et de l'autre, le quota de jeunes insouciants, rigolards et donc victimes potentielles. Ce n'est que dans la dernière ligne droite, que l'humour se greffe à l'horreur, et inversement, avec plus ou moins de réussite. Le monstre est bien là, les morsures dans la jugulaire aussi, mais l'ensemble manque cruellement de tenue, voire d'envergure. Seul le contexte polaire, et ses 30 jours de nuit, apporte une couleur originale et réaliste au film, qui finit alors plus par ressembler à une chronique adolescente et sociale qu'à un film d'horreur. 4/10

Kaw de Sheldon Wilson
Résumé : Un petit village, habité par trois pelés et deux tondus, est attaqué par une horde de corbeaux mal faits.

Avis : Une horde de corbeaux mal faits attaquent trois pelés et deux tondus habitant dans un petit village. Voilà, voilà. 2/10

... mais l'honneur est sauf :

Alien apocalypse de Josh Becker
Résumé : Après une mission spatiale ayant durée quarante ans, le King (pardon Bruce Campbell), revient dans une Terre infestée par des termites géantes ayant réduit l'humanité en esclavage.

Avis : À partir d'un pitch renvoyant à l'âge d'or de la SF des années 50, Josh Becker pond une série Z totalement décomplexée. Festival de perruques et autres fausses barbes empruntées à Vercingétorix, Alien Apocalypse propose une heure trente de grande nanardise portée par un Bruce Campbell impérial ayant fait de la vanne son arme de prédilection. Aussi jouissif que drôle, le film porte le portnawak au rang de philosophie. Idéal pour une soirée entre potes en manques de séances Bis et autres nuits excentriques, Alien Apocalypse se hausse à un tel niveau de ringardise assumé qu'il pourrait bien remporter tous les suffrages auprès des festivaliers. On croise les doigts ! 7/10

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