Quand on aime Mad Max, on aime tous les Mad Max. Mais on aime aussi se demander : quel est le meilleur Mad Max ? Et quel est le pire, ou disons le moins bon ?
Grâce au triomphe critique de Fury Road, George Miller a enfin pu reprendre le contrôle de la saga qui l’a fait connaître : Mad Max. Le cinéaste australien à la carrière aussi accidentée que passionnante a ensuite raconté la jeunesse et les batailles de son héroïne (autrefois campée par Charlize Theron et désormais pilotée par Anya Taylor-Joy) dans Furiosa : Une saga Mad Max. Et une fois de plus, la rédaction d’Ecran Large en a pris plein la tronche, même si cet épisode a été un désastre commercial à sa sortie.
Car la saga n’est pas uniquement un moyen pour Miller et Mel Gibson de s’incruster à Hollywood ou une simple licence de studio. C’est un terrain d’expérimentation assez unique dans l’histoire du cinéma, du film d’auteur punk au grand spectacle populaire. Notre classement réserve peu de surprises, mais constitue surtout un excellent prétexte pour revenir sur chaque volet, du pire au meilleur (du sympathique à l’excellentissime).
5. Mad Max 3 : Au-delà du Dôme du Tonnerre
- Sortie : 1985
- Durée : 1h47
L’infâme ville de Bartertown, la charismatique Entité (jouée par Tina Turner), le pitoyable Maître Bombe ou encore le fameux Dôme du Tonnerre et ses combats aériens… Le troisième volet de la saga a beau être dernier de ce classement, il ne manque pas d’images fortes et de concepts marquants pour autant. L’idée de dérouler une partie de l’intrigue dans les sous-terrains sombres et crasseux n’était pas non plus dénuée d’intérêt, surtout pour rendre l’extérieur plus viable et moins hostile en comparaison.
Il en va de même pour le fait de montrer la gestation d’une nouvelle civilisation qui reconquiert ses mégalopoles abandonnées après avoir présenté une société au bord du gouffre et exilée dans le désert dans le premier volet. Comme le dit Entité : « Il y avait le désert, il y a une ville. Le commerce remplace le vol. Il y avait le désespoir, maintenant l’espoir et la civilisation« .
Mais cette nouvelle civilisation se bâtit sur le sang, la domination et une réindustrialisation nocive qui ne ferait que relancer le compte à rebours de l’extinction.
Toutefois, si le film a toujours des moments de sadisme et d’étrangeté bienvenus, il est fatalement contraint à plus de compromis, et donc à moins de radicalité avec sa troupe d’enfants perdus et candides qui n’ont pas connu le monde d’avant, et ne sont donc pas prisonniers d’un ancien mode de vie mortifère.
S’il n’est pas mauvais en soi, disons que l’espoir et la confiance siéent moins bien à Mad Max que le cynisme et la désolation.
4. MAD MAX
- Sortie : 1979
- Durée : 1h28
Si la saga Mad Max est l’une des pierres angulaires intouchables du genre post-apocalyptique, on oublie souvent que son premier épisode ne faisait qu’y tremper le petit orteil. C’est au fond ce qui fait la grande réussite du coup d’essai de George Miller. L’époque n’est pas vraiment déterminée, et le territoire désertique que le film explore est encore muni de routes, de bâtiments et d’un semblant de société. Chaque plan a des allures de page blanche striée par l’horizon, pour mieux cerner la crainte intangible d’un monde au bord du gouffre.
Ce bouillonnement, d’abord enfoui, explique sans doute la fascination de Mad Max pour une violence insoutenable, qui ramène l’être humain à sa barbarie dès lors que le vent est en train de tourner. Moins fantasque ses suites, le film est avant tout une pure tragédie, où le parfum de mort finit de dessiner la silhouette de son anti-héros, et de sa voiture comme fidèle destrier chevaleresque et vengeur.
Bien sûr, on peut appréhender ce premier volet pour sa nature de brouillon des ambitions de Miller (un brouillon vertigineux, entendons-nous bien) ou encore pour sa réception inaugurale, outrée face à sa violence. Mais cette approche oublie sans doute à quel point le cinéma de George Miller était déjà en train de bouleverser le champ des possibles d’un point de vue du montage.
Images subliminales, raccords parfaits, symboles lourds de sens (cette balle et cette chaussure qui tombent au moment où le fils de Max se fait écraser), tout est fait pour signifier par l’assemblage des plans le choc, le crash, et la symbiose de l’homme avec la machine par la vitesse.
3. MAD MAX 2 : le défi
- Sortie : 1981
- Durée : 1h35
Et des cascades toujours aussi impressionnantes
Bien que le premier volet fut un monumental carton, c’est bien sa suite qui a théorisé l’esthétique de la science-fiction post-apocalyptique au cinéma, telle qu’elle a persisté dans l’imaginaire populaire.
Le désert à perte de vue, les batailles à mort pour un fond de jerrican, les visages labourés par la survie, les campements de bric et de broc, les hordes de bandits en tenue SM, les poursuites motorisées et le guerrier de la route solitaire, cynique… Tout est déjà dans Mad Max 2 : Le Défi, oeuvre de pop-culture démiurge qui pousse dans ses retranchements la misanthropie du premier film. L’humanité est réduite à un contingent d’illuminés s’écharpant pour le liquide qui a causé sa perte. Il s’agit rééllement de son râle d’agonie, alors qu’elle se raccroche aux dernières reliques de l’industrie automobile dans un monde où la nature a péri en premier.
Mais ce qui fait du Défi le premier vrai chef-d’oeuvre de George Miller, c’est bien entendu sa mise en scène. Le cinéaste s’inspire de la structure simple du western pour concevoir un espace cinématographique à la fois extrêmemment ouvert et strictement cloisonné, où cohabitent l’étendue désertique et la pression des fous furieux qui la peuplent.
Du moins jusqu’à l’invitable confrontation, poursuite de près de 15 minutes ahurissante de lisibilité, qui clot des sous-intrigues au sein même du chaos et des flammes. Chaque plan enclenche le suivant dans une mécanique paramétrée au millimètre. A la fin, il ne reste que la tôle froissée et l’impossibilité de faire mieux… Sauf pour George Miller lui-même.
2. Furiosa : une saga Mad Max
- Sortie : 2024
- Durée : 2h28
Juqu’ici, les Mad Max étaient relativement resserrés. Enhardi par le succès critique de Fury Road, George Miller a décidé de casser un peu la formule en s’attardant sur la genèse du personnage de Furiosa. La saga aurait-elle cédé aux orpiaux du cahier des charges hollywoodien, qui exige de déflorer la moindre part de mystère ? Bien au contraire.
- À lire aussi : notre critique de Furiosa
Furiosa : Une saga Mad Max est sans aucun doute l’un des blockbusters les plus libres vus depuis… depuis toujours, en fait. Le cinéaste prend à bras le corps la dimension mythologique de sa franchise, au point de faire des fameux Wastelands une sorte de panthéon (encore plus) décadent, une Sainte Trinité géographique – la bouffe, les balles et le pétrole – dominée par des tyrans autoproclammés divinités. Le petit peuple en est réduit à l’état de cafard cannibale ou de chair à canon fanatique, dans une véritable fable antique transposée dans un futur, ou plutôt un no futur, post-apocalyptique.
Mais ce qui intéresse vraiment Miller, c’est la figure du héros, en l’occurrence de l’héroïne, forcée de passer les étapes obligatoires (explicitées par une structure apparente) pour non pas bouleverser la hiérarchie, mais trouver sa place en son sein. Elle le fera au terme d’un duel pour le moins explosif entre elle et Dementus, un carriériste pathétique faisant office de miroir déformé.
Leur confrontation prend donc des airs d’épopée homérique, d’autant que chaque jalon du voyage du personnage-titre (le modèle campbellien est ici largement convoqué) est gagné à grands coups d’explosion et de meurtres. Furiosa est une légende cinématographique boostée à la nitro, parcourue de séquences proprement hallucinantes et bouclant la boucle de l’imaginaire post-apocalyptique inventé par le réalisateur.
1. MAD MAX : Fury Road
- Sortie : 2015
- Durée : 2h00
Une gestion des effets pratiques et numériques qui a fait date
Après des décennies de faux départs et de galères, Mad Max : Fury Road est né dans la douleur. Il fallait bien ça pour atteindre l’acmé du programme esthétique Mad Max. Mieux : sa supercompilation orgasmique.
De la description d’un futur suspendu aux relents industriels (les mots-valises) à l’héritage de Buster Keaton, ici d’autant plus flagrant que le scénario reprend le modèle du Mécano de la Générale, les ambitions de Miller se concrétisent dans un festin visuel et auditif tel qu’Hollywood n’en a pas connu depuis des lustres, voire depuis toujours.
À contre-courant de la dictature des « fans » alors en train de diriger Hollywood droit dans le mur (on est la même année que Star Wars 7 et Jurassic World), le metteur en scène redéfinit son univers sans s’encombrer de la moindre chronologie et en même temps l’affine jusqu’à atteindre sa thématique essentielle : le mouvement. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas une quelconque nostalgie, mais bien la puissance cinétique, qui permet de raconter une histoire sans même faire parler ses personnages, si bien d’ailleurs que Max est muselé pendant toute la première demi-heure, bête sauvage (Tom Hardy au sommet de sa carrière) sur le point de tout dévaster.
Et Charlize Theron, impériale impératrice
En dehors de l’action qui occupe de toute manière la majeure partie du long-métrage, les paroles sont rares et simples. Dans l’action, elles sont quasi inexistantes. Pourtant, des liens se tissent, au détour d’un raccord regard, au gré d’une baston sur le capot ou sur une perche-métronome lancée à toute vitesse dans le désert.
Fury Road ne raconte pas, il montre. Il montre une triple quête d’émancipation transformée malgré elle en revanche triomphante, un fond d’humanité vacillant au milieu du chaos. Il montre que le cinéma américain grand public peut encore revendiquer la suprématie de la mise en scène.
Aucun mauvais film dans cette saga.
Aucun mauvais film dans cette saga:
1 Mad Max 2
2 Fury Road
3 Furiosa
4 Mad Max
5 Thunderdome
Tout de même, on peut regretter l’absence de Mel Gibson pour Fury Road. Ça aurait été parfait.
Perso :
1 : Fury Road
2 : Mad Max 2 et Furiosa (1-1)
3 : Mad max 1 et 3 (0-0)
L’histoire donnera raison à Judith (pour une fois) : Furiosa est un nanard plus proche de Mad Max 3 et ses goonies que du chef d’œuvre Fury Road
Classement presque parfait, il reste juste à inverser Furiosa et Fury road pour qu’il le soit. On laisse la trilogie originelle (qui comprend un bon blockbuster, le 2 ; un essai nihiliste original mais un peu vain, le 1 ; et un navet disneyisé, le 3) aux boomers mascu aveugles qui sont incapables de reconnaitre la maestria de la réalisation des 2 spin offs et glapissent de frustration à la vue d’un perso féminin
Une des plus grand saga du 7éme art pour moi, dommage que le succès (financier j’entends) ne soit pas au rendez-vous, et vu l’âge du maestro à la baguette l’étau se resserre malheureusement de jours en jours.
Mon classement du chef-d’œuvre au bon film en passant par les monuments du cinéma:
1 Fury Road
2 Furiosa & Road Warrior
3 Mad Max
4 Beyond the Thunderdome
Je ne me lasserai jamais de la revoir, et prie chaque jour les dieux du cinéma pour que le dernier film envisagé par Miller puissent voir le jour (oui je suis naïf, je sais)
Je ne comprend pas comment cela est possible de ne pas mettre mad max en 1 qui reste à mes yeux a des années lumières devant tous les autres.
1 Mad Max 2 (de loin mon préféré)
2 Mad Max / Mad Max 3
4 Fury Road
5 Furiosa