Avec un peu d'huile de coude et des rouages d'acier, Robots en remontre à toute la production animée de science-fiction. Le nec plus ultra des studios Blue Sky.
Dès 2002, petits et grands découvrent le premier film d'animation des studios Blue Sky, L'Âge de glace. Un véritable phénomène à l'époque qui, comme chacun le sait, engendrera trois suites au premier volet. Co-réalisé par Chris Wedge, lui-même co-fondateur des studios, et son fidèle complice, Carlos Saldanha, ce coup d'essai gagnant leur permet de collaborer à nouveau sur Robots, distribué en salles en 2005.
Durant près de deux décennies, Blue Sky a marqué des générations entières de spectateurs, proposant une réelle alternative aux géants de l'animation tout-public. Puis, du jour au lendemain, l'aventure s'est tristement arrêtée. Suite au rachat par Disney de leur société mère, la 20th Century Fox, les studios deviennent vite dépendants du mastodonte du divertissement, et en 2021, les voilà qu'ils mettent la clé sous la porte. Officiellement, la faute incombe à la pandémie mondiale et à une perte consécutive de 2,8 milliards de dollars pour le groupe aux grandes oreilles. Soit, admettons.
Exit donc l'ère des films Blue Sky, ces rollers-coasters au grand cœur et à l'humour souvent dévastateur. Dans le lot, pourtant, certains n'ont pas eu droit à la même visibilité que d'autres. Robots est de ceux-là, un peu relégué au second plan alors qu'il trône sans mal au panthéon des studios.
Assurez-vous d'avoir les boulons bien attachés
COPPERBOTT-HOME
Imaginez un monde où les robots seraient leurs propres créateurs, et de fait, le substitut de l'Homme, absent de l'équation. C'est dans ce contexte que Rodney Copperbottom (Ewan McGregor), le héros de l'histoire, vient au monde après avoir été assemblé par ses parents. Chacun de ses anniversaires devient ainsi l'occasion de recevoir de nouvelles pièces détachées en vue d'agrandir sa carcasse métallique. Puis vient le moment de quitter le cocon familial et de vivre son rêve à Robotville, l'eldorado des méchas, tant vanté à la télévision.
En l'espace d'un premier quart d'heure d'une concision exemplaire, Robots introduit son univers à grand renfort d'idées visuelles et narratives. Les pigeons se remontent avec une clé comme une montre à gousset, les haies des propriétés sont constituées d'engrenages à roues dentées, et les clients des restaurants consomment des écrous et d'autres mets croustillants. Autant dire que la déclinaison est savoureuse, quand bien même il ne s'agit que d'éléments de décors. Lorsque cela sert directement le récit, comme la naissance de Rodney ou les déboires de son père sur son lieu de travail, l'ingéniosité déployée se fait plus saisissante encore.
Faute de frisbee, il reste la vaisselle
Ce premier quart d'heure renoue également avec la tradition de l'Americana, propre au cinéma classique hollywoodien, qui s'attache à illustrer le mode de vie rural sur le ton de la chronique familiale. Beaucoup de cinéastes, tels que Clint Eastwood ou Jeff Nichols, s'inscrivent dans cette mouvance, dépeignant des gens simples, s'accommodant de leur modeste quotidien. Ce que Robots convoque à son tour en explorant la petite communauté d'Écrouville, avec ses commerces et ses employés modèles, au four et au moulin, heureux de retrouver leur moitié à la fin de la journée.
C'est à cette mécanique trop bien huilée, à laquelle participent ses parents, que Rodney veut échapper. En cela, il est l'archétype même du héros rêveur, pétri d'ambition, cherchant à s'élever au-dessus de sa condition - si vous êtes attentifs, vous verrez, accroché dans sa chambre, un poster "Robot of Steel" (référence au célèbre Kryptonien bien sûr, et peut-être même au fabuleux Le Géant de Fer de Brad Bird, qui se prenait déjà pour Superman). La relation que Rodney entretient par ailleurs avec son père constitue le cœur émotionnel du film, l'un étant en mesure d'accomplir ce à quoi l'autre a choisi de renoncer, d'où une forme de filiation spirituelle entre les deux.
LUTTE PIRAMYDALE
"Réussis ici et tu réussiras partout et si tu ne réussis pas ici, bienvenue au club", annonce Fender (Robin Williams), le sidekick comique du film, à Rodney, dès son arrivée à Robotville. En clair, l'utopie promise n'est plus vraiment d'actualité. Pire encore, l'enfer des inégalités a pris le relais. En ce sens, Robots pourrait tout à fait être la relecture "kid-friendly" du Metropolis de Fritz Lang, avec d'un côté les puissants, à l'abri dans leurs tours d'ivoire, ou de métal en l'occurrence, et de l'autre, les faibles, réduits à squatter les bas quartiers.
Cette verticalité hiérarchisante est aussi l'expression d'une société du paraître où les robots "améliorés", ayant accès aux dernières mises à jour, fanfaronnent à la surface, tandis que les robots "obsolètes", privés des nouveautés high-tech, se cachent dans les étages inférieurs. Une logique cosmétique que Ratchet, le bad guy de l'histoire, défend à coups de conseils marketing et de slogans publicitaires du type : "Pourquoi être obsolète quand on peut changer de tête ?". C'est là que l'on sent la charge anti-capitaliste sous le vernis de la satire sociale.
Quand Ratchet joue les vedettes
Les réalisateurs n'y vont pas non plus de main morte quand il s'agit de mettre en scène le "casse-pipe", une usine souterraine où sévit Madame Gasket, mère de Ratchet. Sous ses ordres, la classe ouvrière se consume elle-même, non seulement en se tuant à la tâche, mais aussi en expédiant les méchas en fin de vie dans un grand four crématoire. Là encore, on pense à une revisite d'un autre classique, Les Temps Modernes de Charlie Chaplin, auquel on associe spontanément l'imagerie du travail à la chaîne.
Toujours est-il que cette atmosphère dystopique se trouve contrebalancée par un sens du burlesque constant. Excepté un gag qui met lourdement les gaz, pour le dire avec élégance, l'humour stimule volontiers les zygomatiques, surtout lorsqu'il bascule dans le happening musical débridé. À ce jeu-là, Fender régale, allant jusqu'à réinterpréter le titre I'm singing in the rain de Gene Kelly, qui devient "Je danse sous la graisse", ou même - accrochez-vous - le tube Baby one more time de Britney Spears. Entre nous, on aurait bien mis un jeton supplémentaire dans le jukebox.
"Mon beau fourneau, roi des tombeaux"
FAIRE DES ÉTINCELLES
Si Rodney se rend à Robotville, c'est avant tout pour y rencontrer son idole, Bigweld, savant génial et philanthrope, auteur de la devise : "Que vous soyez faits de pièces neuves, de pièces usagées, de plomb, de fer ou de nickel, vous pouvez toujours briller, toujours faire des étincelles". Une formule sacrée pour le héros, qui lui a donné le goût de la fabrication artisanale, au point de vouloir devenir inventeur lui-même. Sa création, qu'il baptise Wonderbot, une sorte de couteau suisse très émotif, le renvoie à ses propres craintes, et plus le récit progresse, plus ils prennent tous deux de l'assurance. Autrement dit, on est ce que l'on crée.
L'une des séquences les plus inventives du film concerne les retrouvailles entre Rodney et Bigweld. Parvenu dans l'antre de son idole, le héros assiste à la chute en cascade d'une multitude de dominos qui, en tombant, génèrent une vague immense surfée par Bigweld en personne. Une merveille visuelle dont l'ampleur surréaliste vient signifier combien chaque rouage, même noyé dans un système beaucoup plus vaste, est essentiel à la réalisation de tout projet.
Pour voir grand, il faut d'abord dominer les dominos
Faire front commun en mutualisant les compétences de chacun, voilà la force des faibles. C'est la très belle leçon que les personnages vont apprendre et devoir appliquer afin de déloger les puissants de leur piédestal. Le combat final érige ainsi Rodney et ses camarades au rang de super-héros, avec leurs talents particuliers et sans autre équipement que de vieux ustensiles rouillés. Là encore, il est tout à l'honneur des réalisateurs d'orchestrer la revanche des opprimés en ne les affublant jamais des armes des oppresseurs. Leur victoire ne dépend pas d'une quelconque supériorité matérielle, mais de leur union et surtout de leur créativité.
On en revient au thème central du long-métrage : la capacité à se construire soi-même. Cela rejoint bien sûr l'idéal du "self-made-man", très populaire aux États-Unis, qui suppose une forme d'équité universelle, faisant de Monsieur et Madame Tout-le-Monde les artisans de leur propre réussite. Ne reste alors qu'à avoir le déclic, et pour le provoquer, inutile de rouler des mécaniques. La clé est ailleurs, dans ce rêve que l'on poursuit à la fois pour soi et pour les autres.
Les studios Blue Sky ont donc frappé un grand coup avec Robots. Sans rien sacrifier à la candeur du spectacle familial, le film parvient à dépasser son programme tout public en imaginant un univers dystopique étonnamment cruel. Une noirceur que les deux indéboulonnables Chris Wedge et Carlos Saldanha retrouveront en partie, des années plus tard, en co-réalisant Epic : La Bataille du royaume secret. Alors on prend les paris, mais si Blue Sky n'a duré qu'un temps, son héritage, lui, vivra sans doute encore longtemps.
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Oh j’ai vu ce film récemment par hasard et j’ai bien aimé aussi. Les ficelles sont un peu visibles maintenant mais le propos social du film reste très actuel. Au niveau du doublage français c’est vraiment très ancré dans les années 2000.
J’ai presque aucun souvenir de ce film, visuellement c’est très beau, propre, mais sinon le film ne me laisse aucun souvenir marquant.
Blue sky n’était plus que l’ombre de lui-même avec les dernières déclinaison de l’âge de glace et les tentatives de s’émanciper de cette saga; et qui n’aura jamais su créer d’autres franchises ou films aussi marquant que leur 1ère production.
J’avais également beaucoup apprécié ce film d’animation. J’en garde un bon souvenir, il faudrait que je le remate avec ma fille.
J’adore ce film.
Je me souviens avoir éclaté de rire de surprise quand Baby One More Time à démarré.
Tartine à Gregdevil…
Qui, à plein nez, sent le truc qui parfois, peut ressembler au Nutella
J’adore ce film, une belle réussite!
Visuellement je prends toujours un gros plaisir. Les dialogues font mouche et les trouvailles foisonnent. Je souscris à l’amour que vous portez à ce film
C’est jolie et c’est tout.
L’histoire est cousu de fil blanc, mes perso caricatural au possible et les péripéties sont aussi mole qu’une que du Nutella en plein soleil.