Tout James Bond : Moonraker, quand Star Wars rime avec nanar

Lino Cassinat | 29 juin 2021 - MAJ : 30/06/2021 15:47
Lino Cassinat | 29 juin 2021 - MAJ : 30/06/2021 15:47

James Bond a connu des hauts et des bas. Arrive Moonraker, souvent considéré comme le nanar de 007 sous influence Star Wars, mais mérite-t-il tant de haine ?

Le 6 octobre 2021 sortira en salles Mourir peut attendre, promis juré. Mais comme c'est dans longtemps et qu'Ecran Large n'en peut plus de ronger son frein, son volant et son embrayage, on a décidé de regarder tous les James Bond, de Sean Connery à Daniel Craig.

C'est chouette, mais du coup il faut aussi se fader la période Roger Moore. C'est la règle du jeu, il faut savoir explorer le firmament comme les profondeurs, alors haut les coeurs, voilà Moonraker, une des entrées les plus absurdes de la saga... mais qui pourtant cache une bonne surprise. Allons racler la face cachée de cette Lune.

 

Affiche officielle

 

DE QUOI ÇA PARLE ?

Alors que les Anglais devaient sécuriser le transport de la navette spatiale américaine Moonraker, ils se la font voler, ce qui est franchement l'hchouma. Ni une ni deux, le MI6 rappelle James Bond de sa mission en cours, ce qui l'arrange bien parce qu’il n'y a pas de pilote, mais un Requin dans son avion. Il saute sans parachute et livre une des meilleures cascades de tout James Bond (et qui n'est pas sans rappeler un certain Mission : Impossible - Fallout).

James Bond remonte la piste de cette disparition jusqu'au constructeur même de la navette Moonraker : Elon Musk Hugo Drax, milliardaire raffiné, mais ombrageux obsédé par la France (il possède la tour Eiffel) et la conquête spatiale. James remonte également la piste de sa secrétaire Corinne Dufour qui lui apprend, après un peu de tire-fesses, que Drax pourrait s'être auto-volé sa navette et pourrait ourdir un fourbe complot. C'est probablement vrai, puisque Drax tente d'éliminer Bond deux fois sans succès. Pour la peine, il fait dévorer Corinne par ses chiens.

 

photo, MoonrakerEuh... Clovis Cornillac ?

 

L'enquête emmène Bond à Venise où il découvre, après une course-poursuite en voiture-gondole, une usine secrète dans laquelle Drax fait développer un gaz ultra-mortel. Il est attaqué avec un sabre en bois (?) par Chat, l'homme de main de Drax, mais il le tue. Il remonte désormais la piste du Dr Holly Goodhead, une agent de la CIA infiltrée chez Drax et font du tire-fesses. Puis ils se séparent, et James apprend que le gaz est extrait d'une orchidée extrêmement rare qui pousse seulement en Amazonie. Cap sur Rio. Pendant ce temps, Drax n'ayant plus Chat, il embauche Requin et se retrouve à un ou deux hommes de main d'ouvrir une animalerie.

Après un peu de samba dans les rues de Rio (et dans la piste de son guide féminin), James Bond retrouve Holly, mais elle est aussitôt capturée après une impressionnante tentative d'assassinat ratée de Requin (qui trouve l'amour au passage). James remonte l'Amazonie (on parle bien d'une rivière cette fois) et trouve la base de Drax au coeur de la jungle. Celui-ci lui explique qu'il entend éradiquer quasiment toute l'humanité et créer une nouvelle civilisation parfaite... dans l'espace. Ils en redescendront plus tard pour régner comme des dieux sur une Terre florissante (oui parce que, en fait, son gaz il tue que les humains, pas les plantes ni les animaux).

Drax s'envole dans l'espace et commence à larguer ses capsules de gaz toxique depuis sa base spatiale secrète, mais Bond et Holly le poursuivent. Ils parviennent à désactiver son brouilleur radar ainsi que son "rayon laser", ce qui permet à l'armée américaine d'envoyer ses space marines à l'assaut de la base, parce que oui, ils ont ça au cas où apparemment. S'engage alors une bataille laser (oui oui) dans le vide cosmique. Les gentils gagnent grâce à Bond, Holly et Requin, qui a retourné sa veste parce que la civilisation parfaite de Drax est un peu nazie et donc pas très ouverte aux physiques non-conventionnels. Drax est expulsé dans l'espace, Requin et sa copine boivent du champagne dans l'espace, Holly et James font l'amour dans l'espace devant tout le MI6, FIN dans l'espace.

 

photoQu'est-ce qui se passe dans l'espace, comme dirait Jul

 

POURQUOI C'EST VRAIMENT PAS LE PIRE JAMES BOND

Tout simplement parce que, avant que le film ne fracture son slip et embrasse une forme d'absurdité proche du nanar réjouissant, Moonraker est un très bon James Bond, notamment la première moitié. Fort du succès de L'Espion qui m'aimait et de quelques ruses financières, les producteurs ont ici les moyens pour aller jusqu'au bout de leurs ambitions, les bonnes comme les délirantes. Si le découpage global laisse à désirer, Moonraker surprend cependant régulièrement avec l'ampleur et la beauté de ses nombreux et massifs décors signés Ken Adam, une légende du métier et qui bat pour l'occasion le record du plus grand décor jamais construit en France.

Avec en plus un bon paquet mis dans les effets spéciaux, Moonraker dépayse et impressionne la rétine. On dira ce qu'on voudra du voyage dans l'espace, des gadgets stupides ou des costumes des spaces marines de Drax, cette aventure de James Bond exploite à fond l'augmentation de son bugdet qui permet de nombreux designs et cascades réussis. La base spatiale est évidemment le clou du spectacle, mais on pourrait parler avant cela de la centrifugeuse, ou encore de l'intérieur nuit de la tour de l'Horloge à Venise.

 

photoBon, la chorégraphie est nulle, mais admettez, c'est joli

 

Si le spectacle est régulièrement au rendez-vous, il est également servi sur un beau plateau rythmique, puisqu'à part quelques trous d'air ça et là et une fusillade finale horriblement molle, Moonraker tient son spectateur en haleine et offre même quelques vrais moments de serrage de fesses. On pense évidemment à la baston en chute libre d'ouverture, la centrifugeuse encore, la baston contre Requin sur les téléphériques de Rio, ou même l'ultime péripétie de Bond et Holly dans l'espace. Ils y sont lancés à la poursuite des capsules mortelles déjà larguées par Drax dans une navette surchauffée par l'entrée dans l'atmosphère et menaçant de cuire nos deux héros.

Côté écriture et personnages, si James Bond a vu mieux avant comme après, la saga a également largement vu pire. Certes, le complot du méchant est le même que d'habitude, mais l'interprétation obséquieuse et hautaine de Michael Lonsdale emmène ce Hugo Drax bien au-delà du cahier des charges du méchant classique. Certes, Holly Goodhead n'est pas un sommet de féminisme tant s'en faut, néanmoins elle en impose énormément, tient tête, se bat et globalement, elle apparaît comme une version très largement améliorée de l'agent XXX de L'Espion qui m'aimait. James Bond lui-même voit son invulnérabilité réduite et se fait moins pathétique dans ses numéros de charme nuls.

Bref, Moonraker, c'est n'importe quoi, mais c'est sympa.

 

photo, Richard KielDe quoi donner le sourire

 

POURQUOI C'EST QUAND même un sacré craquage

Parce que la réciproque de la maxime ci-dessus est également vraiment : Moonraker, c'est sympa, mais c'est n'importe quoi. Certes, la saga avait déjà offert quelques idées aussi kitsch que folles (au hasard, le rayon laser spatial - déjà - dans Les Diamants sont éternels), mais l'extravagance grotesque est une première, de même que l'opportunisme grossier.

On n'atteint certes pas le niveau d'un certain Meurs un autre jour, mais tout de même : les moines franciscains qui font du kung-fu, la base cachée dans l'espace, les fusils laser, la gondole qui se transforme en voiture, le lanceur de couteaux planqué dans le cercueil en position Dracula... ça fait beaucoup.

 

photoUn cercueil coutellerie, s'il vous plaît. Nous on aurait pris un flingue, mais bon.

 

Richard Maibaum, un scénariste ayant accompagné James Bond depuis le premier film, a dit :

"Avec Moonraker, nous sommes allés trop loin dans l'exotisme. Le public n'y croyait plus et Roger Moore cabotinait trop."

Et ce n'est pas Austin Powers - L'Espion qui m'a tirée qui dira le contraire, tant le film multiplie les références directes à cet opus particulier. Sean Connery lui-même affirme dès la sortie du film que Moonraker a perdu contact avec la réalité et que la saga n'a plus de substance. Difficile, là encore, de trouver à redire. Quand on constate l'écart monstrueux entre l'intrigue de Moonraker le film et de Moonraker le livre, il y a de quoi être profondément affolé et inquiet pour la suite (et le pire est bien à venir).

 

photoT'es sûre que c'est dans le livre ?

 

Comment un bouquin d'espionnage suave (où James prend un râteau !) et un brin rocambolesque sur une chasse au nazi ayant mis la main sur une technologie balistique a pu donner un film avec une bataille spatiale laser autour d'une orchidée transformée en arme biologique ? Certes, le livre se conclut sur une explosion atomique, mais tout de même, la vraisemblance n'est pas malmenée à ce point. La réponse se trouve probablement dans l'air du temps.

Rencontres du troisième type en 1978 (très grossièrement référencé dans Moonraker), Alien, le huitième passager en 1979, Star Trek : Le film en 1979... depuis la sortie d'un certain Star Wars : Episode IV - Un nouvel espoir en 1977, tout le monde va chercher ses dollars dans l'espace, devenu ici un argument de vente abrutissant (revoyez l'affiche). Alors, pourquoi pas James Bond ? Après tout, il a bien besoin de rajeunir son image et va donc pomper allègrement les décors intérieurs de l'Etoile Noire pour sa propre base spatiale. Jetez un oeil, c'est flagrant.

 

photoStar Wars, mais avec des petits bonshommes en mousse

 

Évidemment, si cela permet à James Bond de doper ses ambitions visuelles, cela le pousse aussi vers une forme de ridicule vertigineux à force d'essayer de s'arroger de force ces nouveaux codes du "cool". Ce n’est certes pas le BDSM de La Planète des Vampires, mais les combinaisons spatiales des suivants de Drax - Flash Gordon éboueurs pour les hommes, Fruits basket pervers et sans soutif pour les filles - sont un exemple de cette désorientation. Pareil pour les passages où les acteurs "jouent" l'absence de gravité, en chaloupant leurs démarches et en alourdissant leurs gestes comme dans un Turkish Star Wars suédé, à pleurer de rire.

On vous fera grâce de l'humour sexuel ou gaguesque toujours aussi bas du front - la saynète de vieux lubrique avec le général Gogol - et de l'arc rédempteur absurde pour Requin, le recyclage (encore) d'anciennes actrices de films érotiques, les gadgets nuls et la chanson fade... la coupe est déjà pleine.

 

photoAïe aïe aïe ces tenues...

 

LE BUSINESS BOND

Les critiques de l'époque sont très tièdes - et commencent à se plaindre des nombreux placements de produits parasites -, plus personne ne prend James Bond au sérieux, mais pourtant : Moonraker est un succès comptable clair et net, avec un box-office mondial à 210 millions de dollars, soit six fois plus que les 34 millions de coûts de production. C'est le plus gros carton mondial de 1979, devant Alien, le huitième passager, Rocky II ou encore Apocalypse Now.

Pour autant, il y a de quoi se demander si c'est vraiment à la hauteur des espérances placées dans le film : l'opus précédent avait en effet été bien plus rentable : 185 millions de dollars pour 13 millions de coûts de production, plus de quatorze fois moins. Pas de quoi donner des sueurs froides aux producteurs, mais de quoi commencer à questionner la stratégie adoptée.

En France, quand bien même il s'agit d'une co-production locale (cocorico), le film attire 3,1 millions de spectateurs, soit moins que le précédent opus, et ce malgré la présence de Clovis Cornillac avec un bouc Michael Lonsdale.

 

photoMiam les dollars

 

UNE SCÈNE CULTE

Pour le meilleur, la première grosse cascade du film : James Bond, poussé d'un avion sans parachute, rattrape un autre parachutiste, se bat avec lui, lui vole son sac à dos, est rattrapé par Requin, se bat avec lui, puis s'échappe en ouvrant son parachute... le tout filmé en conditions réelles et sans studio (sauf pour les gros plans, faut pas abuser). Tom Cruise n'a rien inventé. Dommage, ça finit sur un gag pas terrible.

 

 

Pour le pire, le moment Star Wars du pauvre : la bataille laser, et son design sonore atroce.

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commentaires
xav
05/07/2021 à 13:28

Dans ce film, le nanard est pleinement assumé. Dès lors qu'on l'accepte, il se regarde avec plaisir, d'autant que visuellement parlant, il est réalisé avec beaucoup d'élégance. Mais vivement qu'arrivent les épisodes plus sérieux (rien que pour vos yeux, les timothy dalton....).

Psycho666
01/07/2021 à 02:44

Pour un James bond c'est trop nanard Moore en fait des tonnes ,le méchant pas crédible son plan pareille mais bon c'est l'époque qui veut ça mais si on le regarde au deuxième ou troisième degree ça passe

Xbad
30/06/2021 à 09:10

Ce qui m'a marqué dans ce film, c'est que requin trouve l'amour !

Krakenstein
30/06/2021 à 06:52

Je suis assez soulagé : c'est un avis assez positif !
Ca reste dans la lignée de L'Espion qui m'aimait qui est clairement dans mon top, et Holly Goodhead, quoi... J'étais tellement amoureux de Lois Chiles dans ce film !

murmur
30/06/2021 à 04:32

Ça reste un bon film des années 80 mais de tout les james bond que j'ai vu jusqu'à maintenant avec Daniel graig c'est l espion qui m'aimait qui reste le meilleur

Bond
30/06/2021 à 00:52

Rien que la scène d’ouverture pour l’époque était déjà spectaculaire , scène déjà pompée mille fois dans d’autres films

GoldenEye
29/06/2021 à 21:37

Vivement que vous fassiez les commentaires de ceux de Dalton, qui sont quand même très forts !

Cydje
29/06/2021 à 18:33

Depuis gosse ça a toujours été mon préféré juste devant l’Espion Qui m’Aimait…
Après la base sous-marine, la base spatiale
Normal

Pi
29/06/2021 à 17:57

C'est un des rares James Bond de cette époque que je revois toujours avec plaisir.

Donbuba
29/06/2021 à 17:43

Moi je le regarde toujours avec nostalgie, effectivement c'était une autre époque mais je l'aime bien. et le son du clavier lorsque james rentre dans le laboratoire secret....rien à rajouter ;o)

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