L'action décomplexée, c'est tout un art. Un art que Hyper tension et Hyper Tension 2 ont porté au sommet, s'imposant comme la bible du n'importe quoi.
Chev Chelios est tueur à gages et vit sa meilleure vie. Enfin, jusqu'à ce que celle-ci croise la route de vilains brigands qui lui injectent un poison, lequel a pour effet de ralentir inexorablement son rythme cardiaque. C'est ballot, mais le garçon doit désormais se livrer aux pires exactions pour maintenir la fréquence des battements de son palpitant. Tout en cherchant un antidote. Rarement point de départ d'un long-métrage aura été aussi évidemment absurde, et rarement telle entrée en matière aura permis d'aboutir à un résultat aussi réjouissant et atypique que les deux films de Mark Neveldine et Brian Taylor.
"Le bon goût ? il est parti par là"
FILM MULTIJOUEUR
D.W. Griffith a posé sa marque sur un cinéma encore balbutiant en filmant la chute de Babylone, accompagné de milliers de figurants. Ingmar Bergman a fait éclater nos vertiges existentiels le temps d’une partie d’échecs avec la mort. Steven Spielberg a ressuscité les dinosaures. Mark Neveldine et Brian Taylor ont préféré immortaliser Amy Smart et Jason Statham copulant sur un champ de courses, les pupilles dilatées par la vision d’un chibre d’équidé leur passant sous le nez. Un choix qu’il convient désormais de questionner, pour mieux comprendre en quoi il est passé à la postérité.
On qualifiera le duo de réalisateurs de sales gosses, et on aura raison. Qui d’autre que des sales gosses auraient pu avoir l’idée de greffer Christophe Lambert à Ghost Rider : L'Esprit de vengeance et de le maquiller comme une voiture volée ? Personne, sinon de très sales gosses. Mais ce qualificatif, devenu progressivement une tarte à la crème du commentaire filmique, est bien insuffisant pour caractériser le cinéma mongolo-dino des deux bonshommes.
Un goût certain pour le conflit
Premièrement, parce que leur filmographie bordélique et inégale n’encourage de prime abord qu'à les envisager comme des créateurs de formes, des agités du bocal secouant leur caméra. C’est justement oublier combien le diptyque Hyper Tension constitue une géniale anomalie. Une anomalie qui ne puise pas son inspiration première dans le cinéma.
Un tueur à gages qu’on a piégé traverse un gigantesque environnement urbain, avec pour seul but, motivation, enjeu et destination d’y semer le chaos. Toujours plus fort, dangereux, bête et sale, il détourne, tord et transforme tout ce qu’il croise, jusqu’à surmultiplier les points de rupture. Une soif de bazar qu’il doit perpétuellement étancher, sans quoi il mourra. Ce point de départ rappelle étrangement ce qui constitua le premier point d’attraction d’une saga vidéoludique apparue en 1997. Grand theft Auto.
Exactement comme dans le jeu (dont le titre était déjà un hommage au film éponyme de Roger Corman), il est question de raconter un éparpillement, de faire d’une apparente anarchie un langage, et de ses saillies de brutalité, en apparence gratuite, un récit. Et au cours d’Hyper Tension 1 puis 2, surgit un questionnement beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît : comment raconter quelque chose quand littéralement tout est possible, et qu’on a établi l’apocalypse perpétuelle comme unique horizon narratif ?
MONDE OUVERT
Depuis Une Journée en enfer de John McTiernan, la steadycam et ses images heurtées sont devenues le langage primaire du cinéma d’action américain, ainsi que le joker des faiseurs en mal d’inspiration. De Jason Bourne à ses nombreux décalques, il faut singer le réel, imiter la fièvre, pour espérer la transmettre au spectateur. Neveldine et Taylor sont à bien des égards l’incarnation de cette tendance, à la différence qu’ils en poussent les codes si loin dans leurs retranchements qu’ils leur offrent une puissance inédite.
De grands-angles malpropres en petites caméras accrochées à des skate-boards, ils courent littéralement avec Jason Statham, dont on se demande plus d’une fois s’il suit le script, ou les diktats d’une mauvaise descente de speed. Le récit, dès ses premières minutes, se métamorphose en un magma dont on ne sait trop lequel, du découpage ou du montage, est le plus énervé. Et puisque notre héros cherche désespérément l'adrénaline, l'intérieur du cadre lui en fournit plus qu'il ne peut en rêver. Avec gourmandise, les zooms, dézooms, décadrages s'enchaînent avec une intranquilité contagieuse. Le film ne feint jamais l'énervement, il l'embrasse et s'emballe continument.
Toujours recharger les batteries
Et c'est son tempo, faussement confus, mais incroyablement bien tenu, qui fabrique avec génie l'illusion d'un monde (et donc d'un récit) ouvert. Les outrances s'accumulent, s'entrecroisent, les sources d'images s'affrontent et se piétinent, à la manière d'un boeuf de jazz éclaboussé d'amphétamines, ou d'un mix électro condamné à monter perpétuellement en puissance. De cette énergie répandue grossièrement naît une euphorie étonnante, qui n'interdit pas non plus quelques véritables trouvailles.
Chaque scène, derrière ses coquetteries bourrins, recèle des idées, systématiquement mues par l'urgence qui démultiplie Chev Chelios. Ainsi, quand il rejoint un informateur au bout d'une piscine, c'est à la faveur d'un plan unique, faussement simple, que la situation et son degré d'énervement nous sont racontés. Et lorsque Jason Statham envahit soudain le cadre en se jetant dans la piscine, c'est un petit coup d'accélérateur narratif qui nous est asséné, avec une évidence et une malice qui placent le métrage très au-dessus de l'actioner colérique moyen.
C'est donc ça, "faire l'hélicoptère"
Ces courts-circuits narratifs et visuels abondent, sans doute parce que Neveldine et Taylor, non contents de s'amuser comme jamais avec leurs caméras, ont également écrit le scénario. Une maîtrise qui renforce encore la limpidité de l'entreprise, et les autorise à mener le récit sans perdre haleine, tout en multipliant les sorties humoristiques admirables de mauvais goût. Difficile de résister au vol d'un taxi grâce à une unique réplique ("Al-Quaeda !") qui provoque l'agression d'un malheureux conducteur par une nuée de harpies pro-Bush adeptes des clefs de bras.
Et quand, à la fin d'Hyper tension, Chev s'embarque pour un climax foncièrement cartoonesque, où à la manière de Vil Coyote, il s'élance pour un combat aéroporté, sans s'inquiéter de ne plus avoir le sol sous ses pieds, la bêtise volcanique de l'ensemble confine à une candeur si sympathique que le film parvient miraculeusement à retomber sur ses pattes. Fallait-il pour autant enchaîner avec une suite ? Pouvait-on seulement reproduire la frénésie de cette expérience initiale ? Oui, deux fois oui.
HISTOIRE D'UN ALLER ET D'UN RETOUR
Hyper Tension premier du nom utilisait le langage du cinéma d'action comme un puzzle à reconfigurer, Hyper Tension 2 traite la pop culture et la "mythologie" établie dans le précédent opus avec le même égard. On croise donc un Fu manchu lubrique, absolument tous les clichés du film de gangsters contemporain, des triades méchantes, des sidekicks allumés et même une séquence kaiju pas piquée des vers. Assumant son invraisemblance totale et sa raison d'être purement ludique, ce second volet progresse courageusement vers l'absurde pur.
En témoignent ses seconds rôles, qui feraient passer ceux du premier chapitre pour un congrès de moines franciscains neurasthéniques. On retrouve évidemment Eve, toujours campée par la formidable et trop rare Amy Smart, qui joue de cette partition de faire-valoir apparent, pour toujours y ajouter une impertinence et une énergie salvatrice.
Et si le scénario passe la seconde en matière de mauvais goût, il traite sa galerie de weirdos et autres marginaux avec une belle empathie. Y compris quand on massacre les danseuses d'un bar miteux en répandant des giclées de silicone. Le doigt d'honneur est accompli avec un sourire triomphant de gosses pas si sales. Ria et Venus (Bai Ling et Efren Ramirez) sont complètement secoués, mais jamais le film ne les moque, constatant avec bonne humeur que dans cet opéra de démence, ils sont les seuls à avoir trouvé leur place et à conserver un peu d'humanité.
Les pinces à tétons, un must-have
L'humanité, c'est justement ce dont est privé ce pauvre Chev Chelios, véritable muscle humain à la recherche de son coeur. On pourrait presque y voir un personnage de conte, mais à bien y regarder, c'est plutôt à l'enfance du cinéma qu'il nous renvoie. Statham n'a rien d'un clown triste et gracile, tant s'en faut, mais l'engagement total de son corps, l'aisance avec lesquels l'ancien athlète contrôle le cadre et paraît littéralement se consumer à l'écran fait par endroit jaillir le souvenir de Buster Keaton. Autres temps autres moeurs, autre mort, ce mécano-là serait plutôt du genre à faire dérailler le train avant d'éventrer les passagers avec les dents, mais c'est avec la même foi que le comédien britannique se rue dans ce surréaliste magasin de porcelaine.
Et c'est bien la même jouissance de cinéma qui culmine avec ce deuxième opus, où tout devient mouvement, action, électricité. Un rite étourdissant en deux temps, d'une pureté et d'une réussite telle, que jamais plus après Neveldine et Taylor ne parviendront à retrouver cette osmose chaotique et libératrice.
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@leprotagoniste
Dire qu’on est passé en contenu payant, c’est un bien grand mot.
Depuis deux ans, les lecteurs qui nous soutiennent financièrement bénéficient de 3 articles par semaine, qu’on produit « en rab » et pas à la place des autres (dont le volume lui, a continué d’augmenter ces 24 derniers mois). Donc bon, on se bat justement au quotidien pour demeurer un site accessible au plus grand nombre, et je pense qu’on ne le fait pas trop trop mal.
Et c’est ce contenu payant qui nous permet aussi de survivre, mais également de pouvoir jouir d’une relative indépendance vis-à-vis des annonceurs et du système des partenariats. Parce que bon, techniquement, du contenu gratuit, ça n’existe pas. C’est une gentille illusion pour ne pas évoquer le fait que si ce n’est pas vous qui achetez, c’est que quelqu’un vous achète, vous.
Dommage d’être passé au contenu payant
Très bon film et tout simplement la meilleure adaptation d’un jeux vidéo
Absurde, stupide,grotesque, abruti.
Bref un film que j’ai kiffé , j’ai eu des barres de rire sur ce scénario coupé à la mescaline et à l’exstasy.Un film de ouf .Même le 2 est bon aussi. Moins que le 1er mais il est bon.
Excellent moment passé devant le 1er film
Du pur Tex Avery live ! Ce genre de films est trop rare au cinéma. Et surtout à contre courant du moralement correct qui est entrain de tout asphyxier.
C’est hyper débile, mais ça m’a pas empêché de passer un bon moment devant ce film.