Countdown : de Destination finale à It Follows, quand la Mort prend vie

Geoffrey Crété | 5 novembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 5 novembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Countdown, en salles le 13 novembre, tourne autour d'une application diabolique : un compte à rebours jusqu'à sa propre mort.

Si Countdown de Justin Dec rappelle la saga Destination finale, c'est normal : la Mort y prend vie pour hanter, traquer, chasser et punir ses cibles, et respecter le grand schéma de la fatalité.

L'idée de donner vie et corps à la mort n'est pas nouvelle, et le cinéma de genre l'a plusieurs fois exploitée pour incarner l'angoisse existentielle, de manière plus ou moins sérieuse et noire. Retour sur cette évolution de la menace, et sur quelques films marquants.

 

 

JUSQU'À CE QUE LA MORT VOUS ATTRAPE

Ce n'est pas un hasard si Jason Voorhees de Vendredi 13, Michael Myers de Halloween ou encore le bien nommé Ghostface de Scream portent des masques. Au-delà des personnes, ce sont des idées : la Mort est une froide épée de Damoclès, elle vous poursuivra, reviendra sans relâche avec un autre corps et un nouveau motif si besoin. Le visage déformé, inhumain et figé des masques est comme un éternel instantané, semblable à la dernière vision imprimée sur la rétine avant l'ultime souffle. Face aux victimes qui courent et crient (en somme : la vie), il y a cette face impénétrable et imperturbable, qui avance doucement et sans fin (en somme : la mort).

 

photoUn des visages de la Mort qui arrive, lentement mais fatalement

 

Le film de genre, et notamment le slasher, a muté, remplaçant un masque par un autre pour sans cesse rejouer la lutte. Ce n'était qu'une question de temps avant que cette mort ne s'évapore pour devenir la menace ultime, sans corps, comme une entité absolue. Destination finale en reste l'une des illustrations les plus claires et marquantes.

Très fortement inspiré par un épisode de La Quatrième Dimension (Sans escale de vie à trépas, voir les détails par ici), écrit par Jeffrey Reddick, James Wong et Glen Morgan (ces deux derniers étant passés par X-Files), le film raconte comment la Faucheuse traque un groupe, qui a échappé à l'explosion d'un avion où ils étaient destinés à mourir. Leur destin était d'y rester, et cette mort ne les lâchera pas d'une semelle pour remettre l'ordre dans ses plans.

 

PhotoLe moment fatidique où la Mort te repère

 

Comment échapper à quelque chose d'intangible ? Que faire quand le danger n'est plus un corps, mais le monde entier ? Le cauchemar prend ici une nouvelle dimension. La Mort ne prend plus possession d'un corps et d'un esprit dérangé : elle est partout et nulle part, tel un dieu démoniaque qui tire les ficelles de la vie pour étouffer ses cibles. Une simple goutte d'eau, un bus et un morceau de métal deviennent les outils anodins de la fatalité. En somme, c'est la vie elle-même, à chaque coin de rue, qui peut porter le masque de la Mort sans prévenir. Que le cauchemar s'inscrive dans une veine teen movie (des adolescents qui s'éveillent et tombent amoureux), autour de la fin d'une certaine innocence confrontée à la réalité de l'existence, n'est pas anodin.

Countdown en reprend la formule. La menace dépasse toute contrainte physique, joue avec les murs de la réalité, prête à happer les héros. C'est très clair dans l'intro du film, où une simple salle de bain devient le théâtre de l'étrange.

 

photo La peur infiltre la réalité pour être là, partout

 

LA FORME DE L'OMBRE

Mais dans Countdown comme dans d'autres, la Mort a aussi un visage venu des enfers, qui sert de clou du spectacle ou de piège fatal. Malin, cachotier et pervers, le démon du film de Justin Dec use de masques comme appâts, et pas n'importe lesquels : ceux d'un parent, d'un ami, d'un frère. Un troublant miroir offert aux victimes, attiré par cette image comme par le chant d'une sirène.

Une ficelle utilisée à merveille dans It Follows de David Robert Mitchell, où la mystérieuse entité prend l'apparence d'un proche pour terroriser l'héroïne. Toujours cette idée d'interminable et absurde poursuite, sans autre fin que celle de la victime, épuisée ou résignée. Et quoi de pire qu'une horreur qui prend l'allure d'une figure réconfortante et familière, pour signaler que la fin est inéluctable et que l'espoir n'est plus ?

 

photo, Maika MonroeNe te retourne pas

 

Plus proche de l'abstraction : Reeker, amusante série B de Dave Payne sortie en 2006. Dans cette histoire qui lorgne vers le slasher, un groupe de jeunes erre dans un vieux motel désert et affronte une force étrange et puante, qui prend le plus souvent la forme d'une étrange fumée - sauf quand elle a littéralement des allures de Faucheuse.

Un procédé également utilisé dans Action ou vérité, de Jeff Wadlow, sorte de Jumanji diabolique où de jeunes âmes innocentes sont coincées malgré elles à cause d'un démon qui s'est caché dans le jeu. La Mort utilise ici les corps des héros pour les tourmenter, les punir et les récupérer, transformant chaque victime en arme au fil des situations.

Countdown s'amuse aussi à créer sa propre mythologie démoniaque, avec une créature tapie dans l'ombre qui révèle peu à peu son visage.

 

PhotoCome play with me

 

En remixant ces éléments dans la veine d'un Happy Birthdead, Countdown se place comme un amusant descendant de Destination finale à la sauce teenager. A la croisée des chemins entre l'horreur, le slasher et la comédie, le film de Justin Dec est à consommer comme un petit plaisir, et une nouvelle variation de la peur et paranoïa autour des technologies. Mais ça, on en parlera dans un autre dossier.

En salles le 13 novembre.

 

Affiche fr

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat sur Ecran Large ?

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commentaires
Geoffrey Crété - Rédaction
05/11/2019 à 23:42

@K.

On explique assez clairement d'où vient le lien dans l'angle thématique, sans jamais dire que les deux films sont comparables dans leurs intentions, ambitions ou réussites... Tout comme Destination finale et It Follows ne sont pas comparés.

Et oui, on choisit les films.

K.
05/11/2019 à 23:37

Fallait quand même oser caser (le magnifique) It Follows pour parler de Countdown (ce truc apparemment hyper daubé)....

Niveau déontologie, c'est quand même limite Ecran Large, et après vous allez nous faire croire que c'est vous qui choisissez les films ou séries qui vont en bénéficier...

Xprocessor
05/11/2019 à 16:01

It follows... Oh ce petit film d'horreur juste magnifique et effrayant... Une véritable petite pépite.

Simon Riaux - Rédaction
05/11/2019 à 13:52

@Hank Hulé

Si, moi.

J'attends patiemment que le monde le découvre.

Hank Hulé
05/11/2019 à 13:48

cher Simon,
j'ai bien souligné que se référer au score Metacritic ne voulait pas dire grand chose. Même si ça souligne que, globalement,, les critiques ne sont guère positives.
Après, chacun voit midi à sa porte (et que je kiffe certains films sur lesquels la majorité semble rejeter) : personne n'a le monopole du bon goût

Simon Riaux - Rédaction
05/11/2019 à 13:24

@Hank Hulé

Elle arrive camarade.

Mais bon, se baser sur le score Metacritic pour causer d'un film c'est... particulier quand même.
Ah et tant qu'on y est on va prochainement beaucoup beaucoup causer de Little Joe, qui a été assez mal reçu, mais qu'on trouve franchement excellent.

Désolé hein.

Hank Hulé
05/11/2019 à 13:19

Toujours hâte de lire votre critique (forcément positive) de la série faisant l'objet de votre précédent partenariat (tellement bonne que son nom m'échappe).
Pour info, et même si ça ne veut pas dire grand chose, Countdown est à 31 sur Metacritic. Les avis utilisateurs ne sont guère mieux. Va falloir ramer pour convaincre de la qualité de ce film.

Geoffrey Crété - Rédaction
05/11/2019 à 13:07

@Pierre

Tout à fait ! On prévoit une vidéo sur la technologie dans les films d'horreur, autour de La Mort en ligne, Ring ou encore Kaïro.

@Hank Hulé

On a modifié le temps sur un verbe : puisque vous nous accusiez de jouer sur les mots ("écrit la critique" et non "publie"), on a changé en "va en écrire la critique". Ainsi, on rappelle que le planning de publi entre dossiers et critique change, selon différents facteurs qu'on vous avait expliqués.
Modification mineure sur la forme donc, mais on maintient que tout est clair, comme lors de notre dernier échange.

Pierre
05/11/2019 à 13:05

L'idée même de Countdown rappelle également beaucoup La mort en ligne avec ces gens qui recevait un message vocal où ils s'entendaient mourir. S'il s'agit d'une histoire de fantôme, c'était également une mort invisible qui leur ôtait la vie par le biais d'accidents.

Hank Hulé
05/11/2019 à 13:02

Tiens, la Charte a été modifiée...

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