Countdown : destination critique finale

Geoffrey Crété | 8 novembre 2019
Geoffrey Crété | 8 novembre 2019

Un peu de Destination finale et La Mort en ligne, une touche de Happy Birthdead, une pincée de Black Mirror Countdown a tout pour plaire. Réalisé par Justin Dec, avec Elizabeth Lail (vue dans la série Dead of Summer), le film est entre le film de monstre et le slasher, si le tueur était la Mort elle-même, bien décidée à ne pas laisser s'échapper ses victimes planifiées.

HAPPY FINAL RING

Ce n'était qu'une question de temps avant qu'un film d'horreur ne s'attaque à la folie des applications pour en tirer une fable sur les dérives de la technologie. Black Mirror a bien sûr été le porte-étendard de cette angoisse moderne, après que d'autres aient abordé le sujet, par exemple le méconnu Timer avec Emma Caulfield, sorti en 2009, autour d'un implant qui lance le compte à rebours avant la rencontre avec son âme sœur.

Countdown emboîte le pas aux deux, avec une histoire d'application qui tente les plus curieux en leur offrant la possibilité de connaître la date de leur mort. Le rire des innocents dont la fin est lointaine a des airs de peur panique chez ceux dont le compteur n'affiche que quelques heures ou jours. Et la légende urbaine laisse vite place à une rubrique mortuaire de plus en plus flippante lorsque Quinn, poussée par ses collègues, installe l'application des enfers et découvre qu'elle sera morte dans quelques jours.

Si ce démarrage ressemble à celui de Ring avec un smartphone à la place du vieux combiné, c'est normal : le film de Justin Dec se présente comme un amusant mix entre divers films, de Destination finale à La Mort en ligne, en passant par Happy Birthdead (notamment avec le décor d'hôpital).

 

photo, Elizabeth LailAprès 58 min pour vivre : 15% de batterie pour survivre

 

LA MORT AUX TROUSSES

Se rejoue alors l'irrésistible course contre la mort autour d'une amusante idée : les personnages sont piégés par leur négligence et réflexe moderne, après avoir accepté les conditions d'utilisation de l'application sans les lire - le vrai monstre est celui de la confiance aveugle en ces entités obscures et numériques qui régissent nos vies. Un petit air méchamment drôle et moralisateur qui donne à leur lutte un côté Contes de la crypte.

Car pour survivre, il ne suffira pas de changer ses plans, éviter tout risque et rester dans son lit au chaud. La Faucheuse est plus résiliente que ça, et traquera ses victimes programmées. Impossible de ne pas penser à Destination finale face à ces amusantes scènes, où le réalisateur joue sur l'attente, l'absence et l'issue a priori inévitable de la scène. L'intro du film est à ce titre très réussie, jouant sur l'espace pourtant ordinaire d'une salle de bain pour saisir le spectateur (et le personnage) par surprise.

Et si l'enquête de Quinn et son acolyte de fortune reste sur des sentiers balisés, Countdown a bien conscience des limites de la formule. D'où l'arrivée de deux personnages parfaitement décalés, qui viennent faire dévier les scènes, comme pour signaler que l'important est ailleurs. Il y aura donc un technicien de téléphonie sarcastique, et un prêtre totalement frappé. Des figures imposées que le film s'amuse à détourner.

 

photo, Jordan Calloway, Tom Segura, Elizabeth LailSOS Détresse amitié bonjour

 

MONSTRE ET BONNE COMPAGNIE

Mais contrairement à Destination finale, Countdown donne un visage à la Mort. Plutôt que d'en faire une menace abstraite et sans corps, c'est un monstre étrange, omniprésent et omnipotent, qui emprunte autant au catalogue des démons qu'à celui des momies. Le film garde la bête jusqu'au grand final, jouant de sa forme étrange, sa rapidité inattendue, et son mystère. Le film cède un peu trop vite au numérique, mais résiste plus qu'à l'accoutumée, et garde le monstre dans l'ombre pour créer une intéressante attente.

Countdown affiche en plus une certaine cruauté. Derrière la fable moralisatrice classique, où chaque personnage est hanté par une culpabilité judéo-chrétienne très ordinaire, il y a quelques éclairs de noirceur bien sentis. Tout le monde ne pourra pas réchapper à la faucheuse momifiée, et tant mieux.

 

photoQuelques scènes cruelles à prévoir

 

Countdown n'évite pas certains écueils du genre, notamment dès qu'il s'agit de caractériser les personnages, et leur offrir un haut sens du sacrifice et de la justice - le scénario aborde notamment le harcèlement type #MeToo de manière bien étrange et frontale. Mais celui qui ira assister à ce compte à rebours contre la Mort viendra chercher une petite dose de frissons, d'humour, de sursauts, avec la perspective d'une suite. En ça, le film est aussi simple et honnête que Happy Birthdead, récent petit phénomène.

 

Affiche fr

Résumé

Sans renouveler les codes, Countdown se pose en amusant petit mix entre Destination finale, Happy Birthdead et Ring, qui assume sa part d'humour tout en utilisant avec efficacité les ficelles du genre, autour d'une menace réussie.

commentaires

Geoffrey Crété - Rédaction
09/11/2019 à 14:18

@Wesley

La meilleure réponse est encore de vous rediriger vers nos critiques de Rambo, Midway, et Sœurs d'arme, récents films du même distributeur que Countdown. Difficile alors de dire que nous avons peur d'exprimer librement nos avis pour assurer des partenariats...

Néanmoins, vous avez raison de vous poser des questions, c'est la chose la plus saine qui soit. Mais on peut vous assurer que c'est toujours le même fonctionnement de notre côté, et qu'on l'affiche clairement à la vue du lecteur, en plus d'en parler sans problème : on voit un film, on a un avis, et après un parle partenariat. Et notre liberté est assez claire vu nos critiques.

Wesley
09/11/2019 à 14:09

Tous les rédacteurs étant au courant que s'ils descendent trop le film tout partenariat futur avec la même société s'en trouvera compromis, on peut quand même se poser la question.

La Rédaction - Rédaction
09/11/2019 à 10:09

@trashyboy
Si vous lisez les modalités de nos partenariats vous constaterez que nos avis ne sont pas vendre https://www.ecranlarge.com/partenariats
Nous avons apprécié ce film et ce que nous en avons pensé est écrit dans cette critique

trashyboy
09/11/2019 à 08:47

Petite question: dans quelle mesure votre critique est-elle objective sachant que, juste avant ça, vous avez dédié à ce même film un article en partenariat?

Vincent Lebrun_85939
08/11/2019 à 12:49

J'ai pas saisi le rapport avec Costa-Gavras qui tape fort???

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