Rampant : comment le cinéma coréen réveille le film de zombies ?

Simon Riaux | 2 octobre 2019 - MAJ : 02/10/2019 18:58
Simon Riaux | 2 octobre 2019 - MAJ : 02/10/2019 18:58

Présenté il y a quelques mois lors du dernier Festival de Gérardmer, Rampant débarque enfin dans les bacs français, dès le 2 octobre 2019. Et pour l’occasion on se demande comment le cinéma coréen s’y prend pour redynamiser un des genres les plus usités du cinéma d’horreur contemporain : le film de zombies.

Annoncé comme plus souvent moribond que Pascal Sevran, le film de zombies n’a eu de cesse de renaître de ses cendres. Des morts-vivants de George A. Romero aux infectés de 28 jours plus tard en passant par le succès planétaire de The Walking Dead, le thème a évolué, ses motifs ont muté et ses stéréotypes se sont déplacés. Depuis Dernier train pour Busan, un constat s’impose : les Coréens proposent une approche nouvelle du zomblard, et elle s’avère des plus réjouissantes.

 

photo

 

AMENER LE GENRE AILLEURS

Horreur de la contagion et vertige post-apocalyptique ont longtemps été les deux mamelles de l’horreur morte-vivante, mais Dernier train pour Busan, Kingdom et aujourd’hui Rampant nous entraînent sur un tout autre terrain. Un premier constat s’impose, parmi ces trois productions, et tout particulièrement dans le Rampant de Kim Sung-hoon, la peur est quasi-absente et ne compte pas parmi les ingrédients principaux.

Non pas que le film échoue à nous angoisser ou que son metteur en scène ignore comment la générer. Le zombie coréen (ici, des vampires cadavériques particulièrement affamés et brutaux) nous transporte du côté de l’épique et de l’aventure. On le sentait dès Dernier train pour Busan, tant le film préférait multiplier les plans ahurissants et les cascades plutôt que les amas numériques à la World War Z. Le résultat tenait parfois plus du cinéma de guerre que de l’angoisse pure.

 

photoC'est bien leur guerre

 

Kingdom pour sa part tentait la carte de l’épopée médiévale, avec une très belle réussite, parmi les plus audacieuses de Netflix. Rampant pour sa part poursuit cette voie en explorant totalement la veine du cinéma du film de cape et d’épée, et l’odyssée médiévale.

On ne peut pas dire que l’Occident ne se soit jamais inquiété (au cinéma) d’amener les morts-vivants du côté des châteaux et chevaliers. Au contraire, le cinéma coréen s’avère parfaitement décomplexé en la matière et apprécie de mêler son folklore national aux figures du cinéma de genre, pour un résultat qui nous apparaît forcément novateur.

 

photoPatience, il va y en avoir pour tout le monde

 

DANS LE TON, TOUT EST BON

De L'Armée des morts à Black Summer, quand une vanne fuse, c’est ce qu’on appelle une rupture de ton, signe que l’humour n’est pas la première qualité attendue ou cherchée du côté du film de zombie. Et si le genre a eu droit à de nombreuses parodies (prochainement Little Monsters) ou à de superbes pastiches (bisous Shaun of the Dead), sa tonalité demeure le plus souvent sérieuse et nourrie de premier degré.

Or, le cinéma coréen fait souvent cohabiter plusieurs types de personnages ou de discours au sein d’une même œuvre, avec un certain bonheur. Il est d’ailleurs extrêmement rafraîchissant de constater combien des œuvres telles que Busan ou Rampant aiment à convoquer des émotions à priori totalement opposées. La force de cet éventail provient de son absence de cynisme. Quand les héros de Busan se sacrifient ou se confessent dans un torrent de larmes, rien n’apparaît jamais forcé.

 

photoDes émotions fortes (et salissantes)

 

De même, les digressions épiques ou politiques de Rampant ne sont jamais une diversion pour le spectateur. Le scénario, comme dans Kingdom, ne tente jamais de gagner du temps, mais entend bien nous offrir une véritable intrigue faite de luttes de pouvoir, portée par une direction artistique à la hauteur. Pour qui a pris l’habitude des fermettes abandonnées et des sous-bois verdâtres de Walking Dead, l’immensité comme la complexité des décors de Rampant pourra sembler quasi-surnaturelle.

 

DES PERSONNAGES ANCRÉS SOCIALEMENT

Les archétypes de l’apocalypse zombie sont désormais bien connus. Retour à Zombieland se fera d’ailleurs prochainement un plaisir de les détourner, tant le redneck rétif à l’autorité, le cowboy bienveillant, la femme indépendante, l’ado innocent, le paniqueur fou ou l’individualiste un peu traître sont devenus identités remarquables. Là aussi, le cinéma coréen tranche dans le vif.

 

photoDe l'importance du planter du sabre

 

Non pas qu’on n’y retrouve pas certains caractères bien connus. Rampant compte son lot de braves, de lâches, de héros et de salopards, mais comme souvent au pays du matin calme, la caractérisation des protagonistes suit une logique un peu différente. On le caricature souvent en déclarant qu’il serait d’emblée « très politique ». L’assertion n’est pas fausse, tant la Corée compte d’œuvres qui décrivent ses tropismes sociaux au vitriol, mais le constat est effectué un peu vite.

En effet, ces caractères, plus qu’une dénonciation politique en règle, sont écrits en fonction de leur rang social. Avant leur personnalité, c’est les rapports dominants/dominés qui s’expriment. Un constat d’autant plus évident dans le film qui nous intéresse où les actions des différents protagonistes, leurs rapports, alliances et morceaux de bravoure dépendent en premiers lieux de leur niveau sur l’échelle sociale.

 

photoUn certain sens de l'épique

 

Un choix qui donne à ces récits de crise une assise forte. L’aventure zombie à laquelle nous sommes conviés, pour dépaysante et différente des codes intégrés par une grande partie du public habitué aux morts-vivants, devient d’autant plus accessible que la hiérarchie entre les personnages est limpide.

Autant d’éléments et d’ingrédients qui permettent au cinéma coréen d’intégrer un genre typiquement anglo-saxon, sans le mimer, et en le renouvelant avec une certaine grâce et un sens du spectacle impressionnant.

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

 

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commentaires

captp
04/10/2019 à 10:02

Ceux qui comme moi on aimé kingdom devraient trouver leur bonheur .
Effectivement les coréens se servent du prétexte pour se diriger vers des histoires épiques et ils le font très bien.
Reste quand même,pour moi, la déception après les deux tiers du film de nous coller sans qu'on comprennent trop par quel miracle, une sorte de "night king" surpuissant qui fait dévier le film vers du vu et revu .
Dommage.

cxvvs
02/10/2019 à 19:27

J"ai vu le film et c'etai franchement sympa pas du niveau de busan bien entendu
Le final es juste epique

Ankytos
02/10/2019 à 16:10

J'ai vu le film et j'ai bien aimé. Après, ce genre de films apparenté aux Wu xia pian (mais ici coréen) ou aux délires d'aventure à l'orientale style Detective Dee, c'est spécial, faut aimer.
Moi j'aime.

Mariokebab
02/10/2019 à 14:54

Pauvre Pascal Sevran

Paehon
02/10/2019 à 14:51

Très tenant, merci de l'info

D'ailleurs ça me rappelle que la seconde saison de Kingdom tarde à arriver...

patman
02/10/2019 à 13:09

Pour info, Pascal Sevran est un peu plus que moribond depuis 11 ans qu'il est mort... Vous auriez pu mettre Derrick à la place !

Ken
02/10/2019 à 12:44

Pas terrible d’ailleurs les coréens l’ont bouder au cinéma très peux d’entrée.

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