Factory : pourquoi c'est le boulet de démolition de votre été

Simon Riaux | 17 juillet 2019 - MAJ : 17/07/2019 14:06
Simon Riaux | 17 juillet 2019 - MAJ : 17/07/2019 14:06

Au cœur de l’été, entre les franchises industrielles et des supra-spectacles conçus pour s’imposer internationalement, trouver un divertissement intense, original, et émotionnellement ravageur tient du parcours du combattant. Et c’est pourquoi Factory, que nous avons pu découvrir il y a quelques mois durant le Festival de Beaune, est un immanquable de l'été.

Le nouveau film de Yuri Bykov est une des très belles surprises de 2019, et fait vraiment office de challenger au cœur d’une saison estivale dont les offres filmiques grand public sont méchamment timorées. Pourquoi nous a-t-il tapé dans l’œil ?

 

affiche françaiseQuand un oligarque ferme arbitrairement une usine, ses employés le prennent en otage pour le rançonner...

 

TIRER DANS LE TAS

Factory est un thriller d’action, mais ce n’est pas un film de bourrin pour autant. Yuri Bykov lance toutes ses forces dans la bataille. Dès l’ouverture, alors qu’il révèle Gris, colosse guerrier à l’étroit dans une usine de sidérurgie déclinante, il impose un sens du cadre et des jeux d’espace immergeant instantanément le spectateur dans le décor particulier d’un site industriel à l’agonie.

Au gré de son récit, il en fera une agora, le cœur de jeux du cirque ultra-violent et enfin le décor d’une scène d’action parmi les plus impressionnantes de 2019. Instantanément crédible elle participe de la dimension ludique du film, qui se plaît à redéfinir plusieurs fois son décor au cours de l’aventure, à la manière d’un terrain de jeu mutant, reflétant les métamorphoses de ses héros et l’évolution de leur impitoyable prise d’otage.

 

photoDes négociations un peu tendues

 

Ainsi, les hauts fourneaux transforment soudain les lieux en réminiscence des enfers, avant qu’une série de détonations ne permettent aux ténèbres d’avaler les belligérants. L’occasion pour Yuri Bykov de montrer combien il est capable de nous saisir à la gorge. Dans une lumière bleutée, il organise une fusillade rangée au suspense irrésistible, à la violence tragique et aux enjeux fondamentaux. En une dizaine de minutes, le film bascule ainsi dans le terrain du pur spectacle, enfiévré et incroyablement découpé.

 

SUBLIMER LE GENRE

La prise d’otage en huis clos est un sous-genre du thriller d’action bien particulier. Que revisite régulièrement le cinéma américain, désireux d’y injecter une remise en question d’un système économique et politique poussant ses acteurs les plus fragiles au bord du précipice. De Mad city à Money Monster (Inside Man, dans une moindre mesure), Hollywood s’est progressivement fait une spécialité d’interroger les rapports de force inhérents au capitalisme et le rouleau compresseur social qui en découle potentiellement.

 

photo, Denis ShvedovDeux combattants qui embrasent l'écran

 

Mais le cinéma américain, depuis les années 80, a bien du mal à assumer ou prolonger totalement cette réflexion, et bute souvent au milieu du gué. Ainsi, ces critiques ont régulièrement le plus grand mal à assumer leur dispositif critique. Des limites dont s’affranchit totalement le réalisateur Yuri Bykov, pour amener le genre dans ses derniers retranchements.

En choisissant pour antihéros un vétéran russe se confrontant à un oligarque qui symbolise les institutions qui l’ont broyé, il place au centre de son dispositif un héros qui va agir à la manière d’un bélier. Emmené par cette force brute toute de colère et de révolte, il est condamné à pousser l’intrigue dans ses derniers retranchements. Ainsi, Factory n’épargne jamais ses protagonistes, ne recule devant rien, regardant en face les problématiques de personnages voués à s’entrechoquer.

 

photo, Denis Shvedov Denis Shvedov

 

DES ACTEURS EN FEU

L’intelligence du scénario, la créativité enragée du metteur en scène ne seraient rien sans des comédiens à la hauteur de ce récit puissant et radical. On peut constater combien le réalisateur sait mettre en valeur leurs performances lors de l’extrait ci-dessous, exclusif, qui se déroule alors que Gris rassemble ses camarades pour leur proposer son plan.

 

 

En apparence, le dispositif est d’une grande simplicité, mais l’œil averti remarquera combien Bykov situe chaque protagoniste dans un espace différent du cadre, caractérise ces hommes brisés (père dépassé, vieillard qui n’a plus rien à perdre, ex-délinquant agressif…) pour mieux établir les lignes de force. Seul à bénéficier d’une caméra en mouvement, Gris est le réceptacle de toute l’intensité de la séquence, à la faveur d’un long traveling.

Cette intensité à la fois simple et précise, le film ne s’en dépare jamais, notamment grâce à un trio sidérant : Denis ShvedovAndrey Smolyakov et Vladislav Abashin, respectivement Gris, l’oligarque et le mercenaire à la solde de ce dernier, qui va tout faire pour que la situation dégénère à la faveur de son employeur. Si les deux premiers sont excellents (Shvedov, habitué des films de Bykov est absolument méconnaissable en colosse au bord de l’éruption), c’est bien le troisième qui devient progressivement la clef du film.

 

photo, Vladislav Abashin Vladislav Abashin, grain de sable dans une machine de mort

 

Être ayant perdu tous les principes et valeurs pour s’assurer une subsistance, au contact de son adversaire, sorte d’ours moraliste prêt à mourir pour sa cause, il va devenir bien plus qu’un personnage secondaire servant d’articulation dramatique au récit. Symbolisant la viralité de la révolte, c’est lui qui nuance le propos et permet au film de surprendre, de se transformer, et offre à l’ensemble une conclusion, entre rage et désespoir, idéalement portée par le charisme d’Abashin.

Pour toutes ces raisons, Factory est le boulet de démolition de cet été, et vous auriez tort de vous en priver.

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

 

photoDeux hommes que tout oppose

commentaires

sylvinception
18/07/2019 à 16:43

C'est pas "Oro" qu'on dit, c'est "Oréo".

MichMich
18/07/2019 à 13:18

Le "Oro" 2019 d'Ecran Large?

Renton
17/07/2019 à 23:30

Qui l'a vu ?
Ça sent léger la promo..

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