Le mal-aimé : Au revoir à jamais, le Jason Bourne de Renny Harlin avec Geena Davis badass à souhait

Mise à jour : 25/12/2018 17:25 - Créé : 25 décembre 2018 - Geoffrey Crété
photo, Au revoir à jamais
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Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

  

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"Il y a un excès d'excès" (San Francisco Chronicle) 

"Geena Davis pourrait être être une héroïne d'action convaincainte - si seulement elle avait un film convaincant où être" (San Fransisco Chronicle)

"J'ai aimé comme on peut aimer un jeu d'arcade : ça retient votre attention jusqu'à ce que vous n'ayiez plus de pièces, et puis vous partez sans plus jamais y repenser" (Roger Erbert)

"Dans le genre « film qui ne lésine pas », celui-ci atteint des sommets. (...) Nous, on est bons pour une aspirine. Au revoir et plus jamais..." (Télérama)

 

 

LE RÉSUMÉ EXPRESS

Samantha Caine est a priori une femme ordinaire, institutrice dans une petite ville, avec son compagnon et sa fille Caitlin. Mais il y a huit ans, Samantha a été retrouvée sur une plage, enceinte et amnésique. Tout change après un accident de voiture qui la réveille un peu. Elle se découvre des talents peu ordinaires, et lorsqu'un homme qui l'a reconnue s'attaque à elle, elle le tue comme une experte.

Alors qu'elle s'éloigne de sa famille pour les protéger, avec un détective privé nommé Mitch qu'elle avait engagé pour retrouver son passé, Samantha découvre qu'elle est en réalité Charly, une assassin au service de la CIA. Après quelques combats et exploits, elle recompose son passé, se coupe les cheveux, se teint en blonde platine, et redevient badass.

Sa fille Caitlin est kidnappée par ses anciens amis, qui ont juste l'intention de mettre en scène un attentat pour blâmer les méchants étrangers. Grâce à quelques gros exploits à la MacGyver et castagnes énervées, et l'aide de Mitch, Charly/Samantha tue les méchants avec la bombe, et s'échappe. Elle revient finalement à sa vie de famille, et refuse de reprendre son job à la CIA.

  

photo, Au revoir à jamais, Samuel L. Jackson Geena Davis, superstar alors en plein envol

 

LES COULISSES

Quand Au revoir à jamais est lancé, Renny Harlin est dans une fâcheuse position. Lui qui a été lancé avec le succès de 58 minutes pour vivre et Cliffhanger, vient de marquer l'histoire hollywoodienne avec ce qui restera comme l'un des plus gros et mémorables flops : L'Île aux pirates. Superproduction à environ 100 millions de budget qui n'en a rapporté qu'une dizaine en salles, après une production chaotique, le film était sa première collaboration avec Geena Davis (ils se marieront en 1993).

Heureusement pour eux, Au revoir à jamais est déjà lancé lorsque ce désastre explose en plein vol dans les salles, fin 95. Le tournage du film d'action commence en janvier 96, avec cette épée de Damoclès donc.

L'idée du film a germé dans l'esprit de Shane Black, qui a alors signé L'Arme fataleL'Arme fatale 2Le Dernier samaritain et Last Action Hero. Il vend son scénario à un prix record à l'époque (dans les 3 millions de dollars). Les premières versions du scénario étaient plus noires : Mitch violé en prison et qui parlait régulièrement à sa mère morte, ou encore Charly violée par son père et qui assistait à sa mort.

BirthMoviesDeath explique qu'une des versions commençait avec une scène très forte : Caitlin se réveillait en pleine nuit d'un cauchemar, et se rendormait en voyant que sa mère était à ses côtés, pour la rassurer. Le spectateur découvrait alors que la maman était armée d'un gros calibre, le bras ensanglanté. La raison principale derrière ces réécritures : réduire le budget de quasi moitié, et en faire un film plus grand public.

 

photo, Au revoir à jamais, Renny Harlin, Samuel L. Jackson Renny Harlin, Geena Davis et Samuel L. Jackson

 

Mais le plus gros changement viendra de Shane Black lui-même, qui avait d'abord écrit un protagoniste masculin. A mi-chemin dans l'écriture, il réalise que son histoire ne peut fonctionner qu'avec une héroïne, pour ne pas avoir encore une banale histoire d'amnésie. Il parlera par la suite de son désir de créer un personnage féminin aussi sérieux qu'un homme, et éviter de tomber dans les stéréotypes de douceur. L'idée de construire un personnage de mère qui protège sa fille, et de tueuse professionnelle, l'a aussi beaucoup inspiré.

Parmi les changements plus tardifs : la mort de Mitch, qui a fortement déplu aux spectateurs lors des projections-test. Faire mourir Samuel L. Jackson n'est pas très populaire... mais Harlin se vengera plus tard dans Peur bleue, en offrant à l'acteur l'une de ses plus belles morts. En 2018, l'acteur expliquait à The Undefeatded : "Pendant les projections-test, le public est devenu fou. Genre, non vous pouvez pas tuer Mitch. Donc on est y est retournés et on a fait ces plans avec Larry King. On a tourné je crois trois jours avant la sortie du film. Et ils l'ont rajouté."

 

photo, Au revoir à jamais, Samuel L. Jackson En route vers... le non succès ?

 

Interrogé par Den of the Geek en 2011, Renny Harlin se souvenait d'un tournage compliqué : "Ça a été très dur à filmer, parce qu'on est tombés sur l'hiver le plus froid au Canade depuis 60 ans. Donc il y avait beaucoup de jours où on a vraiment dû arrêter le tournage, parce que la pellicule ne pouvait plus aller dans la caméra, ou que les acteurs ne pouvaient littéralement plus parler parce que leurs machoires étaient trop glacées."

Il raconte ainsi que lors du tournage du climax, lorsque l'héroïne blessée se relève finalement vers sa fille, Geena Davis a littéralement été incapale de bouger, car son costume était collé au sol à cause du faux sang gelé. "Quatre personnes l'ont décollée du sol".

 

Image 117619Renny Harlin à l'époque

 

LE BOX-OFFICE

Au revoir à jamais n'a pas été un terrible flop, mais n'a pas été à la hauteur des attentes. Avec un budget officiel de 65 millions, il a encaissé à peine 90 millions dans le monde, dont seulement 33 côté Amérique. Soit très loin des signaux au vert pour un film de ce type, surtout à une époque où le box-office domestique était encore si puissant.

Certains ont blâmé le bide de L'Île aux pirates, qui a durablement marqué les carrières de Renny Harlin et Geena Davis. Le réalisateur aura accusé le marketing de leur deuxième film, d'avoir été peu efficace. En 2018, Samuel L. Jackson va dans ce sens : en interview avec The Undefeated, il dit qu'Au revoir à jamais est l'un de ses rôles et films préférés, et continue :

"Le studio ne savait pas comment vendre ce film, parce qu'ils ne savaient pas que les femmes aiment se voir en héroïnes badass. J'arrêtais pas de dire, 'Vous devez vendre ce film pendant la journée, quand les femmes regardent les soap operas'. Ou peu importe. Ils me répondaient, 'On ne comprend pas de quoi tu parles'".

Pour d'étranges raisons, Renny Harlin parle d'une suite en 2011. Il évoque l'idée de raconter l'histoire de Caitlin, la fille de l'héroïne du premier, et parle d'un buddy movie avec Mitch. Il affirme que Samuel L. Jackson veut en être, et qu'il cherche un scénariste. Zéro nouvelle depuis bien sûr. Mais pour rappel, le scénario original de Shane Black se terminait sur l'annonce d'une suite, intitulée The Kiss After Lightning.

 

photo, Au revoir à jamaisGeena Davis dira des années plus tard qu'elle a été Jason Bourne avant l'heure

 

LE MEILLEUR

Au revoir à jamais est un petit modèle du genre, et un témoin de la manière dont le film d'action hollywoodien était conçu dans les années 90. Avec toute sa démesure, son ambition, et sa générosité. Avec Shane Black au scénario, c'est une torpille d'efficacité, d'humour et d'esprit dans ses meilleurs moments. Avec Renny Harlin derrière la caméra, c'est l'assurance de scènes d'action bien emballées et découpées.

L'autre argument s'appelle Geena Davis. A ce stade, l'actrice de La MoucheBeetlejuice et Thelma et Louise, oscarisée pour Voyageur malgré lui, tente une formidable percée hollywoodienne : avec Renny Harlin, elle veut s'imposer comme une héroïne, d'abord avec L'Île aux pirates, puis avec Au revoir à jamais. Le bide monumental du premier et le succès tiède du second vont la freiner, et c'est bien dommage tant sa performance en action woman indique clairement à quel point elle aurait pu (et dû) décoller et être couronnée. A la place, elle s'absentera des écrans quelques années, et n'aura plus grand chose hormis Stuart Little et ses suites.

 

photo, Au revoir à jamaisGeena Davis, où es-tu

 

Dans Au revoir à jamais, elle est pourtant une actrice, une héroïne et une femme complète, tour à tour touchante et virevolante, fragile et folle, brune et blonde. En s'amusant avec ces clichés de la maman et la putain, le film lui offre un rôle en or. Et Geena Davis s'en empare avec un plaisir manifeste, aussi bien pour les scènes d'action spectaculaires que les moments de pure tendresse.

Samuel L. Jackson est sans surprise parfait dans un rôle totalement adapté à lui, et Craig Bierko est un très bon élément. Avec le recul, c'est même une surprise de voir que l'acteur n'a pas décollé malgré sa belle gueule et son charisme. Ses sourires sadiques face à Geena Davis offrent d'excellents moments, notamment dans la dernière ligne droite.

Grâce à eux et l'énergie à l'écran, Au revoir à jamais est un plaisir old school parfaitement calibré, un film décomplexé et simple comme on n'en fait plus trop aujourd'hui (hormis peut-être The Nice Guys de Shane Black justement). Un témoignage d'une autre époque, avec ses défauts certes, mais surtout avec sa fougue.

 

photo, Au revoir à jamais, Samuel L. JacksonUn duo aussi improbable que mémorable

 

LE PIRE

Des fautes de mauvais goût typiquement vieillotes, comme ces scènes de rêve bien laides et grossières, ou ces moments face au miroir. La dualité brune-blonde n'est pas la chose la plus fine qui soit, avec d'un côté la maman sérieuse et charmante et de l'autre, la bad girl hyper-sexuée qui fume et picole. Une simplicité aussi efficace que ridicule, lorsque le film tente de mettre en scène la renaissance de l'héroïne.

Toute cette histoire d'agents secrets hyper-secrets et de complot autour du terrorisme semble bien terne avec le recul, et d'ailleurs le scénario ne s'en préoccupe pas outre-mesure. L'important est ailleurs, et c'est là aussi qu'Au revoir à jamais fonctionne : il connaît ses faiblesses et maintient l'attention du spectateur là où il faut, humblement mais spectaculairement.

Enfin, la fin sous forme de gros happy end (elle retourne chez elle pour être une maman et épouse, tandis que Mitch a miraculeusement survécu et passe à la télévision), dénote avec le reste du film. Nul doute que là encore, le rouleau compresseur conformiste est passé, comme sur bon nombre d'éléments originaux retirés du scénario noir de Shane Black.

 

RETROUVEZ L'INTÉGRALITE DES MAL-AIMÉS DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

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commentaires

Guid 13/01/2019 à 15:33

Le film de mon enfance
Jai adoré le duo geena /jackson

Miami81 31/12/2018 à 10:30

J'étais allé le voir au cinéma. Grosse déception à l'époque. Le film a signé la fin des films d'action des années 80/90.
Renny Harlin était un excellent réalisateur et c'est dommage qu'il soit tombé si bas après ces deux bides. L'île aux pirates ne méritait pas un tel score. A l'instar d'Independance Day, c'était un vrai film pop corn version pirates et il fallait le prendre comme tel. Un pur film hollywoodien dans tous ses excès mais hyper généreux en scène d'action.
Dommage aussi pour Geena Davis, excellente actrice qui se donnait corps et âme .... il le fallait pour son mari Harlin qui demandait toujours bcp d'implication physique impressionnante à ses acteurs.

Raoul 28/12/2018 à 23:25

Je me rappelle qu'il a été très bien accueilli à sa sortie ce film. Et il est excellent.

BelXander 26/12/2018 à 18:54

J'ai toujours adoré ce film !
L'article est parfait, car il décrit parfaitement ce qu'on peut ressentir devant le film.
Oui, parfois il y a des moments un peu too much, notamment quand Geena Davis passe d'un extrême à l'autre, effectivement. Mais l'ensemble du film est vraiment génial pour un actioner !
Et puis, au final, Geena Davis (enfin le personnage) est montré comme froide et implacable quand elle se teint en blond mais c'est pour mieux montrer son évolution sur la fin du film, où elle s'est attaché à Mitch et ferait tout pour sauver sa fille, alors qu'on pourrait penser qu'elle s'en fout à un moment. (notamment comment elle jette Mitch de sa bagnole lol)

Et puis, Samuel L. Jackson est énorme dans ce film ! (bon comme dans tous ses films mais voilà)
"je met les clés dans la poche gauche... hum hum hum hum hum... et le flingue dans la poche droite".
"ça fait une bosse, c'est pas discret".
"vous préférez que je le mette dans mon fute et que je m'explose les boules".

Benzek 26/12/2018 à 15:38

Geena D'avis dans John Wick 4 !!

garbo 25/12/2018 à 19:17

Putain qu'il est bien ce film. Le seul truc que je lui reproche, les FX un peu foireux même pour l'époque mais à part ça, on a une bonne histoire et des acteurs tous excellents.

Flash 25/12/2018 à 19:07

En effet excellent film, j'en garde un très bon souvenir et ces dialogues ha ha ha !

Geoffrey Crété - Rédaction 25/12/2018 à 17:24

@Seb

C'est plus Shane Black que son scénario, qui explique ce prix. Il avait une cote d'enfer à l'époque, et sur le papier Au revoir à jamais avait tout d'un succès comme L'Arme Fatale.

Gemini 25/12/2018 à 17:19

Un excellent film

Jojo 25/12/2018 à 17:09

Excellent film ! Ce film n'a rien à envier au 1er Die Hard !

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