Tout Guillermo Del Toro : Hellboy II, Les légions d'or maudites, le grand film ultime du cinéaste ?

Geoffrey Crété | 7 juin 2019
Geoffrey Crété | 7 juin 2019

Hellboy II : Les Légions d'or maudites repasse ce soir sur RTL9 à 20h40

Retour sur l'intégralité des films de Guillermo del Toro : ici, Hellboy II : Les Légions d'or maudites. Son tout meilleur film ?

 

DE QUOI ÇA PARLE

A Noël en 1955, le petit Hellboy entend parler dans un conte de la légendaire armée d'or, créée pour un peuple de créatures magiques pour vaincre les hommes, mais que le roi des Elfes a décidé de cacher. Il signa ainsi une trêve, et brisa la couronne qui contrôle les soldats en trois parties.

A New York des années plus tard, Hellboy adulte, agent de la brigade BPRD, lutte toujours contre son tempérament de feu, notamment dans sa relation avec Liz, sa collègue pyrokynésiste. Il croise la route du prince Nuada qui, écœuré par l'humanité, décide de briser la trève, et recomposer la couronne pour réveiller les légions d'or. Mais sa sœur jumelle Nuala refuse de l'aide.

Hellboy, Liz et Abe, épaulés par leur nouveau chef Johann Krauss, vont tenter d'arrêter Nuada. 

 

 

 

LES COULISSES

À l'époque, le nom de Guillermo del Toro est sur toutes les lèvres. Le Labyrinthe de Pan a rencontré un beau succès critique et public, a brillé jusqu'aux Oscars, et le cinéaste se voit proposer divers projets : une adaptation du jeu vidéo Halo produite par Peter Jackson, Je suis une légende ou encore un épisode de Harry Potter. Mais Del Toro se lance dans la suite de Hellboy, sûrement conscient qu'il a une occasion en or de continuer son projet malgré l'accueil mitigé du premier en salles (à peine 100 millions au box-office, pour un budget officiel de 66).

Premier problème : Revolutions Studios, studio indépendant créé par le célèbre Joe Roth et co-producteur du premier film, commence à s'écrouler. Les droits de Hellboy sont mis sur le marché, et Universal les récupère en août 2006. Ce qui enchante particulièrement Del Toro et Mike Mignola, qui ne tardent pas à évoquer la possibilité de créer une rencontre entre Hellboy et les monstres-stars du studio comme Frankenstein et Dracula, pour mettre en place un univers étendu.

Interrogé par IGN en juillet 2008, Mignola expliquait que Del Toro et lui avaient d'abord envisagé d'adapter Almost Colossus, avant de s'orienter vers l'aspect féérique pour une histoire originale. Côté acteurs, Rupert Evans étant indisponible, le personnage de John Myers est éjecté du film, son absence étant évoquée au détour d'un dialogue. Pour des raisons de budget, quelques idées, comme celle qui voyait l'armée d'or cachée sous l'eau avec les héros y accédant en nageant, ont été écartées.

 

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Le génial Johann Krauss

 

Le film a officiellement coûté 85 millions (contre 66 pour le premier), et terminera sa carrière en salles aux alentours de 160 millions (99 pour le premier), dont 75 aux Etats-Unis. Fortement freiné par le succès-monstre de The Dark Knight sorti une semaine après, Hellboy II - Les légions d'or maudites ne sera pas à la hauteur des attentes financières, et enterrera la franchise. Longtemps discuté, évoqué, relancé, le troisième film sera définitivement abandonné en février 2017. Il aurait dû montrer la lutte de Hellboy entre son destin de bête de l'Apocalypse et son attachement à l'humanité via sa famille, avec Liz et ses jumeaux - qui auraient dû, en plus de ressembler à leurs parents, être diamétralement opposés à l'image de l'esprit de leur père.

Un spin-off sur Abe Sapien fût même évoqué. Hellboy : Silverlance devait suivre l'arrivée du personnage incarné par Doug Jones dans les bureaux du Colorado de la B.P.R.D., où il devait se plonger dans le passé de la princesse Nuala et son frère Nuada pour surmonter sa douleur après la fin de Hellboy II. Le film devait alors être composé de flashbacks, avec le désir de connecter les personnages (Nuada devait rencontrer Kroenen du premier Hellboy). Hellboy lui-même devait apparaître, et Myers devait avoir un rôle dans l'histoire. L'idée était bien évidemment de lancer un univers étendu, censé s'intituler From the Files of the B.R.P.D.

 

Photo Ron Perlman, Doug Jones, Selma Blair

 Ron Perlman, Selma Blair et Doug Jones, le trio de héros

 

POURQUOI C'EST UN DEL TORO MAJEUR

Hellboy était comme une répétition pour Guillermo Del Toro, et de premiers pas timides dans l'arène de la superproduction. Hellboy II - Les légions d'or maudites est le vrai spectacle, celui où l'artiste s'exprime le plus clairement, le plus bruyamment et avec une liberté et une fougue affolantes. En mettant l'accent sur l'aspect féérique, le réalisateur compose un conte majestueux, d'une ambition irrésistible, qui prend le risque de s'étirer très largement entre une légèreté régressive et une noirceur macabre, censée exploser dans le troisième épisode abandonné.

Dès le prologue animé, Del Toro annonce la couleur inhabituelle de sa superproduction. L'attaque des tooth fairies, l'allure de Johann Krauss, le marché des trolls, la mort de l'arbre-dieu, le passage chez l'ange de la mort, le géant endormi dans la terre ou encore le combat entre soldats d'or géants : le film déborde d'idées, d'envies, d'images mémorables et d'une créativité étourdissante, et prend des airs de best of de Guillermo Del Toro. Comme si celui-ci s'était trouvé à un point d'équilibre entre art et business, entre ses obsessions de cinéaste et la place qui lui était offerte dans l'industrie.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si dans Hellboy II, il y a une créature aux yeux étranges qui rappelle Le Labyrinthe de Pan et un combat de ferrailles géant qui annonce Pacific Rim : le réalisateur est à un moment charnière de sa carrière.

 

Photo Ron Perlman, Doug Jones

 Hellboy et Abe

 

Hellboy II - Les légions d'or maudites porte bien sûr la touche Del Toro jusque dans ses faiblesses - le trait lourd dans l'écriture des personnages, la direction d'acteurs peu harmonieuse, cette candeur si frontale qui manque parfois de finesse. Le film a aussi des airs d'assemblage maladroit entre des morceaux divers et variés, avec l'impression de scènes amenées moins par nécessité dramatique que par pur désir de cinéaste. Et lorsqu'il est du côté des sentiments purs mais complexes, avec la bascule problématique d'Abe vers l'amour ou même le choix terrible de Liz pour sauver celui qu'elle aime, Guillermo Del Toro semble ne pas réellement assumer ou maîtriser le curseur dramatique.

Reste que la suite de Hellboy est un film imparfait éclatant dont les qualités rayonnent bien plus que les défauts ou ratés. La direction artistique est fantastique, avec ce goût si précieux pour la vraie matière, pour le concret plutôt que l'image de synthèse. Et l'appétit débordant du cinéaste, s'il n'est pas toujours maîtrisé, contribue à faire de Hellboy II - Les légions d'or maudites un film hors-normes à la valeur encore puissante. 

 

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commentaires

Rudy Mako
09/06/2019 à 03:29

Hellboy 2 est un hideux film. Le lbyrinthe de pan et Blade 2voici pour moi le meilleur de Del Toro

Opale
08/06/2019 à 14:11

Film majeur que je revois avec un plaisir chaque fois renouvelé. C'est généreux et bourré d'idées formidables (citées dans l'article), de grands moments intenses et poétiques... Superbe, j'adore. Le meilleur film de Del Toro pour moi...

Svreign
08/06/2019 à 13:40

"Hellboy était comme une répétition pour Guillermo Del Toro, et de premiers pas timides dans l'arène de la superproduction."

Blade 2 les gars. Point barre.

MX
08/06/2019 à 12:23

Je comptais voir le 3ème film, mais au final je n'ai pas franchi le pas, n'ayant pas du tout été convaincu des ba et des avis.

Pour hellboy 2, c aussi à mon sens l'un de ses meilleurs films, et je le rapproche grandement de blade 2, qui possède en effet une très grande simplicité (dans le bon sens du terme) narrative, un sens de l'impact certain, le spectateur n'est jamais noyé sous un déluge d'informations inutiles.

le film va à l'essentiel.

Mr Vide
08/06/2019 à 10:51

Excellent film !
J'enfonce sûrement des portes ouvertes mais quel dommage pour le troisième épisode surtout après le reboot pas beau... incompréhensible.

Babar77
07/06/2019 à 23:46

Son meilleur film à mon sens.

Sanchez
07/06/2019 à 20:29

Hellboy 2 superbe , malgré cette affiche d’une laideur atroce . Bizarrement mon pref dans ses grosses prod reste Blade 2 , d’un simplicité biblique , une direction artistique dingo et un sens inné de l’espace

Pat
07/06/2019 à 20:17

En les voyant au cinéma j'avais bien apprécié les 2 Hellboy mais en les revoyant il m'en paru pas si terrible que cela.

Mx
12/02/2018 à 20:07

Pas d'accord avec gollem, blade 2 et hellboy sont sur bien des points des films miroirs l'un de lautre, la photo, avec ces couleurs qui pétent et ces teintes jaunes, bleues etc absolument magnifiques, ensuite le bad guy en titre, le prince nuada et jared nomak, tous deux interprétés par luke goss, sont deux freak typiques de lamour que del toro porte aux monstres, deux figures tragiques, mythologiques, déchus, trahis par leur père, ayant un attrait particulier pour la soeur (nuala et nyssa), et même la fin des deux films, tragique au possible, qui finalement révèle combien ces freaks sont bien plus humain que certains...

Gollem13
11/02/2018 à 19:04

Autant je reconnais que ce film est bon et fourmille d'idées délicieusement bizarres ou féériques, autant le comparer à un blade 2 pour moi c'est une hérésie. Blade 2 atteint des sommets du point de vue de la caractérisation des personnages, de l'atmosphère inquiétant et même des enjeux. Un des meilleurs fils de super_héros à mon sens (numéro 3 pour être exact)

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