Tout Guillermo Del Toro : Hellboy II, Les légions d'or maudites, le grand film ultime du cinéaste ?

Créé : 10 février 2018 - Geoffrey Crété
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Si The Shape of Water alias La Forme de l'eau est pour beaucoup le grand film de Guillermo del Toro, qui lui offrira enfin le succès et la reconnaissance de Hollywood, l'occasion est trop belle pour ne pas revenir sur toute sa carrière.

D'ici la sortie de son dixième film, en salles le 21 février, Ecran Large revient chaque week-end sur ses précédentes oeuvres.

 

  

DE QUOI ÇA PARLE

A Noël en 1955, le petit Hellboy entend parler dans un conte de la légendaire armée d'or, créée pour un peuple de créatures magiques pour vaincre les hommes, mais que le roi des Elfes a décidé de cacher. Il signa ainsi une trêve, et brisa la couronne qui contrôle les soldats en trois parties.

A New York des années plus tard, Hellboy adulte, agent de la brigade BPRD, lutte toujours contre son tempérament de feu, notamment dans sa relation avec Liz, sa collègue pyrokynésiste. Il croise la route du prince Nuada qui, écœuré par l'humanité, décide de briser la trève, et recomposer la couronne pour réveiller les légions d'or. Mais sa sœur jumelle Nuala refuse de l'aide.

Hellboy, Liz et Abe, épaulés par leur nouveau chef Johann Krauss, vont tenter d'arrêter Nuada. 

 

 

 

LES COULISSES

À l'époque, le nom de Guillermo del Toro est sur toutes les lèvres. Le Labyrinthe de Pan a rencontré un beau succès critique et public, a brillé jusqu'aux Oscars, et le cinéaste se voit proposer divers projets : une adaptation du jeu vidéo Halo produite par Peter Jackson, Je suis une légende ou encore un épisode de Harry Potter. Mais Del Toro se lance dans la suite de Hellboy, sûrement conscient qu'il a une occasion en or de continuer son projet malgré l'accueil mitigé du premier en salles (à peine 100 millions au box-office, pour un budget officiel de 66).

Premier problème : Revolutions Studios, studio indépendant créé par le célèbre Joe Roth et co-producteur du premier film, commence à s'écrouler. Les droits de Hellboy sont mis sur le marché, et Universal les récupère en août 2006. Ce qui enchante particulièrement Del Toro et Mike Mignola, qui ne tardent pas à évoquer la possibilité de créer une rencontre entre Hellboy et les monstres-stars du studio comme Frankenstein et Dracula, pour mettre en place un univers étendu.

Interrogé par IGN en juillet 2008, Mignola expliquait que Del Toro et lui avaient d'abord envisagé d'adapter Almost Colossus, avant de s'orienter vers l'aspect féérique pour une histoire originale. Côté acteurs, Rupert Evans étant indisponible, le personnage de John Myers est éjecté du film, son absence étant évoquée au détour d'un dialogue. Pour des raisons de budget, quelques idées, comme celle qui voyait l'armée d'or cachée sous l'eau avec les héros y accédant en nageant, ont été écartées.

 

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Le génial Johann Krauss

 

Le film a officiellement coûté 85 millions (contre 66 pour le premier), et terminera sa carrière en salles aux alentours de 160 millions (99 pour le premier), dont 75 aux Etats-Unis. Fortement freiné par le succès-monstre de The Dark Knight sorti une semaine après, Hellboy II - Les légions d'or maudites ne sera pas à la hauteur des attentes financières, et enterrera la franchise. Longtemps discuté, évoqué, relancé, le troisième film sera définitivement abandonné en février 2017. Il aurait dû montrer la lutte de Hellboy entre son destin de bête de l'Apocalypse et son attachement à l'humanité via sa famille, avec Liz et ses jumeaux - qui auraient dû, en plus de ressembler à leurs parents, être diamétralement opposés à l'image de l'esprit de leur père.

Un spin-off sur Abe Sapien fût même évoqué. Hellboy : Silverlance devait suivre l'arrivée du personnage incarné par Doug Jones dans les bureaux du Colorado de la B.P.R.D., où il devait se plonger dans le passé de la princesse Nuala et son frère Nuada pour surmonter sa douleur après la fin de Hellboy II. Le film devait alors être composé de flashbacks, avec le désir de connecter les personnages (Nuada devait rencontrer Kroenen du premier Hellboy). Hellboy lui-même devait apparaître, et Myers devait avoir un rôle dans l'histoire. L'idée était bien évidemment de lancer un univers étendu, censé s'intituler From the Files of the B.R.P.D.

 

Photo Ron Perlman, Doug Jones, Selma Blair

 Ron Perlman, Selma Blair et Doug Jones, le trio de héros

 

POURQUOI C'EST UN DEL TORO MAJEUR

Hellboy était comme une répétition pour Guillermo Del Toro, et de premiers pas timides dans l'arène de la superproduction. Hellboy II - Les légions d'or maudites est le vrai spectacle, celui où l'artiste s'exprime le plus clairement, le plus bruyamment et avec une liberté et une fougue affolantes. En mettant l'accent sur l'aspect féérique, le réalisateur compose un conte majestueux, d'une ambition irrésistible, qui prend le risque de s'étirer très largement entre une légèreté régressive et une noirceur macabre, censée exploser dans le troisième épisode abandonné.

Dès le prologue animé, Del Toro annonce la couleur inhabituelle de sa superproduction. L'attaque des tooth fairies, l'allure de Johann Krauss, le marché des trolls, la mort de l'arbre-dieu, le passage chez l'ange de la mort, le géant endormi dans la terre ou encore le combat entre soldats d'or géants : le film déborde d'idées, d'envies, d'images mémorables et d'une créativité étourdissante, et prend des airs de best of de Guillermo Del Toro. Comme si celui-ci s'était trouvé à un point d'équilibre entre art et business, entre ses obsessions de cinéaste et la place qui lui était offerte dans l'industrie.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si dans Hellboy II, il y a une créature aux yeux étranges qui rappelle Le Labyrinthe de Pan et un combat de ferrailles géant qui annonce Pacific Rim : le réalisateur est à un moment charnière de sa carrière.

 

Photo Ron Perlman, Doug Jones

 Hellboy et Abe

 

Hellboy II - Les légions d'or maudites porte bien sûr la touche Del Toro jusque dans ses faiblesses - le trait lourd dans l'écriture des personnages, la direction d'acteurs peu harmonieuse, cette candeur si frontale qui manque parfois de finesse. Le film a aussi des airs d'assemblage maladroit entre des morceaux divers et variés, avec l'impression de scènes amenées moins par nécessité dramatique que par pur désir de cinéaste. Et lorsqu'il est du côté des sentiments purs mais complexes, avec la bascule problématique d'Abe vers l'amour ou même le choix terrible de Liz pour sauver celui qu'elle aime, Guillermo Del Toro semble ne pas réellement assumer ou maîtriser le curseur dramatique.

Reste que la suite de Hellboy est un film imparfait éclatant dont les qualités rayonnent bien plus que les défauts ou ratés. La direction artistique est fantastique, avec ce goût si précieux pour la vraie matière, pour le concret plutôt que l'image de synthèse. Et l'appétit débordant du cinéaste, s'il n'est pas toujours maîtrisé, contribue à faire de Hellboy II - Les légions d'or maudites un film hors-normes à la valeur encore puissante. 

 

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commentaires

Mx 12/02/2018 à 20:07

Pas d'accord avec gollem, blade 2 et hellboy sont sur bien des points des films miroirs l'un de lautre, la photo, avec ces couleurs qui pétent et ces teintes jaunes, bleues etc absolument magnifiques, ensuite le bad guy en titre, le prince nuada et jared nomak, tous deux interprétés par luke goss, sont deux freak typiques de lamour que del toro porte aux monstres, deux figures tragiques, mythologiques, déchus, trahis par leur père, ayant un attrait particulier pour la soeur (nuala et nyssa), et même la fin des deux films, tragique au possible, qui finalement révèle combien ces freaks sont bien plus humain que certains...

Gollem13 11/02/2018 à 19:04

Autant je reconnais que ce film est bon et fourmille d'idées délicieusement bizarres ou féériques, autant le comparer à un blade 2 pour moi c'est une hérésie. Blade 2 atteint des sommets du point de vue de la caractérisation des personnages, de l'atmosphère inquiétant et même des enjeux. Un des meilleurs fils de super_héros à mon sens (numéro 3 pour être exact)

jango56700 11/02/2018 à 11:39

très bon film ce Hellboy 2, d'accord aussi pour dire que c'est la même qualité que blade 2.

Matt 10/02/2018 à 18:08

Très bon dossier que celui ci pour Hellboy II.

A mes yeux, l'une des plus belles réussites de Del Toro qui réussit à poser ses thématiques de prédilection dans un film gros budget super héros.

Que de passages poétiques et jubilatoires :
- l'hallucinant marché des trolls, sorte de Cantina bis (voir le sublime making of qui fait la part belle aux animatronics et montre le travail de précision titanesque de l'équipe de Del Toro),
- le torchage de gueule à la bière entre Hellboy et Abe,
- l'ouverture en anim
- la fin qui dévoile prise de conscience de paternité par le héros.

Pour moi, culte. Et lorsque l'on voit Blade II, on ne peut que se dire qu'il s'agit d'une très belle répétition avant ce film (couleur, mouvement caméra, même le méchant joué part le même acteur et qui a sensiblement les mêmes fonctions comme dit justement dans un post sur l'article Blade II) .

Hellboy II c'est cool.

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