Le Labyrinthe, Hunger Games, Divergente... le young adult, (enfin) est mort et enterré ?

La Rédaction | 8 janvier 2023 - MAJ : 09/01/2023 11:20
La Rédaction | 8 janvier 2023 - MAJ : 09/01/2023 11:20

Après Le Labyrinthe, Hunger Games, The Mortal Instruments, Twilight et compagnie... la fin du young adult est-elle officielle ?

Quand Le Labyrinthe est arrivé en octobre 2014, c'était une belle époque. Divergente avait, la même année, été un succès et avait lancé une nouvelle franchise, poussé par le phénomène Hunger Games né en 2012 et confirmé dans la suite L'embrasement en 2013. En apparence, le young adult (un genre de littérature dédié aux adolescents et jeunes adultes) au cinéma était un triomphe. Même si Les Âmes vagabondesSublimes créatures et The Mortal Instruments : La Cité des Ténèbres annoncaient déjà la fin dès 2013.

En 2018, lorsque Le Labyrinthe 3 : Le Remède mortel est arrivé en salles, après le score décevant du deuxième opus, le paysage avait bien changé. La saga Hunger Games était terminée, et les franchises Divergente et The Mortal Instruments avaient été enterrées en silence. 

D'où une nette impression de conclusion totale d'une courte époque, alors même qu'elle ne fait finalement que se renouveler. Le young adult serait-il mort et enterré ? Peut-être bien.

 

Photo Dylan O'BrienQuand ils ont vu le mur qui attendait le genre du young adult

 

REMBOBINAGE

Si le genre littéraire du young adult n'a pas attendu l'avènement de ces adaptations pour exister et briller, il a certainement gagné une notoriété auprès de nouvelles générations à l'aube du nouveau millénaire. Le phénomène Harry Potter, imaginé par J.K. Rowling en 1997, a sans nul doute été un point charnière. Que le succès résonne jusqu'aux salles de cinéma dès 2001 avec Harry Potter à l'école des sorciers (plus de 974 millions de dollars au box-office), avec un enthousiasme de plus en plus grand au fil des films (le dernier Harry Potter et les reliques de la mort encaissera plus de 1,3 milliard en 2011), ne pouvait qu'avoir des conséquences.

Twilight de Stephenie Meyer, Hunger Games de Suzanne Collins, Le Labyrinthe de James Dashner, The Mortal Instruments de Cassandra Clare : tous seront publiés après ce phénomène. Et les studios ne tarderont pas à se jeter sur ces potentielles sagas à succès, sensibles au signal fort envoyé par le public. Quitte à essuyer des échecs, à la manière d'un À la croisée des mondes : la boussole d'or, qui lorgnait clairement du côté du sorcier de Rowling, mais n'a eu droit qu'à un film au succès modeste (372 millions au box-office pour 180 de budget).

 

Photo Daniel RadcliffeLe début d'un coup de baguette très magique au cinéma

 

LES DENTS DU BONHEUR

La danse sera définitivement ouverte avec Twilight en 2008, porté par Kristen Stewart et Robert Pattinson. De prime abord, ce film fantastique centré sur l'histoire d'amour entre une adolescente et un vampire est un poids plume avec ses 37 millions de budget (un épisode de Harry Potter coûte entre 100 et 150 millions). À sa sortie, l'enfer est libéré, avec plus de 393 millions récoltés et la naissance d'une furie absolue pour des millions de fans. L'amour résistera aux critiques désastreuses, à l'exaspération de toute une frange du public et même à des acteurs qui trépignent d'impatience avant de brûler leurs contrats. 

Avec son titre à rallonge aussi absurde que le tic de couper en deux le dernier épisode, Twilight - Chapitre 5 : Révélation (2e partie) encaisse près de 830 millions en 2012. C'est la fin ? Loin de là.

 

Photo Kristen Stewart, Robert PattinsonLa chaleur de Twilight

 

LA FAIM SANS FIN

À peine Twilight est-il enterré que le relais est pris par une autre héroïne coincée entre deux mâles. Hunger Games, avec la figure montante Jennifer Lawrence, commence fort en 2012 avec plus de 694 millions au box-office. La concurrence n'aura pas attendu cette nouvelle preuve d'un intérêt clair du public.

En 2013, il y aura donc Les Ames vagabondes (une adolescente exceptionnelle face à des aliens, par l'auteur de Twilight), Sublimes créatures (une adolescente exceptionnelle face à sa famille de sorciers gentils et méchants) et The Mortal Instruments : La Cité des Ténèbres (une adolescente pas ordinaire face à une guerre magique secrète dans les bas-fonds new-yorkais). Comme alternative, il y a La Stratégie Ender (un adolescent extraordinaire face à une guerre contre des aliens) revu au cinéma selon la mode, ou Percy Jackson : la mer des monstres, suite de Percy Jackson : le voleur de foudre (un adolescent exceptionnel face à des dieux et des machins mythologiques). 

 

photo, Jennifer Lawrence Jennifer Lawrence avec son premier arc

 

Le point commun entre la plupart de ces films : ce sont des échecs plus ou moins énormes en salles. 40 millions de budget et 60 au box-office pour Les Ames vagabondes, 100 millions contre 125 pour La Stratégie Enderune soixantaine des deux côtés pour Sublimes créatures, et adieux les espoirs de franchise facile. The Mortal Instruments : La Cité des Ténèbres s'en sort à peine mieux avec 95 millions en salles, pour un budget de 60. Au point de voir le studio annoncer en grande pompe Sigourney Weaver dans la suite - qui ne verra jamais le jour.

Une série de déceptions qui montrent très vite que la machine à dollars ne tournera pas si vite et bien que les studios l'ont espéré. Et certains le comprendront bien trop tard.

 

Photo Saoirse RonanAmes vagabondes, spectateurs en perdition

 

REGURGITENTE

Lancée en 2014, Divergente est sur le papier un candidat parfait pour embrayer le pas sur Hunger Games, dont la fin est programmée pour 2015. Une dystopie dans une Amérique totalitaire, une adolescente qui mène une révolution, une actrice en pleine ascension (Shailene Woodley) : le cahier des charges est rempli, avec une dose d'action et effets spéciaux non négligeable (le premier épisode a coûté 85 millions, un peu plus que le premier Hunger Games).

Problème : avec 288 millions engrangés, le premier opus est très loin d'annoncer un phénomène à la Hunger Games, qui a démarré avec plus du double. Mais la machine est lancée, et le studio continue d'y croire. Ce qui offrira ainsi un crash en direct pour les spectateurs.

 

Photo Shailene WoodleyDivergent, Insurgent, Allegiant, compte en banque

 

Divergente 2 : L’Insurrection en 2015 : 110 millions de budget et 297 au box-office. Divergente 3 : Au-delà du mur en 2016 : plus de 140 millions de budget et à peine 180 en salles. Les aventures de Tris au royaume des clans sont une catastrophe absolue pour les comptables.

Le quatrième et dernier opus, annoncé à l'origine pour 2017, devient alors un gros problème. Abandonner si près du but et reconnaître un échec grossier, ou clore une saga qui n'intéresse de toute évidence plus grand monde et coûte cher ? Après avoir réduit le budget et repoussé la sortie, Lionsgate (déjà derrière Twilight et Hunger Games) cherche une issue à mi-chemin, avec un projet de téléfilm pour en finir - un peu comme Mortal Instruments, revenu sous forme de reboot en série. La chose n'est même pas officialisée que Shailene Woodley et Miles Teller, interrogés dans les médias, ne cachent pas leur surprise. Ils laissent clairement entendre qu'ils envisagent de ne pas revenir.

C'était fin 2016. Depuis, rien, hormis un projet plus ou moins solide : une série télévisée sur Starz, intitulée Ascendant et avec de nouveaux acteurs. Une idée qui a tout simplement disparu depuis.

 

Photo Jennifer LawrenceLe dernier tour de piste de Katniss

 

LA RENAISSANCE DU RETOUR DE LA TENTATION ?

Le cas Divergente est spectaculaire, mais pas unique. Même la trajectoire de la franchise Hunger Games porte en elle ce problème, ayant touché la cime de son succès avec le deuxième et bon épisode L'embrasement (865 millions au box-office), avant de chuter jusqu'à La Révolte - 2ème partie (environ 653 millions : le plus petit score de la série).

Hollywood a pourtant récidivé, avec une foi aveugle qui confine à la débilité. En 2014, The Giver, avec sa société futuriste sans émotion, passe inaperçu avec une soixante de millions en salles. Même chose pour Vampire Academy. En 2016, La 5ème vague, avec Chloë Grace Moretz contre des aliens, grimpe jusqu'à près de 110 millions, mais la leçon a été retenue. Pas de succès clair, pas de risque, pas de franchise.

La fièvre aura touché tout le monde, et les annonces de droits achetés et de projets lancés auront été nombreuses. En 2015, via sa boîte de production, Brad Pitt se paye, peu de temps après la publication, les droits de The Illumninae Files, d'Amie Kaufman et Jay Kristoff. Une histoire de planète Terre en 2575, contaminée par un virus, qui voit deux ex-amants fuir à bord d'un vaisseau spatial pour leur survie. Depuis : zéro nouvelle du projet. Une page semble s'être tournée pour beaucoup.

 

Photo Chloë Grace MoretzLa 5ème vague et dernière tentative

 

Le Labyrinthe 3 : Le Remède mortel arrivait donc à point nommé pour offrir un petit bilan, encore. D'autant que la saga a chuté depuis le premier épisode, qui avait coûté dans les 34 millions et engrangé plus de 348 millions en 2014. Un an après, La Terre brûlée, avec un budget plus élevé, en amassait un peu plus de 312. Le Remède mortel a mis fin à la saga et à l'hémorragie de plus en plus conséquente avec un premier week-end aux USA loin d'être glorieux : après les 40 millions du démarrage du premier opus, les 30 du deuxième, les 24 du troisième étaient tout sauf lumineux.

Au total, le film avait finalement amassé seulement 288 millions de dollars dans le monde et seulement 58 millions aux États-Unis (soit même pas son budget de 62 millions de dollars). Depuis, Hollywood a encore lancé quelques plans sur le grand écran notamment avec la saga Darkest Minds : Rebellion sorti quelques mois après le troisième chapitre des Labyrinthe. 

Adaptation du premier tome d'une saga de quatre romans, le long-métrage s'est toutefois écrasé au box-office comme rarement (certes, à cause de sa concurrence avec Mission : Impossible - Fallout) avec 41,1 millions de dollars récoltés dans le monde pour un budget de 34 millions. Autant dire que depuis, les suites potentielles ne donnent plus du tout de nouvelles et semblent complètement abandonnées.

 

photo, Amandla StenbergUn film solo finalement (comme elle)

 

Même chose avec le chaotique Chaos Walking. Adaptation de la trilogie young adult de Patrick Ness, le film se déroule dans un monde où toute créature vivante peut entendre les pensées des autres dans un flux d'images et de sons. L'histoire suivra un adolescent qui découvre le silence, au contact d'un être pas comme les autres : une jeune femme.

Un film à gros potentiel, qui aurait pu relancer le genre, avec notamment Tom Holland (star des Spider-Man du MCU) et Daisy Ridley (alias Rey de la postlogie Star Wars) et Doug Liman à la réalisation. Malheureusement, la production a été terriblement mouvementée, entre reports, reshoots et budget explosé, pour un résultat désespérant (les critiques ont détruit le film) lors de sa sortie en pleine pandémie.

Résultat, le film a engrangé depuis sa sortie en février 2021 à peine plus de 21 millions de dollars dans le monde pour un budget de plus de 100 millions. Adieu les suites donc, vu la galère du premier opus, produit sur plus de quatre ans. De quoi annoncer la fin d'un genre en pleine expansion depuis quelques années ? Difficile de penser le contraire, mais ce n'est pas nécessairement le cas.

 

Photo tournage Tom Holland, Daisy RidleyLes héros de Chaos Walking

 

LE RENOUVEAU EN STREAMING ?

Le genre semble en effet intriguer les plateformes de streaming et notamment les plus puissantes du marché à savoir Netflix et Disney+. Ce n'est pas étonnant ainsi que la maison des Idées ait relégué le bien fade Artemis Fowl directement sur sa plateforme en mai 2020, lui évitant un carnage au box-office tout en agrémentant son catalogue d'un nouveau film (aussi mauvais soit-il) alors que le monde du cinéma était en pause.

Car si les films young adult ne séduisent plus les producteurs pour des sorties en salles, ils continuent à faire des petits cartons sur le petit écran. Il semblerait donc que leur chemin se poursuive sur les plateformes notamment chez Netflix. Ainsi, loin de l'aventure et des dystopies habituelles du genre, le N rouge a réussi avec un succès retentissant à perpétuer le genre à travers la romance.

 

photo, Ben Barnes, Jessie Mei LiOoooh tiens, de la petite fantasy young adult qui s'immisce sur Netflix...

 

Signe de sa réussite, son adaptation de la trilogie littéraire Les Amours de Jenny Han avec sa trilogie de film À tous les garçons que j'ai aimés suivi de À tous les garçons : P.S. Je t'aime toujours et À tous les garçons : Pour toujours et à jamais qui ont réuni des millions de fans sur les écrans (selon les chiffres de la plateforme). Même chose avec les trois opus The Kissing Booth, dont le dernier film est sorti en même temps que le troisième roman de la saga écrite par Beth Reekles en 2021.

Et il se pourrait même que le genre termine son renouveau sous la forme sérielle. HBO a déjà tenté l'expérience (sans grand succès) avec His Dark Materials : À la croisée des mondes (qui compte trois saisons en tout). C'est ce que compte faire Netflix avec la série Shadow and Bone : la Saga Grisha adaptation de la saga de l'écrivaine Leigh Bardugo dont la saison 1 a débarqué en 2021, et dont la une suite a été confirmée. Idem pour Disney+ qui fera renaître prochainement la saga Percy Jackson sous la forme d'une série.

Bref, le young adult a donc encore un avenir à défendre, mais il a pris de toute évidence une nouvelle forme bien loin des grands écrans du cinéma. 

Tout savoir sur Le Labyrinthe 3 : Le Remède mortel

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commentaires
Buchor
10/01/2023 à 14:58

Dommage que l'article ne pose pas la question suivante : est-ce que le genre young adult s'est essoufflé ou s'est il fait voler la vedette par les films de super-héros ?

Parce que le déclin des films young adult coïncide avec l'explosion des films de super-héros. Et ces 2 genres visent le même public en salle. Je ne serais donc pas surpris qu'il y ait un lien de ce côté là même si ce n'est peut-être pas la raison principale.


09/01/2023 à 17:40

@Geoffrey
"Tout à fait. Mais il a été conçu et vendu avec les mêmes réflexes, et la promo a largement misé sur le côté ado de l'aventure"
Vous avez raison et on peut se demander si l’échec du film n'est pas dut à son positionnement promotionnel. Le roman a été longtemps considerer comme très difficile à adapter. Mais malgré quelques différences, je trouve que le film est réussi. Pour moi en temps que lecteur de SF, c'est le meilleur roman que j'ai lu et j'en ai lu pas mal. Malheureusement l’échec empêche la suite (La voix des Morts) d’être adapter. Peut être en série TV, le cycle principal comprends 4 romans, il y a de quoi faire.

Geoffrey Crété - Rédaction
09/01/2023 à 13:19

@aragorn1962

Tout à fait. Mais il a été conçu et vendu avec les mêmes réflexes, et la promo a largement misé sur le côté ado de l'aventure. Ce n'est pas un jugement de valeur sur l'oeuvre originale ! On trouve donc logique de le citer ici, même si comme vous le voyez, on n'insiste pas dessus.


09/01/2023 à 13:12

Votre article est très intéressent mais je mets un bémol sur la Strategie Ender. Ce n'est pas du Young Adulte. Le film est adapté du roman d'Orson Scott Card qui est sortie en 1985 et a obtenue le Prix Hugo et le Prix Nebula.

Deny
09/01/2023 à 13:11

Le film Artemis Fowl est une honte quand on a lue les formidables livres de Eoin Colfer.
On dirait qu'ils ont réalisé le film avec juste le résumé du livre!
Encore un cas de licence prometteuse gâché par des incompétents!

Billy
09/01/2023 à 10:04

"le young adult, (enfin) est mort et enterré ?"

AMEN! C'est même a cause de ces face de cul que (exemple) Terminator Dark fail a failé!

RCS67
21/08/2022 à 20:28

Le young adult c’est vraiment ce que je préfère. Je serai, et je ne serai pas le seul, si le young disparaît des écrans…

Cl3ms
16/02/2022 à 07:27

Fin d'un genre non, ça reviendra avec des petits budgets, comme le 1er Twilight, et/ou sur les plateformes.
Je pense que comme le ciné "grand-public & budget moyen", c'est typiquement le genre de film "on va voir ça entre potes/copines" qui a été détruit commercialement par le streaming.

sylvinception
15/02/2022 à 12:05

Le jour ou on pourra se dire que les bouses Marvel sont mortes et entérrées...

Nan mais je déconne, rassurez-vous, ça n'arrivera jamais.

Hasgarn
15/02/2022 à 10:34

Le problème, ce n’est pas la mode, le genre, le style, le public.
Le problème, ce sont les mauvais films.

Il y a de bons young adult, il y a les mauvais.
Prenez les westerns ou les supers héros, vous verrez, c’est pareil :)

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