The Bad Batch : critique avariée

Geoffrey Crété | 22 septembre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 22 septembre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

En 2015, la réalisatrice Ana Lily Amirpour a émergé sur la scène indé américaine avec A Girl Walks Home Alone at Night : un film de vampire en noir et blanc, situé en Iran, très remarqué en festivals et célébré par la critique. Deux ans après, forte d'une belle réputation, la cinéaste est de retour avec un autre film de genre qui se déroule dans une Amérique post-apocalyptique avec des cannibales. C'est The Bad Batch, disponible sur Netflix le 22 septembre.

MAD BATCH

Celui qui a vu dans A Girl Walks Home Alone at Night un machin poseur faussement inventif et réellement soporifique, propulsé pour de mauvaises raisons sur le devant de la scène, risque de s'étrangler face à The Bad Batch. Loin de corriger les défauts et dépasser les limites de son premier film, Ana Lily Amirpour les creuse et les aggrave dans cette histoire d'amour tordue entre une belle (Suki Waterhouse) et une bête (Jason Momoa).

Si l'impact est si rude, c'est parce que The Bad Batch est sur le papier une grande et fabuleuse promesse. Dans une Amérique plus ou moins futuriste où les indésirables sont jetés dans une zone désertique de non-droit au Texas, une fille arrive. Elle découvre vite que pour survivre dans cet enfer aride, beaucoup sont devenus cannibales, et que la petite chose qu'elle est représente une belle prise. Le début d'un cauchemar entre amputation, vengeance et drogues, où elle rencontrera un beau colosse en quête de sa fille et un gourou de culte.

Une romance dans le décor de Mad Max, particulièrement alléchante donc. Sauf que la bande-annonce est bien plus excitante, stimulante et mémorable que le film.

 

L'HISTOIRE SANS FIN

Le premier quart d'heure est pourtant réussi. Le décor est planté avec une précision et une économie de moyens intrigantes, le silence allié à la chaleur pèse sur l'héroïne. La réalisatrice a un sens de la mise en scène clair et instaure un climat fascinant en quelques minutes. Le soin apporté aux costumes, aux décors, aux détails, aux gueules des acteurs, composent un bel univers.

Ana Lily Amirpour n'hésite pas à malmener sa poupée blonde, la plongeant sans tarder dans une odyssée cauchemardesque où son minoi érotique sera notamment souillé dans une séquence de pure survie stratégique. Suki Waterhouse porte cette fausse innocence avec une force discrète, et The Bad Batch semble alors prendre une direction très satisfaisante, fort d'une tension et d'une efficacité bienvenue. Puis, après une vingtaine de minutes, une ellipse. Et le film perd peu à peu sa force, sa précision, pour se diluer dans une interminable histoire qui s'éparpille.

 

Photo Suki WaterhouseSuki Waterhouse, petite révélation du film 

 

L'intrigue s'étire alors entre la veangeance de la blonde, la petite fille qu'elle ramène, la quête du colosse, leur attirance naissante, l'emprise du gourou incarné par Keanu Reeves et quelques autres personnages satellite, comme le curieux Jim Carrey en vagabond muet et méconnaissable. The Bad Batch dure moins de deux heures mais semble interminable tant l'intérêt est peu à peu abîmé par des enjeux dramatiques vagues et une caractérisation plus qu'approximative. La chose devient vite un livre d'images plus ou moins envoûtantes, assemblées autour d'une histoire bien plus ordinaire qu'il n'y paraît malgré la volonté d'empiler des éléments séduisants. 

 

Photo Keanu Reeves La moustache de Keanu Reeves : retour vers le futur du porno des années 70

 

SUN DEMON

Si Ana Lily Amirpour n'a pas le talent d'un Nicolas Winding Refn pour plonger le spectateur dans une dimension tourbillonante aux frontières du réel, comme dans The Neon Demon, elle a sans aucun doute un vrai œil de cinéaste. En témoigne un certain sens du cadrage, une précision souvent évidente dans le montage, et un goût pour toutes ces bricoles désormais ordinaires dans un certain type de cinéma branché - lumières colorées, musique électro, déco décalée, acteurs grimés. 

Avec un budget de 6 millions (à peine moins que Neon Demon), la réalisatrice compose un univers ambitieux comme une gigantesque piste de décollage pour l'imaginaire. Préférant laisser les circonstances et explications de côté, elle dessine en creux le portrait d'un pays affreux et sanguinaire, dont les pulsions sont nourries par les autorités. Amirpour a beaucoup d'envies, et parfois même des éclairs de génie.

 

Photo Suki Waterhouse et Jason Momoa

 

Mais il manque à The Bad Batch une matûrité pour être plus qu'un prototype de film culte en gestation. Il y a l'envie claire de mixer des éléments opposés, de marier le plus cruel au plus naïf à l'image du couple formé par Suki Waterhouse et Jason Momoa, mais la formule ne prend pas. La faute principalement à un manque de profondeur du côté des personnages, entités artificielles sans vie, qui bougent à travers les bidonvilles et vents ensablés comme des pantins. 

Le sous-texte social et politique reste désespérément simplet et sous-exploité, et l'équilibre très fragile de l'ensemble ne tient pas plus d'une demi-heure. Ne restent alors que des plans marquants, des visions amusantes du désert apocalyptique et un bric-à-brac séduisant qui relève plus du clip qu'autre chose. Et, peut-être, l'espoir qu'Ana Lily Amirpour trouvera pour son troisième film un scénario suffisamment solide pour permettre à son cinema de grandir et s'épanouir.

 

Affiche

 

Résumé

Ana Lily Amirpour a beau installer un décor cinégénique, invoquer des motifs cool et aligner des éléments excitants, The Bad Batch ne raconte pas grand chose. D'où l'impression d'une interminable et soporifique valse faussement spéciale, où le niais et l'ordinaire l'emportent sur le reste.

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Lecteurs

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commentaires
Pakonu
19/11/2020 à 20:51

Trop de silence et de lenteur , seul le western spaghetti gérait ces moments qui donnaient de la force à ces films .
Avec un budget de 6 millions de dollars les choix à tous les niveaux de production ont certainement contribués à sa légèreté ..... on pourrait couper 1 heure de film que le déroulement du film ne serai pas affecté .
La production aurait pu mettre un peu plus d'argent sur la table .......

Finaloty
25/04/2019 à 16:03

Un style de film inattendu que j'ai vraiment aimé C est bien réalisé sortie de l'ordinaire

Ben
02/04/2019 à 16:41

Ouff ! J’ai écouté ce torchon hier et j’ai l’impression d’avoir perdu 2 heures de ma vie. Comme mentionné le début est assez accrocheur mais ça s’estompe rapidement. Tellement aucune logique, aucune leçon de vie, aucune subtilité. Totalement en accord avec la critique.
Je n’écoute pas souvent de films et c’est pas ce genre qui va augmenter mon temps de visionnement.

Raph
12/11/2017 à 14:33

Ouf, je raccroche totalement à cette critique, j'ai vecu la meme chose et suis un peu ennuyé par ce film. Pour tout dire, je l'ai regardé comme une série (la magie Netflix!)
et pensai voir dans ce premier "episode" une exposition des personnages extrêmement étalée. En fait c'est un film. Et un film tres long!

MystereK
10/09/2017 à 10:20

Okay, ce n'est pas de la faute à Netflix si les films ne sortent pas en BluRay, Il y a plein de films sur Netflix qui sont sorti en DVD/BluRay, même leur propre production sort en Bluray. S'il ne sortent aps en Bluray, c'est que les éditeurs ne pensent pas que le film a du potentiel.

Alexiaaucarré
09/09/2017 à 19:17

Sacré cast

Okay
09/09/2017 à 17:18

Et puis je voulais surtout le voir au ciné...

Okay
09/09/2017 à 17:17

Et comment ça sur Netflix...!
Comment je vais l'acheter en Blu-ray moi maintenant?! Trop de films que je ne peux pas avoir en Blu-ray à cause de Netflix...

Okay
09/09/2017 à 17:12

F**k! Je l'attendais vraiment ce film...
j'espère l'appréhender et le voir autrement que toi Geoffrey. w&s

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