The Circle : critique anti-Social Network

Mise à jour : 20/06/2018 17:20 - Créé : 12 juin 2017 - Geoffrey Crété

« Attention : les réseaux sociaux, c'est dangereux ! » pourrait être le sous-titre de The Circle, thriller de James Ponsoldt (SmashedThe Spectacular Now) où Emma Watson découvre les possibilités immenses et terrifiantes d'une entreprise dirigée par Tom Hanks. Un sujet dans l'air du temps certes, mais un film beaucoup trop convenu pour mériter le détour.

Photo Emma Watson
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BAD MIRROR

Sur le papier, The Circle s'inscrit dans la lignée de Black Mirror, l'excellente anthologie d'anticipation qui aborde avec malice et intelligence les dérives de la technologie. En réalité, c'est plus proche de Traque sur internet avec Sandra Bullock pourchassée par de méchants cyberterroristes des années 90 : un thriller un peu bête et très simpliste, parfois amusant mais profondément limité, qui offre quelques menus frissons quand il n'exaspère pas par ses facilités et incohérences.

The Circle est le nom d'une glorieuse entreprise américaine à la Google, qui ressemble à une grande secte érigée dans la Silicon Valley. Badges dernier cri, grandes baies vitrées, moyenne d'âge proche de celle d'une fac, ambiance collégiale, activités multiples disponibles sur une sorte de campus digne d'un paradis pour la génération Y : le décor d'un cauchemar 2.0 est planté. Pauvre petite chose innocente, Mae (Emma Watson) y décroche enfin un travail avec l'espoir d'arranger sa vie ordinaire. Le début d'une plongée dans les coulisses et ambitions de ce Cercle diabolique, dans une ambiance de film d'anticipation.

 

Photo Emma WatsonEmma Watson : émotion #2 

 

LA BELLE EMBÊTE

The Circle ressemble plus à Nerve, le teen movie coloré avec Emma Roberts sur un méchant jeu en ligne qui pousse des ados à être très bêtes, qu'à un film ténébreux et effrayant sur notre futur. Et si la présence de Tom Hanks laissait planer un doute, mieux vaut savoir d'emblée que le prestigieux acteur a très peu de temps à l'écran. The Circle est le film d'Emma Watson, qui est de chaque image, et en accentue tous les défauts.

Le film de James Ponsoldt ressemble plus à un téléfilm qu'à une œuvre de cinéma, la faute principalement à une écriture grossière loin d'être à la hauteur des ambitions. Du père gravement malade (Bill Paxton dans un de ses derniers rôles au cinéma) à l'ex (Ellar Coltrane dans l'un de ses premiers rôles depuis Boyhood) anti-technologie placé de manière artificielle comme un curseur moral, en passant par les péripéties qui poussent l'héroïne à avancer, le scénario ressemble à une mauvaise copie scolaire du thriller type. Ce qui ne serait pas un réel problème si The Circle était capable d'appliquer la méthode avec soin et efficacité. 

 

Photo Emma Watson, Karen GillanAttention danger

 

Or, les aventures de Mae au pays de simili-Google se révèlent vite plates et profondément simplistes, en plus d'avoir de sérieux problèmes de logique. Il n'y a qu'à voir la scène où deux personnages anonymes viennent présenter à l'héroïne le fonctionnement parfaitement terrifiant du petit paradis de l'entreprise : plutôt que de mettre en scène cette horreur moderne et d'en montrer les dérives et problématiques, le film lance un mauvais sketch très bavard de plusieurs minutes. 

Ce n'est que le début : le personnage de la meilleure amie (interprétée par l'excellente Karen Gillan) est éjecté du récit de manière comique avec un maquillage de zombie, le mystérieux homme dans l'ombre (John Boyega) est parfaitement inutile dans l'intrigue, et l'évolution de l'héroïne est si peu traitée qu'elle en devient absurde. Côté mise en scène, rien de mieux : entre les incrustations ordinaires des écrans et un montage mou, The Circle manque de vie.

 

Photo Tom HanksTom Hanks dans Steve Jobs : la biographie plus qu'interdite

 

STATUT : C'EST COMPLIQUÉ

L'une des explications à ce film bizarrement troussé, qui semble avoir été privé de morceaux importants de son histoire, est probablement à chercher dans le livre éponyme de Dave Eggers, co-scénariste avec le réalisateur. De nombreux éléments ont sans surprise été retirés ou modifiés, mais certains ont finalement changé le sens et le discours du film, notamment en ce qui concerne le personnage de Mae.

Le livre The Circle était plus sombre et dérangeant, et certainement trop sombre et dérangeant pour un film à 18 millions avec Emma Watson vendu à un jeune public - censé partager son enthousiasme sur les réseaux sociaux donc. Ce n'est d'ailleurs pas anodin si quelques mois avant la sortie, des reshoots ont été lancés après plusieurs projections tests où le personnage de Mae avait été jugé comme trop peu sympathique : The Circle devait être un produit facilement consommable et lisible, sans zone d'ombre. Chose particulièrement étonnante puisque les choix de l'héroïne, dans le film et surtout dans le livre, sont particulièrement tordus.

 

Photo Emma Watson, John BoyegaLe sous-sol de la peur : édition disques durs

 

The Circle arrive donc avec quelques années de retard pour commenter avec une telle naïveté et simplicité l'avènement des réseaux sociaux et de la nouvelle réalité qu'ils ont façonnée. Lorsqu'il explique que partager sa vie avec des milliers d'étrangers est une forme de prison, et que l'hystérie collective qui en naît est potentiellement dangereuse, le film manque cruellement de finesse. Lorsqu'il évoque des choses plus profondes (la question de la transparence cynique des politiciens, les limites de la liberté et de l'éthique lorsqu'il s'agit de protéger les enfants, les ambitions d'une super-entreprise type Google), le sujet est vite évacué.

Emma Watson n'aide pas à rendre le thriller plus crédible. Comme dans Regression d'Alejandro Amenábar, l'actrice se montre incapable d'interpréter un personnage aux multiples facettes. Elle se contente donc d'afficher une petite moue embêtée, froncer les sourcils et offrir un regard de petite chose fragile ou contrariée, à tel point que son visage est virtuellement le même entre le début et la fin, malgré la tournure des événements. En comparaison et malgré un rôle mineur, Karen Gillan offre nettement plus de nuances et d'énergie.

Si The Circle se laisse regarder avec un certain amusement presque régressif, il n'en reste pas moins raté et dispensable. Une seule envie à la sortie : relancer Nosedive, le fantastique épisode de la saison 3 de Black Mirror, réalisé par Joe Wright et avec Bryce Dallas Howard, où le même sujet est abordé avec mille fois plus d'inventivité.

 

Affiche française

Résumé

Un thriller téléphoné et inoffensif, pas bien fin ni malin, qui déroule une intrigue cousue de fil blanc et profondément naïve. Avec plus d'audace et de fidélité au livre, The Circle aurait pu être diablement plaisant ; en l'état, avec une Emma Watson aussi charismatique qu'un verre d'eau tiède, c'est digne d'un téléfilm. 

commentaires

Blason 13/06/2018 à 10:22

Depuis le début, je n'ai jamais pu supporter cette actrice. Je comprends qu'elle doit sa célébrité à la saga suréstimé Harry Potter, mais au dela de cela, elle m'apparait antipathique dans tous les films ou elle apparait que ce soit le film de Coppola ou celui là. Je regrette que le film la belle et la bete ait très bien marché, cela veut dire que l'on va devoir se coltiner sa tronche pendant assez longtemps.

Critters man 13/07/2017 à 18:48

Je ne l'ai jamais considéré comme une bonne actrice, sa carrière, elle le doit à harry potter et pas à son jeu d'actrice qui est horrible.

Roukesh 11/07/2017 à 09:15

Watson a beaucoup de fans du simple fait qu'elle ait été Ermione Granger dans Harry Potter. Elle est populaire, et elle attire donc un certain public à voir ces films. Après essayant d'être objectif, elle est mignonne. Il n'en faut pas plus à Hollywood, le jeu c'est secondaire visiblement, parce que ça ne vole pas très haut.
@flash Stewart, ce n'est pas comparable, elle s'est racheté une conduite, et dans les projets qui l'intéresse, on la sent plus concernée, son jeu s'améliore.

Rarara 79 11/07/2017 à 01:01

Emma Watson On nous la fait passer pour une bombe sexuelle charismatique et ultra talentueuse depuis Harry Potter alors que c'est tout le contraire, jamais vu une actrice aussi fade dans son jeu et en plus physiquement c'est bof bof perso je trouve qu'elle a pas grand choses pour elle en tant que comédienne ...

Natla 10/07/2017 à 23:46

@ats

L'agent c'est un facteur, mais une explication totale.
Sinon, Seydoux aurait eu le premier rôle de Millenium, et pas Rooney Mara (elles étaient dans les 4 dernières et Seydoux a fait un screen test avec Craig). Et c'est quand même bien simpliste de penser que Sam Mendes caste Seydoux sur Spectre parce qu'elle a un bon agent...

On a bien compris que Watson, Seydoux et d'autres ont leurs détracteurs. Rien de bizarre, c'est bien normal qu'on soit plus ou moins sensible par des jeux, des physiques, des personnes. Mais on peut tout de même accepter qu'on a chacun des goûts différents. Meryl Streep, Tom Cruise, Denzel Washington, Nicole Kidman, Susan Sarandon, Bette Davis, Cary Grant et compagnie avaient leurs fans, et leurs non-fans. Encore heureux qu'on soit pas tous alignés sur les mêmes choses.

Flash 10/07/2017 à 22:16

Je vois que je ne suis pas le seul à trouver cette Watson insupportable, ainsi que Stewart.

ats 10/07/2017 à 22:11

corleone: c'est pas les meilleurs actrices qui ont le plus de films mais celle qui ont les meilleurs agents et les plus bankable...
regarde lea seydou tellement affreuse mais une bonne filmo.
Gosline monsieur aucune expressions faciale
etc.

corleone 10/07/2017 à 21:49

"en l'état, avec une Emma Watson aussi charismatique qu'un verre d'eau tiède, c'est digne d'un téléfilm. " Geoffrey Crete, merci. Je me demande comment cette actrice continue d'être ainsi sollicitée, car en plus d'être absolument anti-charismatique, elle joue aussi mal qu'un poisson rouge dans un bocal.

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