Logan : critique Gillette Triple Lames

Simon Riaux | 9 mars 2019 - MAJ : 31/03/2020 13:21
Simon Riaux | 9 mars 2019 - MAJ : 31/03/2020 13:21

Ambassadeur de la saga X-Men depuis bientôt deux décennies, Hugh Jackman doit tout à Wolverine, et réciproquement. Alors qu’il l’incarne pour la dernière fois, l’acteur nous promet un baroud d’honneur désespéré. Parole tenue ?

KILL ME BADLY

Ainsi que l’a martelé la promotion du film pendant des mois, Hugh Jackman en a fini avec Wolverine. Cet adieu aux lames annoncé est un petit évènement pour qui a grandi avec la saga X-Men, et c’est aussi le cœur du projet de Logan. Car le récit funèbre de James Mangold est entièrement centré autour des concepts de deuil, de renoncement et d’acceptation. Il est d’ailleurs frappant de constater que l’ensemble ne croule jamais sous le fan service qu’on pouvait redouter, mais bien sur une sincère volonté testamentaire.

Car, en découvrant ce Wolverine rongé par un mal qui évoque un cancer généralisé, difficile de ne pas penser à la maladie que combat Hugh Jackman, et qui insuffle au film une gravité de chaque instant. L’artiste n’abandonne pas seulement un personnage emblématique, il renonce à celui qui l’aura forgé, sa carrière n’ayant jamais éclipsé la gloire du héros griffu. À bien des égards, le geste de Jackman évoque un tombé de rideau absolu et nimbé d’un terrible panache.

 

Photo Dafne Keen, Hugh JackmanUn dernier tour pour la route

 

BAD HOMBRES

La fatalité qui gangrène Logan ne s’arrête pas à l’impeccable performance de Jackman. Si la relation entre le vieux griffu et la jeune X-23 est bien trop classique pour totalement convaincre, la jeune héroïne interprétée brillamment par Dafne Keen est écrite avec intelligence. En faire une réfugiée Mexicaine, condamnée à traverser les Etats-Unis, transformés en étendue désertique, pour atteindre un Canada aux airs de refuge idyllique apporte encore une couche de sens (et de politique) bienvenue à une saga qui n’a pas toujours bien su gérer son héritage issu de la lutte pour les droits civiques.

Mais X-23 n’est pas la seule sur laquelle s’attarde le scénario de Logan. Enfin, le bourrin solitaire auquel Jackman a confié son destin a droit à un traitement fidèle aux comics, et globalement cohérent. La caméra de Mangold s’attarde sur ses cicatrices, ses convulsions ses rides, tandis que l’écriture interroge les vieux démons de Wolverine.

 

Photo Dafne KeenElle est jeune, mais elle est vénère

 

Décrit comme un monstre mythique (ne se promène-t-il pas avec une balle d’Adamantium, qui rappelle les munitions d’argents destinés autrefois au Loup-Garou ?), Wolverine sera symboliquement sauvé par le cinéma – les références au western abondent, tandis que le territoire américain se mue en Ouest fantasmatique – et par les comics, auquel le récit revient progressivement, jusqu’à effacer nos souvenirs des dernières piteuses aventures solo du personnage.

 

Photo Hugh JackmanTerminus

 

TIENS VOILÀ DU BOUDIN

James Mangold et la Fox n’avaient pas seulement promis un road movie crépusculaire (ce qu’est le film) mais aussi une bonne fête de la saucisse au sang classée R. Et ils n’ont pas menti. Dialogues, rapports entre les protagonistes ou scènes d’action, tout respire la dureté, une conflictualité âpre et une noirceur sourde.

 

Photo Dafne KeenDafne Keen

 

Quant aux bastons, elles font oublier instantanément tout ce que la saga X-Men a pu produire en termes d’affrontements physiques. À côté de Logan, Jason Voorhees passe pour Pimprenelle la Coccinelle, tant Wolverine se déchaîne, au cours de séances de massacre qui évoquent un shocker hard boiled des années 70, ou les soldes sauvages d’une boucherie tenue par un serial killer bipolaire.

Au-delà de son côté saignant, Logan s’arrête notamment sur les conséquences de la violence, le poids des actes, leur conséquences. Charles Xavier et son garde du corps alcoolique apparaissent ainsi comme autant de damnés, quasi-zombies en quête de rédemption. Grâce à cette tonalité radicale, Mangold nous offre le premier X-Men totalement sincère, qui fait littéralement office de tombeau pour l’ensemble des films qui ont précédé, ainsi que le révèle poétiquement l’ultime plan du film.

 

Photo Hugh JackmanHugh Jackman

 

THE LONG GOODBYE

Pas de doute, Logan est bien le road trip calciné, violent et définitif qu’attendaient les fans du personnage et les cinéphages biberonnés à la franchise X-Men. Mais il est très loin de constituer un film intégralement réussi pour autant. Après deux aventures solo frisant l’indigence, il semble que Mangold et Jackman aient voulu trop en mettre. Forcément, pour faire du Wolverine gentillet portraituré jusqu’à aujourd’hui le personnage radical que nous avons sous les yeux, le film est tenté de réintroduire la totalité de sa mythologie.

 

Photo Dafne Keen, Hugh JackmanDrôle de récolte cette année

 

Une démarche qui pèse sur le rythme de l’ensemble, surtout que Logan n’appartenant pas au canon de la saga, il a tout un univers à nous faire avaler. Des ingrédients qui se marieraient bien mieux si les interconnexions entre personnages étaient plus efficacement structurées. Si chaque protagoniste est conçu avec un soin véritable, les interactions entre chacun (notamment entre Wolverine et X-23) sont d’un académisme qui frise souvent la platitude.

Et quand dans sa deuxième partie, le métrage est obligé de revenir sur les rails plus convenus d’une narration tenue d’apporter une conclusion à son récit, les ficelles deviennent d’autant plus énormes qu’elles s’activent bien trop lentement. Avec plus de 2h10 au compteur, Logan prend le risque de la lassitude, au fur et à mesure que l’intensité de son récit s’étiole, et ce, malgré une superbe conclusion.

 

Affiche

Résumé

Trop long et académique dans sa structure, Logan offre néanmoins à Wolverine un baroud d'honneur désespéré et violent, à la hauteur de la légende.

Lecteurs

(4.2)

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commentaires

Flo
10/03/2020 à 16:01

Pourquoi tout le monde devrait faire pareil, Marc ?
Pas de limite à l'écrit ici, donc pas d'obligation à ne pas mettre une analyse contextualisée plutôt qu'un "ouah c'est trop bien etc" ou "bof, c'est nul etc".
Si c'est fait le plus correctement possible, lire un peu plus ne peut pas être une corvée.

Marc
10/03/2020 à 13:50

@flo
Peux tu faire comment dire plus condensé ? Ce n'est pas un avis c'est un pavé une prose une dissertation certe avec beaucoup de talents. Perso je lis les avis les plus courts . Sa me suffit largement pour un avis d'un film . @+

Marc
10/03/2020 à 11:57

Je fais court LOGAN un CHEF D'OEUVRE .

Flo
31/01/2020 à 13:58

Étrange (Uncanny?) similarité: comme "Lego Batman" cette année (2017) refaisait du Méta rigolo à la manière de "Deadpool" l’année dernier au même mois… ce mois de Mars 2017, on eu à nouveau un film mettant en scène une sorte d’échec funèbre doublé d’une critique des super-héros…

Alors à la base, il s’agit surtout d’un film très personnel, presque autant que l’était "Deadpool" pour Ryan Reynolds l’an dernier (mais à l’envers plutôt): Hugh Jackman donc, rattrapé par son age (et son cancer récurrent) stoppe enfin Logan, et s’offre une sortie dramatique et violente à la hauteur du personnage. Malade, boiteux, un peu clodo, garde malade, beauf tabassant des chicanos, infoutu de parler autre chose que l’anglais, perclus de cicatrices, s’acharnant comme un idiot sur une voiture en panne… Dur, pas si subtil, mais assez juste pour l’acteur lui-même, plus que pour le personnage historique, de toute manière pas encore totalement croqué au cinéma dans toute sa complexité.
Et « pire », jouant aussi un double génétique qui est plus un « machin » qu’autre chose. Mélange entre « Albert » (sans Elsie-Dee), et de Victor Creed et de Deadpool dans "X-Men Origins Wolverine". Petite faute de goût pour montrer de manière trop forcée « l’homme qui se combat lui-même »… Mais on a déjà eu la même chose en plus drôle dans… Brice 3 !!!
Il n’empêche qu’on ne peut que s’incliner devant le jusqu’auboutisme de l’acteur, ne trichant pas avec ce qu’il veut raconter et montrer, en bavant « pour notre bien ». Et finito pour de bon.
Pour la VF de Jérémie Covillault, ça passe assez bien. Ça aurait été encore plus discret avec Boris Rehlinger.

Patrick Stewart lui aussi en profite pour se libérer de son personnage de Xavier, en en faisant un papy gâteau/gâteux un peu trash, balançant des injures. Un peu comme si la version de James McAvoy, plus décontract’, l’avait inspiré (plus drôle quand on pense à Split, sorti la semaine dernière).
Et son pouvoirs de « glaçage » de gens, célèbre plus au cinéma que dans les comics, utilisé de manière meurtrière, achève sa propre mue pathétique. Et donc, plus sentimentale, plus émotionnelle, sans qu’on soit dans un Intouchables version mutante. Des vieux touchants.

Dafne Keen en Laura x-23 est donc une révélation totale, petite tueuse impressionnante, n’ayant à offrir dans ces deux premiers tiers que des cris furieux, des regards en coin ambigus, une grosse fringale, des habitudes sauvages… Pour nous retourner dans le dernier tiers, pas uniquement en enfant-bête qui aurait appris l’Humanité… Mais plutôt une enfant qui « sait » peut-être mieux que les adultes.
Reste à savoir ce que l’actrice deviendra à la suite de ce film – qu’elle a eu le droit de voir ? Vu le tournage incroyable (11 ans!), surement, et il lui faudra peut-être un bon psy. La petite continuera-t-elle à développer son potentiel (ainsi que son personnage au cinéma?) ? Ou bien restera-t-elle à jamais connue comme la petite fille la plus vénère du monde, qu’on aimerait protéger, même si elle semble le pouvoir toute seule ?

Hélas, les personnages secondaires n’ont qu’un intérêt relatif, si ce n’est de participer à la traque des héros. Donald (pas Trump) Pierce éjecté du Club des Damnés n’est qu’un sous-fifre énervant, Caliban un mutant de plus pour que Logan puisse se plaindre envers un autre que Xavier, Zander Rice un perfide habituel à la RE Grant, les autres de la chair à canon innocente ou pas. Ou un petit espoir pour les enfants. Ça pioche dans les comics, mais… Non vraiment, c’est sur les 3 acteurs du haut que ça se tient le plus.
Dommage, on aura pas un grand all cast, surtout comparés à ceux de "The Wolverine" (presque tous parfaits, utiles, charismatiques, racontant des choses par leur caractère).

On a donc ici un road-movie meurtrier, un peu western (L’homme des vallées perdues bien sûr, dommage qu’on y voit pas d’extrait du fameux « Shhhhaaaane »). Et comme la frontière mexicaine est très au centre de l’actu américaine ces derniers temps, il y a une plus-value sociétale bienvenue, toujours dans l’esprit des X-Men.
Un peu "Mad Max" aussi dans ce film – les voitures remplaçant les chevaux – bifurquant même sur "Mad Max 3" à la fin (les enfants perdus).
Bref, en adaptant les comics de manière usitée en mélangeant les chronologies, les continuités, l’imagerie du Old Mal Logan sans que ce soit la même chose… Jackman et James Mangold termine leur travail de sape commencé plus tôt, et en particulier dans "The Wolverine", allant encore moins du super héros vers de l’humain fragile, mortel.
Alors le résultat est assez simple à voir, c’est un mix entre "XMOW" et "TW":
-de l’un, on a des mercenaires à la poursuite des héros, qui condamnent ainsi à mort les gentils qui les aident. Tout ça pour faire des armes génétiques des mutants, on a même vu ça un tas de fois (aussi dans "X2", "XMApo", "Deadpool"). Et le méchant « machin » X-24 à la fin.
-de l’autre, on a ce Logan désabusé, ne voulant rien à voir avec personne, près de mourir… Et en costume noir. Le coté Johnny Cash chevillé au corps de Mangold depuis son "Walk the Line". Le tout mis en scène de manière plus efficace que renversante, comme d’habitude avec ce réal pas impressionnant, mais essayant toujours d’être le plus sincère possible via ses acteurs plutôt que ses propres aptitudes techniques, juste à la hauteur de la violence et l’action attendue. De sorte que le coeur ressorte le plus, en priorité, plutôt que les gros moments d’éclats.
Très peu de moments très « Hollywoodiens » dans ce film (le coup de la balle d’adamantium qui servira au « machin » X-24 est hyper prévisible), ni même commerciaux. Au point qu’à chaque fois que l’on s’y met aux grosses explications narratives, ça finit par être expurgé aussi vite, étouffé dans l’oeuf (pan! Rice). Car ce n’est pas le sujet, le but reste de revenir toujours à des personnages plus humains et à leur souffrance. Pas de gros caméos, d’univers étendu (17 ans!), de scène post-gén etc… Très très auto-contenu, au point de ne se rattacher à aucunes continuités: ni les anciens films, car il possède toujours sa plaque militaire (balancée à Stryker dans "X2"). Ni les « prequels », car ça serait aussi défaire le travail de Singer à la toute fin de "DofP". Peut-être celle de "Deadpool"…

À noter aussi des très belles affiches, une fois n’est pas coutume. Les thèmes musicaux de Marco Beltrami dans "The Wolverine" sont encore là.
Vraiment pas du tout public, très adulte assumé, très crépusculaire, sans non plus faire l’impasse sur des moments de légèreté décalée, à la mesure de l’ambiance bien sûr. Mais un film qui garde un pessimisme profond, jusqu’aux enfants tuant pour survivre… Et rattrapé in-extremis par l’espoir de la seule Laura, et sa scène – à pleurer- de la tombe et sa croix. À égalité avec la mort elle-même de Logan, et sa dernière réplique (un peu la même qu’à la fin du run de Grant Morrison sur ses "New X-Men"): « C’est donc ça que ça fait ? » La mort, ou l’amour d’un proche ? Les deux, ça le fait aussi.

Beau même si un peu sec. La 1ère bande-annonce à elle seule pouvant même suffire comme modèle à voir, à l’émotion directe et écrasante.
Et ça sera peut-être un modèle à suivre dans le futur pour certaines autres productions ciné, qui auront bientôt une lourde continuité derrière elles. Pas comme" Dawn of Justice" donc. Mais un "Iron Man 4" dans ce genre là, ou une "Mort de Captain Marvel" surement.

Et pour les X-Men alors ? S’ils restent viables sans Logan dedans, une suite avec Laura ? À quand un fils naturel pour Logan (se limiter aux clones, c’est peu crédible) ? Le retour de Victor Creed ? Un reboot, mais dans le MCU en usant de la « Zone Grise » Marvelienne ?
Et d’autres histoires encore plus personnelles, sans monde à sauver ? Que Logan (et même la série tv "Légion", démocratisant elle aussi ces franchises) marche d’abord, souhaitons le très très fort.

C’était une belle vie, et une belle mort…

Flash
31/03/2018 à 10:27

Pareil que Corleone, le meilleur film de 2017, le "Impitoyable" du film de super héros.
Pour ma part je ne l'ai pas trouvé trop long ce film.

corleone
30/03/2018 à 23:01

L'un des meilleurs films de ces dernières années et mon meilleur de 2017 j'en ai encore des frissons. Quelle claque ce film!

Namphar
01/06/2017 à 15:34

Ça découpe, ça charcute, mais (désolé pour le spoil) Logan vs logan vs logan fille... on est à la limite de l'overdose. Si le rythme, la mise en scène et les scènes d'action sont conformes au cahier des charges (on est dans un marvel) et donc efficace, le film est particulièrement linéaire, ou circulaire, j'hésite, vu qu'on tourne en rond tout le long du film.
Le film veut essayer de palier aux gros défaut de tout marvel : donner de la consistance aux personnages, aux dialogues et au scénario. Le souci est que ça ne fonctionne pas, le personnage de logan n'a pas évolué et tourne en rond (j'aide ou je fuis...), l'histoire tourne en rond (séance d'introspection / baston / séance d'introspection / baston). Résultat un certain nombre de longueur, une histoire quelques peu incohérente, des scènes de baston déjà vu, avec juste un peu plus de sang, et un final archi convenu.
Il y a eu mieux dans la franchise.

ellebasi
10/03/2017 à 20:28

j'ai vu la bande annonce plusieurs fois. je ne regarderai pas le film.
déjà les nouveaux x men sont pour moi juste une histoire de fric et de j'en rajoute encore.
dans Logan, la bande annonce, j'ai été choquée (et il m'en faut) de la violence, principalement concernant la fillette.
après, c'est un film qui va cartonner car beaucoup de bastons et de sang.
bon film pour ceux qui aimeront.

Diez
01/03/2017 à 13:29

A ceux qui se posent la question pas de scene post generique

raff8
23/02/2017 à 12:03

merci pour la réponse!
vu comme ça, ça donne pas trop envie de lui "baver sur les rouleaux" à Hugh....
Si le film est bon peu importe s'il est dans la continuité ou pas après tout .
Vivement le 1er mars

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