Bone Tomahawk : Grand Prix Gérardmer nous ouvre l'appétit avec un western cannibale

Simon Riaux | 1 février 2016
Simon Riaux | 1 février 2016

Malheureusement, vous ne découvrirez pas Bone Tomahawk en salles. Pour autant, vous auriez tort de sous-estimer cette très belle surprise, découverte au Festival de Gérardmer.

 

Le western étant un genre aussi vieux que le cinéma, quand débarque une série B au budget modeste, désireuse de mélanger les genres et les tonalités, on est toujours un peu circonspect. Entre maladresses, héritage immense et risque de désuétude, les chausses-trappes sont nombreux et rares sont les films qui parviennent à en réchapper. Mais S. Craig Zhaler les esquive tous, pour nous livrer une étonnante série B, fataliste et gore.

La seule image de paix que pourra trouver le spectateur dans Bone Tomahawk est celle qui ouvre le métrage. Un homme assoupi, est en train de rêver. Un instant suspendu interrompu quelques secondes plus tard quand la lame mal aiguisée d'un de ses semblables vient lui trancher la gorge. C'est ainsi que débute le film, posant dès son entrée en matière un principe qu'il renouvellera tout du long : des situations simples, des problématiques à priori évidentes, toujours pulvérisées ou complexifiées par des accès de barbarie toujours plus extrêmes.

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Ce récit qui met en scène quatre hommes (tous parfaitement interprétés) lancés à la poursuite de mystérieux indiens cannibales prend indiscutablement son temps. Laisse à ses protagonistes, englués dans leurs conceptions opposées du monde, l'espace nécessaire pour exister et s'apprivoiser. Pur western durant sa première heure, Bone Tomahawk séduit d'abord par la rigueur avec laquelle il aborde son art et le genre auquel il appartient.

Caractérisation des personnages, mise en valeur du décor, photographie, tout est traité avec une intelligence et un panache discret (lequel tient à la manière dont Zhaler use de l'humour, tantôt pour désamorcer ou rehausser la tension) qui plongent instantanément au coeur de cette histoire impitoyable. Et au delà de la maîtrise évidente du cinéaste, c'est aussi le plaisir évident qu'il prend à déployer un impérial Kurt Russell, qui bouffe littéralement l'image, tout en lui offrant un complice inattendu et particulièrement touchant en la personne de Richard Jenkins. De même, on se réjouit de voir un métrage aussi référentiel laisser un véritable espace de jeu aux très bons Matthew Fox et Patrick Wilson.

Puis vient la bascule dans l'horreur pure, celle qui propulse le film dans un mélange habile de Vorace et Le Treizième Guerrier. Lorgnant avec le fantastique mais n'oubliant jamais ses origines de pelloche d'exploitation, le film se fait alors lancinant, douloureux et implacable. S'il ne réinvente rien et ne cherche jamais à faire dans l'originalité, le soin méticuleux qu'il apporte à sa narration, à l'accompagnement de chacun de ses anti-héros jusqu'au bout de cette funeste épopée, lui confère une classe remarquable.

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Résumé

Avec Bone Tomahawk, le Festival de Gérardmer réussit un tour de passe-passe plutôt inattendu et très bien vu, surprenant et offrant au public un film radical et différent, qui détonne clairement dans l'univers souvent très balisé du cinéma de genre.

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Lecteurs

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commentaires
8ox
09/03/2016 à 23:37

Je viens de la mater.
Et bien @DupontLajoie je trouve qu'il mérite amplement le téléchargement illégale ; ça m'aurait fais chier de dépenser de l'argent pour ça.

DupontLajoie
01/02/2016 à 13:17

@Stivostine

C'est bien, t'es un gars doué toi.
Un film de genre radical économiquement fragile remporte un prix, va bénéficier d'une sortie en France, et tu rappelles gentiment qu'on peut le voler peinard.

Bravo tas de fumier.

Boddicker
01/02/2016 à 13:16

Très sympa et attachant mais plutôt faiblard et pas mémorable quand même, dommage pour un sujet aussi génial; c'est à mon avis bien en dessous de Vorace mais biiieeeennn meilleur que la purge cannibalistique de Roth.
En gros, imaginez vous que ce sera un western fadasse et vous serez certainement surpris.
Cheers.

Blason
29/01/2016 à 12:19

Cela me fait penser au film les créatures de l'ouest ou the burrower en anglais, ou un groupe de fermiers accompagnés de militaires partaient à la recherche d'une famille kidnappé. Ils pensent que ce sont les indiens qui les ont kidnappés mais ils vont vite se rendre que ce n'est pas le cas et qu'ils ont affaire à bien pire.

stivostine
28/01/2016 à 23:59

dispo en vostfr sur le net les cocos

diez
28/01/2016 à 19:36

Ca a l'air d'etre autre chose que Jane got a gun, vivement.

Flash
28/01/2016 à 19:07

La critique fait envie et plus j'adore Kurt Russel

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