The Voices : la critique qui a du chien (et du chat aussi)

Simon Riaux | 9 mars 2015
Simon Riaux | 9 mars 2015

Vous pensiez que White God était le film animalier de l'année ? Attendez de découvrir The Voices et ses compagnons poilus psychotiques. Ou comment Marjane Satrapi s'est emparée d'un script hollywoodien légendaire pour en tirer son meilleur film, une rêverie putride et pop à hurler de rire.

"À bouffer, tête de cul et plus vite que ça ! Magne-toi ou je te chie dans la main."

C'est en ces termes que Monsieur Moustache accueille son maître dans The Voices, où un chat vicieux, un chien affable et quelques autres vertébrés inattendus se retrouvent dotés de la parole. En effet, leur maître n'est autre qu'un sociopathe en puissance, qui maintient dans son existence un semblant de cohérence en laissant ses pulsions s'exprimer par le biais de ses compagnons à poils lisses.

 

 

De ce point de départ original, demeuré longtemps dans la célèbre Black List hollywoodienne (ces scénarios adulés mais qu'aucun studio n'ose mettre en chantier), on craignait énormément que Marjane Satrapi, qui nous avait offert jusqu'à présent un cinéma confectionné avec amour mais terriblement superficiel, ne tire un gros gag cynique et goguenard. Contre toute attente il n'en est rien, puisque la réalisatrice signe ici son meilleur film.

 

 

De son point de départ intrigant, l'artiste créé par explosions de couleur un objet pop hallucinant, où s'entrechoquent des répliques absolument inoubliable (les leçons de morale canines et les menaces fécale féline demeureront longtemps aggripées à votre mémoire), une direction artistique fascinante de précision et vertigineuse de sens, où le moindre objet transforme le sens de l'image. Au milieu de ce capharnaüm qui évoque souvent un souvenir distordu des frasques de Jerry Lewis, un casting impeccable accomplit un joli tour de force.

À sa tête, Ryan Reynolds, littéralement transfiguré. Avec le mélange de culot et de fantaisie d'un Johnny Depp de la grande époque, il déploie une palette de jeu parfaitement hallucinogène, allant jusqu'à doubler tous les animaux bavards du film avec une joie mauvaise. Ses partenaires, Gemma Arterton en tête, s'amusent d'une mélodie qui appelle ici à l'outrance et à la générosité, mais n'interdit jamais aux artistes de nuancer leur propos. Tous participent du tempo coming irrésistible de ce raz-de-marée multicolore.

 

 

Tout au plus regrettera-t-on que la charge menée contre la psychanalyse ne soit pas plus assumée, ou que les rares séquences horrifiques ne bénéficient pas d'une ampleur plus marqué, qui aurait offert à The Voices des ruptures de ton plus profondes et originales encore. Mais ce serait pinailler, comme ce gros bâtard de Monsieur Moustache. Et nous ne sommes pas de gros bâtards.

Résumé

Pop, drôle, cohérent, audacieux et à la limite de l'absurde, The Voices est une belle et étonnante surprise. Gloire à Mr Moustache.

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commentaires
diez
12/03/2015 à 00:33

La déception du moment. Le film se veut être une comédie noir incisive et réflective, mais ne dépasse jamais sont idée de départ. La folie ne prend jamais forme à l'écran, c'est très terre à terre. Les quelques idées amusantes ne se déploient pas, la récit et sa narration déçoivent pour le coup.

The voices aurait dû être complètement décomplexé et décalé à l'image de son improbable et génial générique de fin. Marjane Satrapi passe à côté d'une oeuvre incontestablement prometteuse.

Cinephage
10/03/2015 à 07:54

"Marjane Satrapi, qui nous avait offert jusqu'à présent un cinéma confectionné avec amour mais terriblement superficiel"... Vous avez bu ou quoi les mecs ? Persepolis, superficiel ? et La liste de Schindler c'est une romcom peut être !

Bolderiz
09/03/2015 à 14:58

Franchement... cette réal ce n'est pas ma tasse de thé, mais la BA de ce film m'a tordu de rire! Le greffier (Mr moustache remember Frankenweenie!) à l'air impayable!!! Bref j'ai très envie de voir ce film!

Jacques-Henry Poucave - Rédaction
01/02/2015 à 00:00

Apparemment ils ont corrigé, mais effectivement, White Dog c'est le Samuel Fuller !

Enfin je vais pas les incriminer pour ma part, j'ai souvent fait la même coquille l'année dernière.

Quant au film lui-même, il est intriguant. Pas du tout entendu parlé, mais ce que Reynolds tente de faire de sa carrière depuis quelques films attire l'oeil.

MystereK
31/01/2015 à 20:17

Pas White Dog, mais White God !

Pesto
31/01/2015 à 12:57

The Voices datent de l'année dernière...on parle donc bien de 2014...

sylvinception
31/01/2015 à 11:24

"...White Dog était le film animalier de l'année ?"

Visiblement m'sieur Riaux est resté bloqué en 2014...

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