Passé cette déception, Hippocrate doit alors se voir comme une énième petite comédie humaine, certes agréable à suivre, qui n’est sauvée des griffes de l’immédiat anonymat que par la grâce de ses acteurs et le ton assez juste de certaines mises en situation. S’il ne s’agit pas ici d’une autobiographie retraçant les premières années de l’élève Litli en tant qu’interne dans un hôpital, disons tout de même qu’il s’en inspire fortement pour donner corps à son personnage central interprété par un Vincent Lacoste à baffer (parfait donc). En face, des infirmières, un père protecteur, accessoirement chef du service qu’il vient d’intégrer et un médecin étranger bien plus expérimenté joué par le toujours excellent Reda Kateb. Le deuxième long de cinéma de Thomas Litli raconte dès lors un apprentissage plus que rude et le passage à l’âge adulte d’un p’tit gars qui se voyait déjà en grand médecin.
L’arc narratif est donc connu et son traitement formel sans aspérité le confine à le confondre à une production TV sans gloire. Mais de temps à autre une séquence sort le spectateur de sa torpeur et implose ses préjugés. Là, quelques plans à la cafétéria de l’hôpital où il est question de rites et de bizutage, ici une prise de parole syndicale avec son lot d’incompréhensions avec la direction, ou encore une dernière partie plus dure et plus « dramatique » où la prise de conscience du futur médecin s’invite enfin frontalement. Ce n’est pas assez pour faire d’Hippocrate un film remarquable et encore moins de l’assigner en clôture de la dernière semaine de la critique cannoise, mais largement c’est suffisant pour lui donner sa chance en salles.
Un peu à la bourre ce film, reposant plus sur un passage à l’âge adulte chez un mollasson, en découvrant la cruauté de la vie. Naïvement, en étant progressivement touché par l’implication humaniste d’un camarade, contenant l’humiliation d’être redescendu au bas de l’échelle (sociale).
Le reste est très condensé, se concentrant sur seulement deux patients récurrents, et ne gardant qu’à la toute fin l’explosion, la rupture.
Un peu trop tard, tout le reste du film étant un peu trop tendre pour être soit une critique de l’immobilisme, soit un cri de révolte pouvant mener au pire.
Juste une première pierre à la filmographie médicale de Thomas Lilti.