Le Rôle de ma vie : Critique

Nicolas Thys | 16 août 2014
Nicolas Thys | 16 août 2014

Zach Braff est depuis longtemps une sorte de clown triste. En tant acteur-réalisateur, il est drôle parce qu'il semble ailleurs, jamais vraiment dépassé ou en retard mais dans un monde distant, avec des réactions étonnantes face aux éléments qui se présentent à lui. Mais ces événements sont rarement joyeux et souvent liés à la mort, au désespoir, à une perte, au tragique de la vie. Parfois, prenant à contrepoint cette idée d'un drame permanent, certaines comédies accumulent un nombre incalculable d'éléments malheureux au point d'en devenir grotesques et de faire rire. 

C'est en cela que Le Rôle de ma vie diffère de nombreux autres films. Reprenant un peu ce qui avait fait les ficelles de son premier long métrage, Garden state, Zach Braff campe ici un personnage dont la condition semble crédible : marié, deux enfants, fauchés, acteur à la dérive, un père malade. L'ensemble est assez classique mais la grande idée du film de ne pas oublier le tragique de l'existence pour le tourner en dérision et de ne pas se focaliser sur les éléments tristes pour faire un banal drame familial. Et la frontière entre ces deux états, c'est le rêve qui la fournit.

 

 

Le cinéaste et acteur est dans le film le rêveur par excellence, perdu dans un imaginaire de science fiction qui ne l'a jamais quitté depuis son plus jeune âge et la première séquence montre à quel point ses rêveries sont premières par rapport au reste. En tant que rêveur, son regard sur le monde et sur ce qui s'y déroule est différent : c'est un observateur perdu dans un espace et un temps qu'il voit simplement, en retrait par rapport à la réalité mais si éloigné qu'il en perçoit des aspects autres que les individus qui y sont totalement submergés. Cet état lui permet de faire surgir de situations tragiques l'humour qu'elles peuvent avoir en germe, quitte à heurter. Le film est à l'image de la réalité : nuancé. Et le pessimisme facile ou l'optimisme déplacé deviennent des moments malléables, où tout s'entrecroise. Même perdu et triste, le monde tourne et, avec lui, toute sa fantaisie, son incompréhension et ses richesses. En ce sens, le héros est à la fois semblable et différent de tout un chacun mais il permet surtout de nous montrer, quand il revient sur Terre, d'autres facettes de la réalité car aucune situation hors des rêveries n'est irréaliste.

 

 

Et pour une fois, l'idée de jouer et de mettre en scène n'est pas fortuite. C'est même ingénieux puisque de l'observateur du monde, c'est-à-dire le réalisateur derrière sa caméra qui choisit quoi montrer, devient le pendant du rêveur, l'acteur lui-même acteur dans le film dans un effet mise en abyme amusante. Zach Braff cinéaste prête son regard au Zach Braff acteur, à celui qui regarde le tragique risible se dérouler sans pouvoir agir. Mais qu'importe son impuissance puisque ce qui s'y déroule ne sera jamais dramatique au possible, ni totalement drôle, juste à la frontière et que c'est cette limite qui, malgré tout ce qu'on pourra lui reprocher de naïveté (et de petits défauts dans la mise en scène ou le montage), donne au film toute son émotion.

 

Résumé

En bref : c'est chouette !

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