Deux jours, une nuit : Critique

Stéphane Argentin | 21 mai 2014
Stéphane Argentin | 21 mai 2014

Depuis leur première sélection en compétition officielle au Festival de Cannes 1999, les frères Darenne en sont systématiquement repartis avec un prix, dont deux Palme d'Or pour Rosetta en 1999 et L'Enfant en 2005. Salué par une salve nourrie d'applaudissements à l'issue de sa présentation sur la croisette, Deux jours, une nuit perpétuera-t-il cette tradition ?

N'y allons pas par quatre chemins : Deux jours, une nuit est sans conteste l'un des films les plus riches, soutenu et réussi des frères Dardenne, à plus forte raison eu égard au contexte socio-économique actuel au sein duquel il s'inscrit puisqu'il y est question de Sandra (Marion Cotillard) qui, en un week-end, doit parvenir à convaincre ses collègues de changer leur vote, initialement en sa défaveur, pour qu'ils renoncent à leur prime et qu'elle puisse garder son travail. Soit en quelque sorte une variation façon 12 hommes en colère qui, tout comme le chef d'œuvre de Sidney Lumet, va nous brosser une radiographie sociale d'une richesse insoupçonnée et des très fortes connivences entre vie privée et vie professionnelle.

 

 

De prime abord, le cheminement narratif pourra assez vite paraître répétitif : Sandra se présente chez un de ses collègues, explique les raisons de sa venue et lui demande de voter pour elle et non pour la prime. Un démarchage au porte-à-porte dont les frères Dardenne s'amuseront d'ailleurs eux-mêmes en posant à un moment la question suivante lorsque Sandra sonne chez l'un de ses collègues : "Vous êtes des témoins de Jéhovah ?". Mais sur le fond, chaque nouvelle rencontre apporte, tels les cailloux du petit pouçet, une nouvelle pierre à l'édifice en pleine construction : CDD, travail au noir, conjoint au chômage, emprunts à rembourser, bonheur du couple, projets familiaux d'avenir, individualisme vs solidarité, salariés vs patronat, etc... Sans compter la déprime qui plane, à différents degrés.

Au moment du vote et en dépit de quelques rapidités scénaristiques (l'épilogue un peu abrupt mais pas pour autant abscon), c'est une gigantesque toile sociale criante de vérité et aux multiples ramifications que viennent de tisser les frères Dardenne.Cette toile jouit d'une direction d'acteurs toujours aussi réaliste et d'une mise en image d'une fluidité élaborée grâce à une caméra en mouvement perpétuel, qui suit au gré de plans séquences aussi simples que virtuoses l'évolution physique et psychologique des personnages.

 

Résumé

 À l'heure des indicateurs en berne (taux de chômage, moral des ménages, etc...), les frères Dardenne livrent l'un de leur plus beaux films, d'une intensité et d'une richesse criante de réalisme sur les connivences entre vie privée et vie professionnelle.    

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commentaires

Vraissemblable ? (attention SPOILER)
25/05/2015 à 14:19

Est-ce qu'actuellement, en France ou en belgique, on a le droit de demander aux salariés d'une entreprise de choisir (en votant) entre une prime ou ne pas licencier un collègue ? Si oui, j'aimerais bien connaitre l'extrait du code du travail ou tout autre texte qui le permet. Est-ce déjà arrivé réellement ?

Il aurait mieux vallu ajouter une touche d'anticipation parce qu'à ce jour, je ne crois pas une seconde à cette histoire.

Attention SPOILER : Et dans tous les cas, crédible ou non, c'est plutôt au ras des paquerettes à mon goût : "bah non, tu comprends, je vais refaire ma terasse, j'en ai besoin des 1000€. Ce n'est pas contre toi, ça m'embête que tu sois licenciée, mais on me demande de choisir. Le top serait que j'ai ma prime et que tu ne sois pas licenciée". Une entreprise en difficulté ne verse pas une prime de 1000€, licenciement ou non. En sachant que dans une entreprise qui fait un bénéfice important, c'est déjà loin d'être systématique. Et pourquoi ce vote pour licencier quelqu'un alors qu'il y a un CDD sur le point de se terminer ?

Je ne comprends pas la qualité des critiques que ce film a reçu.

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