Critique : Une histoire banale

Christophe Foltzer | 14 avril 2014
Christophe Foltzer | 14 avril 2014

Curieux destin que celui d'Une histoire banale. Pour son troisième film, Audrey Estrougo s'est confrontée au système français dans ce qu'il a de plus arbitraire et le film n'a failli pas connaître les honneurs d'une exploitation cinéma. Un combat à l'image du film, gagné dans la douleur.

 

Alors qu'elle préparait son troisième film, Audrey Estrougo s'est retrouvée contrainte de le mettre en pause. Ayant un petit budget et un casting à sa disposition, elle a décidé de tourner un autre film histoire de ne pas rester sur un échec. Un mois et demi plus tard, la production d'Une histoire banale était lancée, et le début des hostilités aussi. N'ayant pas reçu la bénédiction du CNC, le film n'aurait pas dû exister. Mais l'équipe tint bon, notamment grâce à une campagne de financement participatif. Autre obstacle majeur, le refus de tous les distributeurs de prendre le film, sous des prétextes fallacieux. Peut-on y voir là une certaine frilosité par rapport au sujet du long-métrage ? Assurément.

Parce qu'il faut bien comprendre qu'Une histoire banale n'y va pas par 4 chemins pour traiter son sujet. En racontant le calvaire de Nathalie, violée par un collègue, sa descente aux enfers et son éprouvante remontée, Audrey Estrougo décide de coller au plus près de son personnage, de nous faire ressentir presque physiquement le drame qui se produit. Nous adoptons le point de vue de Nathalie du début à la fin, nous souffrons avec elle, nous sortons de la projection avec un sale goût dans la bouche.

Aidée en cela par une approche de mise en scène réaliste, âpre et crue, la réalisatrice ne nous épargne rien. Le regard des autres, forcément différent, le dégoût de soi, de son corps, la culpabilisation, l'auto-destruction, tout y passe. Il faut dire qu'elle est aidée dans son pamphlet par l'extraordinaire Marie Denarnaud, incroyable dans son interprétation, s'y abandonnant totalement, faisant montre d'une pudeur extraordinaire en même temps que son corps est filmé sous toutes les coutures. C'est dur et c'est beau.

Pourtant, le film ne fonctionne pas totalement. La faute notamment à quelques errances dans son script, mais surtout à un parti-pris dramaturgique qui risque de jouer contre lui. En présentant tous les hommes du film comme des lâches, impuissants ou faibles, Audrey Estrougo ne rend pas justice à la situation qu'elle dénonce. Aucune porte de sortie du côté masculin, Nathalie se retrouve seule face à sa blessure. C'est un peu dommage, mais dans la démarche d'un film coup de poing, on peut le comprendre. Sans pour autant être d'accord avec le procédé.

 

EN BREF : Une histoire banale est à voir, ne serait-ce que pour soutenir un cinéma indépendant, bien vivant et engagé. Un acte de résistance en somme, doublé d'un bon film. Ce qui ne gâche rien.   

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