Critique : Black Coal

Par Simon Riaux
6 avril 2014
MAJ : 6 octobre 2018
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Le dernier Festival de Berlin a attribué son ours d'or à Black Coal, ce qui avouons-le, nous faisait redouter une énième œuvre sociale formellement limitée, hésitante à traiter frontalement le genre auquel elle appartient. Projeté au Festival de Beaune où il a très légitimement remporté le Prix de la Critique, le métrage s'avère un pur film noir conjugué au présent chinois, d'une grâce et d'une force peu commune.

Si sur le papier ce récit de la lente dérive d'un ex-policier irrésistiblement attiré par une femme fatale est d'un classicisme imparable, le traitement que Diao Yinan lui applique est loin de tout académisme. Dès son ouverture hypnotique, qui mêle la découverte d'un corps à l'étreinte violente d'un couple au bord de la séparation, le metteur en scène distille un malaise qui culmine lors d'un plan séquence ahurissant. Une intervention de police de routine tourne brutalement au cauchemar, le temps d'un interminable plan fixe. Dans cette scène puissante se trouvent les enjeux de ce film détonnant : sonder l'âme humaine et ses tourments, révéler au grand jour nos failles, l'absurdité d'existences qu'aucun principe ne gouverne sinon une funeste tentation du pire.

Le reste est à l'avenant. Alors que le récit effectue un saut dans le temps virtuose, le mystère s'épaissit et les personnages nous plongent dans un univers de trouble et d'ambiguité. Une atmosphère tour à tour lumineuse et suffocante, portée par une réalisation d'une noirceur cristalline. La photographie de Dong Jinsong est pour beaucoup dans l'implacable beauté de Black Coal, jouant des néons, des enseignes comme d'une lumière naturelle finement travaillée, l'image nous immerge dans un univers incertain, dont les chapes d'ombre nous renvoient aux recoins ténébreux de notre âme.

Mais le réalisateur ne se contente pas de bâtir une fable au désespoir élégant et compose un authentique film noir, qui brasse puis détourne les éléments les plus emblématiques de ce genre souvent cité mais rarement incarné. Femme vénéneuse, flic enrupture de ban et assassin impavide sont autant d'ingrédients utilisés avec l'efficacité et la parcimonie propres aux grands films. On pourra ressortir déboussolé ou frustré par la narration souvent rugueuse, voire rejeter en bloc cette histoire qui nous force à sonder notre propre part d'ombre. Mais ne pas embarquer aux côtés de Diao Yinan pour cette somptueuse descente aux enfers serait une terrible erreur, tant le film s'avère une célébration torturée du Septième Art.

 

EN BREF : Aussi élégante que désespérée, cette enquête sur la condition humaine fascine et impressione. 

 

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