The Raid 2 : Berandal - critique sang pour sang

Simon Riaux | 4 avril 2014 - MAJ : 10/07/2018 19:43
Simon Riaux | 4 avril 2014 - MAJ : 10/07/2018 19:43

Il y a quelques mois à peine, The Raid avait laissé la petite communauté des fans d'action et d'arts martiaux à genoux, les rotules fracassées et la langue pendante. En dépit d'un scénario prétexte et de comédiens souvent approximatifs Gareth Evans renouvelait un genre codé à l'extrême en le poussant dans ce qui semblait alors ses derniers retranchements. The Raid 2 : Berandal nous arrive donc avec la difficile mission de se révéler à la hauteur de sa faramineuse réputation, mais surtout de surpasser son aîné.

The Raid était au film d'action ce que le gonzo est au porno: une absence de préliminaire pour un dézingage maximal du sujet. Peu ou pas d'histoire, personnages réduits au statut de vagues silhouettes vociférantes, le premier film ne s'attardait que sur les membres fracassés, tordus ou triomphants. Avec son intrigue digne du Parrain pour les nuls ou de La Cosa Nostra expliquée à ma fille trépanée, The Raid 2 : Berandal pourrait prêter à sourire, si l'analogie pornographique ne prenait pas ici tout son sens. En effet, comme dans toute œuvre pénétrante, les séquences de dialogues ou d'expositions s'avèrent terriblement bavardes et fastidieuses, portées par des acteurs aussi impliqués que limités. Il s'en dégage un charme désuet, une naïveté qui contraste formidablement avec l'ultra-violence des combats. En témoigne le bad guy ridicule, empêtré dans des références énormes au cinéma italien, dont la gaucherie nous touche et annonce judicieusement le destin explosif.

 

 

 

Et si cette partie faiblarde du récit s'avère charmante, c'est également grâce à ce qui fait toujours le sel d'un bon porno : des corps s'entrechoquant à pleine vitesse. Rarement aura-t-on eu la chance d'assister à semblable apocalypse martial. Les plans-séquences s'enchaînent avec autant de virtuosité que de franche mégalomanie, les comédiens multiplient les cascades sidérantes à un rythme tout simplement inédit. Les os se tordent et se brisent, suivis par une caméra gourmande et hyperactive. D'une baston homérique au milieu d'une prison en passant par un massacre à coups de marteaux ou un cours de cuisine à la faucille, The Raid 2 : Berandal va toujours plus loin, plus fort et ne recule devant rien.

 

 

Ce qui emmène finalement ce spectacle ahurissant au-dessus du tout venant de la pornographie d'action, c'est son attachement aux personnages. S'ils sont des corps et autant d'appendices tuméfiés, ils sont traités avec une candeur touchante. C'est le cas du malheureux Kozo, dont le rôle insignifiant eut été à peine mentionné dans un scénario standard, mais qui bénéficie ici d'un quart d'heure de parenthèse déchaînée, uniquement consacrée à son destin tragique. Sa course viscérale s'achève alors dans un échange de fluides gorissime, introduisant un nouveau terrifiant personnage. Un mélange de brutalité et de délicatesse qui témoigne de l'audace et de la fragilité de cette œuvre au fort pouvoir de sidération.

 

Résumé

The Raid 2 : Berandal est peut-être bien le film d'action parfait autant que le porno ultime.

Lecteurs

(5.0)

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