Critique : Mea culpa

Sandy Gillet | 5 février 2014
Sandy Gillet | 5 février 2014

Mea Culpa surfe sur la frustration actuelle du cinéma français incapable de produire autre chose que des comédies formatées par la télé ou des films d'auteur financés par le CNC. Ce n'est pas lui faire un mauvais procès de dire qu'il sort au bon moment. Car ces deux dernières années, entre Le guetteur, Mains armées, Les lyonnais, De force ou encore Sans issue, le thriller musclé à la française a été rhabillé pour les dix prochains hivers. Et quand arrive un Switch, un À bout portant (déjà de Cavayé) et aujourd'hui un Mea Culpa, on ne peut avoir pour eux que les yeux de Chimène.

Cut. Zoom arrière jusqu'à embrasser toute l'histoire du polar français qui, s'il n'a pas à rougir d'accueillir en son sein Mea Culpa, peut toutefois lui reprocher de faire du surplace au sein d'un genre dont les codes sont de plus en plus archaïques. À commencer par un scénario qui ne rappelle que trop l'arc narratif d'À bout portant et qui joue sur un principe primaire dont l'unique questionnement est « jusqu'où ». Jusqu'où un homme ordinaire pris dans une situation extraordinaire peut aller pour sauver sa compagne prise en otage ? Jusqu'où dans Pour elle, un homme est-il prêt à aller pour libérer sa femme de prison ? Jusqu'où un homme est-il prêt à aller pour protéger et/ou sauver son fils dans Mea Culpa ? Et la réponse systématique de Cavayé est... jusqu'au bout. Soit un ping-pong scénaristique binaire et répétitif, mais qui lui permet de libérer sa caméra et son découpage lors des scènes d'action que le cinéaste peaufine décidément de film en film. Doué visuellement et doté d'un sens du rythme indéniable, Cavayé sait de surcroît tirer le meilleur de ses scripts, même quand ceux-ci sont un poil aberrant ou qu'ils ne tiennent pas la route sur la longueur.

On n'ose imaginer la claque que l'on recevrait si l'homme pouvait aussi se muer le temps d'un film en storyteller digne de son talent de metteur en scène. Dans Mea Culpa, une fois les enjeux exposés d'une manière bien trop longuette, le film étale alors son faux rythme entre scènes dialoguées filmées platement et séquences d'action magnifiquement enlevées. Il y a quelque chose de schizophrène dans cette construction, où il n'est pas interdit de voir une nécessaire respiration. Résultat, le film est un peu malade de ses contradictions, mais reste une proposition de cinéma populaire que l'on aurait tort de bouder. En attendant celui qui se décidera enfin à faire bouger les lignes.

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