Sous surveillance : Critique

Sandy Gillet | 6 mai 2013
Sandy Gillet | 6 mai 2013

A contrario de sa carrière d'acteur, le cinéma de Robert Redford n'apparaît pas comme une évidence. Sa filmographie, une sorte de balade dans l'Amérique profonde ou non avec en point de mire la volonté de dénoncer certaines injustices, inégalités et autres complots étatiques, a toujours usé de la forme la plus classique possible qu'offre ce médium. C'est que Redford vient de cette décennie (les années 70) où l'histoire et les acteurs primaient souvent sur le reste. Sous surveillance en deviendrait limite une incongruité à l'heure où beaucoup de ses contemporains usent et abusent d'effets de manche en CGI pour faire passer au chausse-pied des récits à peine esquissés. De ce classicisme revendiqué, le cinéaste en a toutefois fait une marque de fabrique qui lui permet de continuer à aborder ses thèmes de prédilection. Une forme de fidélité qui s'il ne force pas le respect permet de casser la routine de la production actuelle Outre-Atlantique.

 

 

On l'aura donc compris, Sous surveillance rappelle en mode mineur ce cinéma politique et quelque peu engagé qui faisait florès au moment du « Nouvel Hollywood ». L'aspect humaniste en plus. En effet, si la caméra de Redford ne cherche pas l'esbroufe, il va toutefois abonder dans le cadre à hauteur d'homme. De celui qui permet au jeu des acteurs de s'exprimer pleinement. À ce titre on n'a jamais vu Shia Labeouf aussi inspiré et sobre. Son personnage de journaliste qui se prend progressivement au jeu d'une enquête pour un journal d'un autre siècle est l'aspect le plus réussi du film. Il fait appel à certains fantômes du passé comme l'éthique journalistique qui n'ont pratiquement plus cours dans la société américaine d'aujourd'hui. Pour autant Sous surveillance n'est pas un film passéiste ou gérontocrate (on a Red et bientôt Red 2 pour cela). Il exprime juste l'idée d'une Amérique qui s'est perdue en route à commencer par son cinéma.

 

 

Redford ne joue pas non plus sur la corde nostalgique. Lui aussi a évolué mine de rien. Il s'agit en effet moins ici de vanter les mérites d'une génération beaucoup plus activiste et lucide par rapport à celles d'aujourd'hui que d'essayer de trouver définitivement sa place. Il s'agit moins d'imposer un cinéma « d'un autre temps » que d'affirmer sa musicalité transgénérationnelle. Il s'agit moins d'un cinéma de contestation ou de révolte que la volonté d'y trouver l'apaisement tout en restant critique. D'aucuns diront de renoncement. Certainement, mais Redford n'a jamais été un révolutionnaire. Un homme et cinéaste solidaire d'un certain militantisme de gauche à l'américaine certes mais jamais au-delà. C'est pour cela que son cinéma reste anecdotique. Mais par les temps qui courent c'est déjà cela. Comme qui dirait l'autre : « On a le cinéma que l'on mérite ».

 

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