Télé Gaucho : Critique

Damien Leblanc | 11 décembre 2012
Damien Leblanc | 11 décembre 2012

Deux ans après Le Nom des gens, Michel Leclerc signe avec Télé Gaucho une comédie qui traite à nouveau du militantisme politique et de la notion de vivre-ensemble. 

S'inspirant de son expérience à Télé Bocal (chaîne associative où il fit ses armes entre 1995 et 2000), le cinéaste déroule sous les pieds de Victor (Félix Moati), provincial monté à Paris, un chemin initiatique de choix : au moment où le jeune homme débute un stage pour une émission de TV aussi commerciale que bas-de-plafond, il rencontre une bande de doux anarchistes en révolte contre les grands groupes audiovisuels. Au sein de la mini-chaîne Télé Gaucho, Jean-Lou (Eric Elmosnino), Yasmina (Maïwenn) et les autres vont ainsi faire découvrir à Victor la possibilité d'un traitement participatif et anti-conformiste de l'information.

 

 

En situant son récit à la fin des années 1990, à une époque où l'éclosion des caméscopes à bas prix commençait à bouleverser la hiérarchie journalistique, Michel Leclerc s'inscrit à sa façon dans une histoire française de la piraterie, l'apparition des télés citoyennes étant ici vue comme un chaînon entre les radios libres des années 1970-80 et les actuels pirates du web. Mais, désireux de s'adonner avant tout à un exercice de nostalgie personnelle (le cinéaste décrit cette période comme sa « parenthèse enchantée »), Télé Gaucho en oublie de développer des enjeux dramatiques forts. Prétexte à un enchaînement de gags plus ou moins réussis, la peinture de cette télé libre reste trop superficielle et ne se rattache que laborieusement au contexte politique de l'époque (lutte en faveur des sans-papiers sous le gouvernement Juppé ou débat au sujet du Pacs sous le gouvernement Jospin). L'aspect « film de groupe » manque lui aussi de cohésion, la faute à des rapports entre protagonistes souvent sacrifiés sur l'autel du bon mot. Là où Le Nom des gens trouvait sa dynamique collective et son impulsion narrative autour de la question des origines, Télé Gaucho porte sur sa bande de pieds nickelés un regard inconstant et mal identifié, entre la moquerie cossarde et l'attendrissement surjoué.

 

 

L'absence d'épaisseur rythmique de Télé Gaucho n'empêche pas quelques inspirations de faire mouche : en confiant à Emmanuelle Béart (actrice engagée dans les années 1990 auprès des sans-papiers) le rôle de la présentatrice - sorte d'Evelyne Thomas blonde - honnie par la troupe de Télé Gaucho, Michel Leclerc illustre avec malice les contradictions - entre utopie et ambition individuelle - qui habitent le personnage de Victor. Cette dimension d'apprentissage se dissout pourtant dans le mouvement éclaté d'un film qui en vient même à sous-traiter la relation sentimentale entre son héros et l'impulsive Clara (Sara Forestier). A la fin du récit, la corde nostalgique dont use Michel Leclerc semble démesurée au regard de la faible implication affective ressentie auparavant. Et seule la candeur éclairée de Félix Moati permet alors à Télé Gaucho de conserver un semblant de vitalité.

 

 

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