Cheval de guerre : critique qui galope

Simon Riaux | 7 novembre 2019
Simon Riaux | 7 novembre 2019

Cheval de guerre repasse ce soir sur France 3 à 21h05

Lorsque ses premières images ont été dévoilées, Cheval de guerre de Steven Spielberg a suscité autant d'espoirs que de craintes. S'il renoue avec l'un des thèmes centraux de la filmographie de l'auteur, la guerre et ses conséquences, il convoque également les valeurs familiales qui lui ont souvent valu d'être taxé de mièvre ou de naïveté. Or, c'est justement cette apparente opposition qui fait la richesse de ce Cheval de guerre, sa puissance, et qui lui permettent de se hisser au niveau des fresques Fordiennes dans lesquelles il place ses sabots.

JOLI JUMPER

On est d'abord frappé par la puissance émotionnelle que dégage le récit, grâce à l'agencement chirurgical de motifs à priori opposés. La candeur sincère du premier propriétaire de Joey, le jeune Albert, fait écho à l'admiration toute aristocratique qu'éprouve pour la bête l'officier qui le lui ravira. Cette dernière se verra balayée par les troupes allemandes, et leur absence totale d'empathie pour des animaux transformés en outils, qui ne valent même pas d'être achevés d'une balle.

Peut-être pour la première fois chez Steven Spielberg, beauté et cruauté, naïveté et fatalisme s'embrassent et fusionnent en un maelström d'émotions absolument implacable. Une réunion qui permet à sa mise en scène des fulgurances d'une poésie et d'une audace rares, ainsi aura-t-on rarement eu l'occasion de voir à l'écran la mort de deux enfants, montrée avec tant de pudeur, voire de grâce, cristallisée en un plan unique et sublime.

 

photoUn film qui en a dans les naseaux

 

LE CHEVAL, LE CHEVAL, C'EST GENIAL

Une puissance thématique qui investit totalement l'image, notamment grâce à un découpage ample, toujours d'une admirable fluidité, où l'abondance de plans larges offre au récit de multiples respirations. Un dispositif qui nous rappelle sans jamais l'asséner que c'est bien le cheval le principal personnage de cette aventure, et qui permet, sans verser dans l'anthropomorphisme, de lui conférer une véritable épaisseur.

 

La prouesse accomplie pour le diriger (seuls trois plans ont nécessité une doublure numérique) n'en devient que plus évidente, alors que le long-métrage tout entier semble se mettre à son niveau, et renvoie les hommes à ce qu'ils sont, à savoir des êtres violents, pétris de contradictions, que seul l'animal pourra extirper de leur condition.

 

 

photoTom Hiddleston (non pas le cheval)

 

Steven Spielberg n'est pas le seul à donner ici la pleine mesure de son talent. Son chef opérateur Janusz Kaminski accorde encore une fois merveilleusement son art avec le récit, et compose une photographie flamboyante, qu'on jurerait sortie des heures de gloire du technicolor. On reste plus d'une fois bouche bée, comme si sous nos yeux des plans d'un lyrisme digne de Charles Laughton trouvaient ici une puissance évocatrice nouvelle, sublimés par des jeux de matières et de couleurs proprement stupéfiants. Il en va de même pour la partition de John Williams, splendide, qui soutient l'image sans jamais l'écraser de sa force tellurique.

 

photo

Résumé

Cheval de Guerre réussit l'exploit de traiter avec une maturité et une sincérité absolues de l'amour, de la mort, de la peur et de la joie, tout en demeurant un spectacle familial et initiatique grandiose. On aurait tort de passer à côté d'une œuvre aussi riche et maîtrisée, candide mais jamais mièvre, dure mais jamais complaisante, belle mais jamais sirupeuse.

commentaires

Fanfoune
11/11/2019 à 14:39

J' ai adoré,très beau film

Andarioch1
08/11/2019 à 22:39

Le Spielberg qui m'a fait ch...
Je reconnais du génie par endroits (les barbelés) mais le gag de l'oie m'a complètement sorti du film.
Mais quand je vois les commentaires j'en viens à me demander si je ne les avais pas à l'envers ce jour là. Faudra lui donner une seconde chance à l'occase.

Urbano
08/11/2019 à 20:05

Un film à l'histoire intéressante et la photographie magnifique,
Mais un ramassé de clichés, et des scènes ou l'on sort les violons pour nous soutirer un larme mais ça ne fonctionne pas vraiment.
Tout un village qui vient applaudir sous la pluie un cheval qui laboure...
Un avis mitigé pour moi à la sortie.

Dirty Harry
08/11/2019 à 12:36

Le film qui m’a fait aimer le terme labourer (la scène est excellente). Petite perle hors des modes et de l’époque qui sent bon l’avoine.

Opale
07/11/2019 à 23:16

Quel film!!!!! Superbe...

brucetheshark
07/11/2019 à 21:35

Un de mes Spielberg préférés !

Gaidon
07/11/2019 à 20:35

Le meilleur Spielberg de cette decennie...

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