Rhum Express : critique

Simon Riaux | 27 novembre 2011 - MAJ : 01/03/2019 23:36
Simon Riaux | 27 novembre 2011 - MAJ : 01/03/2019 23:36

On était sans nouvelles de Bruce Robinson depuis près de vingt ans, voilà qui explique peut-être pourquoi le réalisateur a choisi d'adapter un des premiers romans de Hunter S. Thompson, journaliste déjanté dont l'œuvre forme le miroir inversé d'une beat generation idéaliste. En effet, Rhum Express est l'un de ses écrits les plus sages, à la prose encore relativement classique, même si l'attirance de l'auteur pour la marginalité et tout ce qui s'approche d'une conduite à risque s'y fait clairement sentir. Accompagné de Johnny Depp, ambassadeur de l'écrivain et rompu à la représentation du gonzo journalism (Las Vegas Parano), le metteur en scène avait entre les mains un matériau de premier choix, et l'occasion d'effectuer un retour dans des conditions optimales.

 

 

Mais il n'en sera rien, tant il apparaît clair, dès l'ouverture du film, qu'aucun de ses participants ne s'est véritablement immergé dans le projet. À commencer par Robinson, dont la mise en scène est tristement paresseuse, alternant plans statiques et gestion convenue de l'espace. Jamais sa caméra ne vient traduire la fièvre, ni la tentation décadente, et encore moins la fascination du pire qui firent les meilleures pages de Thomson. Johnny Depp a beau avoir laissé sa panoplie de pirate à la maison, il a bien du mal à se départir des mimiques du rôle, et traverse le film mollement, sans jamais transcender la moite indolence de Porto Rico. Une partition en pilotage automatique qui déçoit grandement, tant le comédien avait su par son seul jeu donner vie à l'écriture et au style résolument subversifs de l'artiste sous la direction de Terry Gilliam.

 

 

 

Des défauts d'autant plus regrettables que sont présent à l'écran nombres d'éléments réjouissants, à commencer par un Aaron Eckhart qui ferait passer le héros de Thank you for smoking pour un enfant de chœur. Quant à Amber Heard, malgré un rôle que même Freida Pinto trouverait inconsistant, elle parvient à accrocher notre regard à la moindre de ses apparitions, et dégage un magnétisme tantôt animal tantôt délicieusement sophistiqué, qui fait mouche une fois de plus. Ajoutez à cela des décors de rêve, une direction artistique solide, des litres de rhum comme s'il en pleuvait, et il devient évident que tout les ingrédients étaient rassemblés pour que Robinson et Depp nous livrent une recette des plus épicées.

En l'état, Rhum express n'est donc qu'un divertissement mineur, jamais inspiré quoique toujours tenu. Plus que la relative déception de voir un si brillant auteur transformé en sympathique et inoffensif alcoolo, on ne peut s'empêcher de tiquer devant l'orientation prise par Johnny Depp ces dernières années, qui d'abordages humides en pitreries numérisées se caricature, jusqu'à devenir un gadget désincarné, à des lieux des performances qui firent sa renommée.

 

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