Critique : Tu seras mon fils

Sandy Gillet | 24 août 2011
Sandy Gillet | 24 août 2011

Pour ceux qui seraient tentés par Tu seras mon fils, il faudra absolument faire abstraction, avant de rentrer dans la salle, de Malabar Princess et surtout de l'inénarrable La Jeune fille et les loups, les deux premiers films de Gilles Legrand qui s'adonnait là à une sorte de revival d'un cinéma d'un autre temps, « naphtaliné » et à l'arrière-goût plus que rance. Un classicisme d'arrière-garde pas complètement remisé au placard pour ce troisième long : mise en scène respectant les codes enseignés en première année de La FEMIS, attention particulière portée à la lumière et aux couleurs desaturés (Yves Angelo forcément) pour aller avec le climat voulu étouffant des relations père-fils contrastant avec le cinémascope qui veut embrasser la profondeur de champs d'un vignoble du Saint-Emilion, cadre de ce drame familial.  

Tout ça pue en effet la lourdeur et les bons sentiments cinématographiques. Certes. Mais alors pourquoi la mayonnaise prend-elle malgré tous ces handicaps ? La faute certainement à un casting qui à la force du poignet et du levé de coude capte in fine son auditoire bonifiant presque à chaque plan cette histoire de père, prestigieux viticulteur, en mal de transmission de son savoir. Niels Arestrup est une nouvelle fois impérial dans ce rôle qui semble lui aller comme un gant, où il est à la fois imbuvable (désolé) avec son fils qu'il ne comprend pas et qu'il juge inapte à reprendre sa succession mais qui force aussi l'admiration dans sa stature d'homme d'exception. En face il y a le pauvre Lorànt Deutsch judicieusement choisi pour ses qualités d'acteur dont on ne peut que constater, une nouvelle fois, les limites collant donc parfaitement avec son personnage, qui provoque un mélange de compassion et d'énervement (mais impose toi bordel). Et puis il y a le fils prodigue, celui par qui la fêlure devient cassure. Celui qui revient au domaine parce que son père (Patrick Chesnais en régisseur du domaine pour un second rôle admirable) est atteint d'un cancer. Celui qui a parcouru les vignobles de l'Amérique du nord et du sud et qui s'impose de fait comme la progéniture fantasmée. Nicolas Bridet était jusqu'ici un inconnu. Il a remplacé au pied levé Jocelyn Quivrin tué dans la fleur de l'âge juste avant le début du tournage. C'est un acteur avec qui il va falloir dorénavant compter tant la générosité du jeu et le charisme qui se dégagent de sa personne fleurent bon avec une belle carrière en devenir.

Tout ce petit monde (on n'oubliera pas Valérie Mairesse en épouse lucide du régisseur et Anne Marivin délicieusement érotique en femme petite bourgeoise du fils indigne qui à l'évidence a sauté trois divisions pour jouer en Ligue 1) s'entend à merveille et nous prend de force par la main, dévidant l'écheveau d'une histoire certes cousue de fil blanc mais qui avec eux paraît de première main. Et puis si cela ne suffisait pas, on pourra toujours aller « fêter » ça ensuite avec un bon verre de vin. Certainement la meilleure des façons de prolonger la chose d'une manière disons, un peu plus « goûtue ».

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