Critique : La Prisonnière espagnole

Nicolas Thys | 21 juillet 2011
Nicolas Thys | 21 juillet 2011

La Prisonnière espagnole est le film de tous les retournements et de tous les faux-semblants. Il est réalisé par l'un des plus éminents scénaristes hollywoodiens et dramaturges américains de la fin du 20ème siècle, David Mamet qui choisit ici de pousser le thriller dans ses ultimes retranchements. Jeu sur le genre et sur la descente aux enfers d'un homme ordinaire, le film joue sur le faux déjà par son casting étonnant.

Le premier détail qui cloche c'est bien Steve Martin. Ses cheveux blancs sont célèbres dans le monde entier et associés sans conteste à une réputation de comique intarissable. Que peut-il bien faire en second rôle dans un thriller ? Comme Cary Grant chez Hitchcock, changer de registre, révéler un autre visage. Mais contrairement à ce dernier, il ne joue pas les héros mais les antihéros au risque de perdre son public. Steve Martin est une énigme chez Mamet et l'un des criminels les plus vicieux qui soit.

Et ce premier faux-semblant, qui vaut amplement le détour, le comique dans un rôle on ne peut plus sérieux, cache un film dont la mécanique est affolante et grandiose. La mise en situation est un peu longue peut-être, mais peu à peu toute la machinerie mise en place se détraque. Tout ce en quoi le spectateur croyait s'effondre. On perçoit d'ailleurs ce changement possible dans une angoisse diffuse tout au long du film.

Alors, bien sûr, La Prisonnière espagnole est une œuvre de scénariste, un film où le récit est premier mais la forme choisie par Mamet, très classique mais maîtrisée, n'en est pas moins intelligente. Il choisit la voie de la simplicité et de la froideur pour mieux dérouter après coup. La machine déployée ici nous engloutit et nous fait entrer dans l'existence perturbée et perturbante d'un faux héros, interprété par Campbell Scott, dans un labyrinthe étonnant qui nous prend au piège et d'où surgit une angoisse aussi inéluctable que fascinante.

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(3.5)

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