Le Chaperon rouge : critique perdue dans les bois

Simon Riaux | 18 avril 2011 - MAJ : 04/09/2018 15:02
Simon Riaux | 18 avril 2011 - MAJ : 04/09/2018 15:02

Il y avait dans le premier Twilight, mis en scène par Catherine Hardwicke, une sincérité, un tâtonnement fébrile et impulsif typique de l'adolescence. Ces qualités ont disparu de ses suites, vampirisées par un marketing qui balaya tout sur son passage, y compris la réalisatrice. Cette dernière revient donc avec Le Chaperon rouge. Plutôt que d'approfondir les thèmes qui parcourent son oeuvre depuis Thirteen, jusqu'aux Seigneurs de Dogtown, elle choisit d'appliquer froidement un cahier des charges désormais bien rodé, mêlant bluette condescendante et frisson de supermarché.

 

Le premier tour de force du film est de parvenir à désamorcer la charge, pourtant explosive, de symbolique et d'ambiguïté sexuelle qui faisait la puissance du conte original. En remplaçant une enfant qui rêve de voir le Loup, par une adolescente tiraillée entre deux flirts pâlots qu'elle ne sait à quel sein vouer, Catherine Hardwicke piétine dès sa première séquence le para-texte passionnant qu'elle avait à sa disposition. Non content de surfer sur la vague du fantastique pour pré-pubères amourachés, le scénario recycle à l'identique les personnages de Twilight et leur psychologie, avec un opportunisme franchement désagréable.

 

 

Le casting l'a bien compris, et donc évite soigneusement de se fatiguer. La charmante Amanda Seyfried promène ses beaux yeux perdus sur ses petits camarades cabotins, Gary Oldman en tête. Le comédien, embarrassant en inquisiteur neurasthénique, n'a cependant aucune difficulté à supplanter Billy Burke ou encore Luka Haas, visiblement plus concernés par leur cachet que la menace lycanthrope. Seule Julie Christie lutte pour insuffler au récit un peu de grâce et d'ambivalence. Le sort, tristement elliptique, qui lui sera réservé révélera hélas que l'aberrante direction artistique n'en a que faire.

 

 

 

Direction artistique douteuse s'il en est, puisqu'elle est incapable de donner corps à la supposée lutte des classes qui envenime les artificielles relations entre les personnages, se contentant d'aligner les huttes en bois, lesquelles évoquent plus un village-vacances québécois que le berceau ténébreux d'un conte hivernal. Rendons hommage à l'arsenal de Gary Oldman et ses sbires, qui semble devoir beaucoup à la consommation abusive de drogues de synthèse. Quoi de mieux pour faire parler le châlant peu coopératif, qu'un éléphant de bronze monté sur roulettes, grotesque cocotte minute de trois tonnes trimballée par monts et par vaux ?

 

 

Résumé

On pourra arguer qu'il ne s'agit là que d'un produit ultra-balisé et conçu pour un public adolescent. C'est profondément mépriser son audience, et oublier qu'elle ne cherche pas à être caressée dans le sens du poil, mais surprise et emportée par de véritables histoires, souvent à son corps défendant. C'est ce qui explique le succès de Twilight, et la catastrophe navrante qu'est ce tout petit Chaperon rouge.

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