Critique : Colorado

Tonton BDM | 2 août 2010
Tonton BDM | 2 août 2010

Bien qu'il ne soit pas "officiellement" lié à l'écriture du film de Sollima, l'ombre de Franco Solinas (scénariste d'El mercenario, El Chuncho ou encore... État de siège) plane sur Colorado, d'une façon peut-être un peu trop envahissante d'ailleurs, la plume gauchiste de Solinas prenant sans doute un peu le pas sur la patte du réalisateur, qui se révélera davantage sur ses films suivants. En effet, vu que les conflits liés à la lutte des classes sont vraiment au centre du film, on aura tendance à classer Colorado au rayon des spagh' marxistes, alors que les films suivants de Sergio Sollima se démarqueront clairement de leur modèle, le réalisateur italien leur apportant une dimension plus volontiers anarchiste (voire même par moments empreinte de dérision) que réellement marxiste à proprement parler.

Colorado est donc d'avantage un film orienté "gaucho" que Saludos hombre et Le dernier face à face, en ceci que toute son intrigue, classique à première vue, peut être entièrement analysée par le prisme de la lutte des classes. Ainsi, la classe dirigeante s'oppose à l'idée même d'égalité, car elle s'accapare non seulement les richesses mais aussi la justice (les policiers corrompus). Dans leur optique, le sympathique Cuchillo ("l'as du couteau" !) est presque réduit à l'étât animal, tout juste bon à être humilié, battu ou pendu. A cause de ce statut, pour atteindre la liberté, il est forcé à la fuite perpétuelle, et son état de bête, c'est à la discrimination sociale qu'il le doit. Conscientisé, très politique, Colorado s'apparente cela dit presque parfois à un film de propagande, tant le point de vue proposé manque de réel contrepoids dramatique, et se révèle finalement assez manichéen (El mercenario s'avère beaucoup plus subtil dans son genre avec son personnage de mercenaire, très éloigné du personnage campé ici par Lee Van Cleef, le type droit dans ses bottes et au front large qui recherche avant tout la justice).

Mais au delà du plaisir pour le spectateur de retouver le toujours génial Tomas Milian, et malgré ses petits défauts, le film de Sollima s'avère cependant un vrai bon morceau de cinéma, rythmé, réjouissant, souvent drôle, et formellement très soigné (cinémascope d'enfer, musique de Morricone...). En trois mots, du bon boulot.

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