Green Zone : critique pas Jason Bourne

Thomas Messias | 23 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Thomas Messias | 23 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Paul Greengrass qui met en scène Matt Damon : vous avez déjà vu ça quelque part, non ? Ne vous méprenez pas cette fois cependant, Green Zone est à la fois très différent de la série des Jason Bourne, tout en étant bien sans aucun doute un film 100% Paul Greengrass.

Depuis Envole moi, son dispensable premier long, on attend avec fébrilité chaque nouveau film de Paul Greengrass en se disant qu'il ne pourra pas être aussi percutant que le précédent, ou qu'on va finir par se lasser de son style intelligemment rentre-dedans. Puis, patatras, on se fait cueillir et on en redemande. La méthode Greengrass est invariablement la même, mais elle semble quasiment inépuisable tant le britannique semble avoir trouvé le parfait dosage entre thriller frénétique et film à portée politique.

Green Zone revient, aussi brillamment que prévu, sur la fameuse affaire des armes de destruction massive prétendument dissimulées en Irak : l'oeuvre fait preuve de suffisamment de recul pour ne pas sombrer dans la dénonciation scandalisée, mais les évènements décrits ont encore suffisamment de résonance pour nous toucher au plus près.

 

photo, Matt DamonExcusez moi, on cherche des armes de destruction massives, vous savez où elles sont ?


Green Zone n'a pas de vocation pamphlétaire : Greengrass et son scénariste Brian Helgeland cherchent avant tout à restituer une vérité historique qui n'a pas besoin d'être passée au vitriol pour être édifiante. Nul besoin non plus de revenir sur les épisodes les plus célèbres de l'affaire, et notamment l'exposé bidonné que Colin Powell livra à l'ONU en février 2003 : le film en offre une vision beaucoup plus individuelle et bâtit un véritable thriller politique autour d'une infime poignée de personnages. Et notamment le sous-officier incarné par Matt Damon, l'un des premiers à émettre des doutes sur la pertinence des missions qui lui sont confiées et visant à mettre la main sur les fameuses armes de destruction massive.

Devant la caméra de Paul Greengrass vont ensuite s'enchaîner de nombreux rebondissements et affrontements au gré d'une idée pas tout à fait neuve mais en tout cas géniale, consistant à faire du verbe une arme tout aussi dangereuse que les autres. La mise en scène est à l'unisson : le légendaire style du cinéaste ne varie guère lorsqu'il s'agit de filmer la traque d'un homme-clé ou une simple scène d'affrontement verbal.

 

photoPas d'armes nucléaires ici les gars, on s'est fait berner, over


Mais si la marche solitaire de Jason Bourne ou l'espace confiné du vol United 93 le contraignaient jusque là à filmer de façon chaotique et en plans serrés, Paul Greengrass a su donner ici du recul à sa mise en scène. Les plans se font plus larges, comme s'il s'agissait de montrer que ces personnages-là ont un avenir. C'est de plus l'occasion de filmer, sans insister, un Irak ravagé par des attaques pas toujours justifiables, dont le chef op Barry Ackroyd sait restituer la souffrance avec le talent d'un photographe de guerre. De quoi rendre encore plus révoltante l'image de ce pays mis à feu et à sang à cause de procès d'intentions et de zèle mal placé.

Green Zone est-il pour autant un film anti-américain ? Évidemment non : il y a, au travers du héros campé par Matt Damon ou de la journaliste jouée par Amy Ryan, l'idée qu'un monde plus clean est possible si sa pérennité est assurée par des générations pas encore rongées par le système. Qu'au terme de deux heures asphyxiantes une telle utopie soit encore envisageable montre bien à quel point le film de Paul Greengrass a de la ressource.

 

Affiche française

Résumé

Green Zone est un thiller de guerre puissant et pertinent, une belle pierre ajoutée à l'édifice de Paul Greengrass.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(4.4)

Votre note ?

commentaires
De Passage
24/11/2020 à 11:13

Je n'ai pas su regarder longtemps, autant cela allait sur les Jason Bourne, autant sur celui-ci je ressentais directement le cameraman avec ces tremblements, impossible de rentrer dans le film!

Hank Hulé
23/11/2020 à 22:04

Le retour de Parkinson. Au secours !

Zanta
13/09/2018 à 08:48

Quand Greengrass commence beaucoup trop à se reposer sur sa mise en scène... Ici ça fonctionne encore, mais le scénario est quand même faiblard. Ce souci va culminer avec Bourne 5, qui souffrira vraiment de l'absence de Tony Gilroy au script.

votre commentaire