Critique : À deriva

Thomas Messias | 27 septembre 2009
Thomas Messias | 27 septembre 2009

Un film brésilien, donc en portugais, avec Vincent Cassel et Camilla Belle, ça sentait la coproduction foireuse ou le film opportuniste permettant aux intéressés de passer des vacances tout frais payés non loin de Rio de Janeiro. En fait, pas du tout : À deriva est un film absolument sérieux, chronique d'un été dans une famille en décomposition et recomposition permanente. Le film d'Heitor Dhalia adopte principalement le point de vue de Filipa, 14 ans, pour qui ce sera l'été de toutes les découvertes. D'abord celle de l'amour, ou de ce que l'on définit comme tel à cet âge-là, c'est-à-dire une course au baiser avec la langue qui peut même mener plus loin mais finit forcément par faire souffrir. Mais aussi celle de la trahison de son père (Cassel, dont le portugais semble être la langue natale), qui fricote avec la belle voisine américaine demeurant non loin de là. Le tout permettra à la jeune héroïne de conclure que la vie est souvent un jeu de dupes, et qu'il faut en tenir compte pour mener à bien son existence future.


Dhalia met ces histoires en scène avec une délicatesse infinie et une patience d'ange, captant avec précision les atermoiements et états d'âme de la jeune fille, mais aussi les désaccords qui rongent le couple formé par Vincent Cassel et Debora Bloch, et qui vont bien au-delà d'une histoire d'adultère. Les problèmes d'argent, qui dévastent le foyer, nuisent d'autant plus à l'équilibre familial que le père dispose d'une solution simplissime pour y remédier : vendre les droits d'un roman à succès dont il est l'auteur à un producteur moyennement réputé dans le métier. D'où une réflexion en filigrane sur le statut de l'artiste et celui de l'homme, tiraillé entre des principes moraux et des besoins vitaux.


La force de À deriva, c'est que son traitement apparemment superficiel - amours de vacances et petites trahisons - cache un vrai film fort proposant des sentiments contrastés émergeant au final dans une belle unité. Le tout est transcendé par la photographie absolument magnifique de Ricardo Della Rosa, qui part d'un Brésil façon carte postale et le transforme peu à peu en une fournaise presque suffocante. C'est tout le sel de ce film en perpétuelle mutation, du juvénile au sensuel, du bleu pastel au rouge baiser, qui fait d'Heitor Dhalia un cinéaste à suivre.

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