Morse : critique de sang glacé

Vincent Julé | 1 février 2009 - MAJ : 11/12/2018 15:35
Vincent Julé | 1 février 2009 - MAJ : 11/12/2018 15:35

Après la série True Blood et le phénomène Twilight, le mythe du vampire confirme qu'il est à la mode avec Morse, tout frais vainqueur du Grand Prix du festival fantastique de Gérardmer. Mais est-ce aussi simple ? Car le film suédois de Tomas Alfredson ne s'inscrit pas, ou peu, dans le cinéma de genre. Il n'en a ni la couleur (blanche), ni le rythme (lent), ni les personnages (des enfants)... juste l'odeur (du sang). A l'instar d'un Aux frontières de l'aube ou de La sagesse des crocodiles, la figure vampirique est dans Morse un mal voire un mal-être aux résonances plus humaines que fantastiques.

Un postulat qui n'a rien de révolutionnaire mais qui en prenant la forme d'une chronique adolescente trouve une force évocatrice et poétique aussi inattendue que rare. L'histoire est celle d'une rencontre, la nuit dans un square enneigé comme dans les comédies romantiques. Sauf que la neige est épaisse, étouffante et ne s'arrête jamais. Il n'y a donc personne dehors, à part deux adolescents solitaires de 12 ans : le diaphane Oskar et la mystérieuse Eli. La nature de leur relation ne dit jamais son nom, entre amour et désespoir, amitié et innocence. La mise en scène lui est pourtant entièrement acquise en posant et pesant chaque plan, en jouant des symboliques avec subtilité et en gérant la violence avec un naturel déconcertant. Qu'elle soit suggérée au début ou assumée à la fin, elle permet de retrouver les codes et surtout les plaisirs du film de genre.

 

photo, Lina Leandersson

 

Mais le vrai tour de force de cette adaptation du best-seller nordique et vampirique de John Ajvide Lindqvist est la double lecture qui sous-tend tout le récit et le personnage d'Eli. Qui est-elle ? Comment vit-elle, et qui est ce vieil homme qui l'accompagne ? Ces zones d'ombre trouvent des réponses au détour d'un plan furtif ou d'une phrase anodine, mais qui font glisser pour ne pas dire basculer Morse dans une autre dimension, sombre, déviante, désespérante. De ce point de vue, la fin lumineuse laisse un étrange goût dans la bouche, et ce n'est plus celui du sang.

 

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