Critique : Leningrad Cowboys go America

Par Nicolas Thys
29 juin 2008
MAJ : 11 octobre 2018
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Né de l'imagination de deux membres du groupe finlandais Silly Sleeper sous l'impulsion d'Aki Kaurismaki, Les Leningrad cowboys, groupe de folk rock à l'allure extravagante, sont passés à la postérité à la suite de deux films longs et de plusieurs courts-métrages, tous plus déjantés les uns que les autres et à chaque fois réalisés par Kaurismaki qui trouve en eux matière à railler le monde, ses conflits et ses idéologies sous la forme de satires toutes plus absurdes et ubuesques les unes que les autres.

 

Entourés d'un manager tyrannique, à la fois parodie des patrons ultra-capitalistes et du dictat communiste, ils forment une grande famille au look reconnaissable entre tous avec banane et santiags hypertrophiés et costume noir, combinaison audacieuse d'Elvis et d'agents du KGB revisitée à la mode Goofy. D'ailleurs ces traits sont davantage une marque de naissance qu'un simple costume comme le prouve l'un des courts métrages (These Boots) où un bébé dans son berceau possède déjà tous les signes distinctifs de ces cowboys russes. Mais ils sont surtout chanteurs ou musiciens, parmi les plus mauvais au monde. Groupe « merdrique » par excellence qui peut reprendre des classiques country et russes comme de la musique folk mexicaine ou des rengaines stupides de Johnny lorsqu'ils s'associent un court instant au prophète Elie alors que Moïse devient leur manager !

 

Chaque film, et par conséquent chacune de leur manière, est représentatif du cinéma de Kaurismaki. Visages impassibles, corps inertes, ils sont presque muets et seuls comptent les brusques changements d'état inattendus et les variations légères des mimiques comiques qui parcourent parfois ces faciès aussi désopilants qu'informes. Plans longs, souvent fixes qui passent de l'ombre à la lumière à chaque fois dans un déluge de couleurs très maîtrisé, le style du cinéaste est partout présent et son potentiel comique entièrement développé déjà dans leur chef d'œuvre Leningrad cowboys go America (dans lequel Jim Jarmush, à plus d'un titre l'équivalent US de Kaurismaki, apparaît brièvement) quand le long suivant, Les Leningrad cowboys rencontrent Moïse, malgré de nombreuses séquences cultes et un scénario que les dadaïstes n'auraient pas renié, montre quelques longueurs.

 

A voir également pour se rendre compte de ce que Borat doit à ces deux films délirants qui ridiculisent autant les Etats-Unis que la Russie même s'ils ne manifestent aucune intention documentaire.

 

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