Critique : Le Temps d'un regard

Nicolas Thys | 8 décembre 2007
Nicolas Thys | 8 décembre 2007

Le Temps d'un regard peut se voir comme un anti-Amélie Poulain avec ses qualités et ses faiblesses. Au lieu d'une femme qui passe son temps à s'occuper des tracas des petites gens qui l'entourent, Marina Hands n'a d'yeux que pour un condamné à mort américain, ne jetant même pas un coup d'œil à ceux qu'elle croise, ou si peu. En guise de petit rêveur et de vieillards aux sages pensées on retrouve deux loosers : Mathieu Demy en petit employé de banque déprimé et André Wilms en pilier de comptoir seul au monde, incapable de communiquer ou d'agir sans avoir bu, le second entrainant le premier dans une ingrate course aux souvenirs disparus. A la recherche d'une jeunesse envolée, que lui reste-il ? Si peu...

Ici aussi des gens se croisent mais aucun ne prend le temps d'aller vraiment vers l'autre. Seul un joint va les réunir ! Enfin Paris semble de nouveau au cœur du monde, mais quel Paris ? Un Paris hors des lieux communs, des quartiers populaires où nul touriste n'a dû oser s'aventurer, des petites rues sordides et un bar aux couleurs ternes : le centre d'un univers où se retrouvent quelques vivants à demi-mort. Un défaut ? La ville étant un personnage à part entière et les lieux montrés n'étant connus que d'une poignée de parisiens, seuls de rares individus risquent de se sentir concernés.

Le Temps d'un regard est aussi l'archétype du film d'auteur made in France, et il possède d'ailleurs un point commun avec une certaine littérature contemporaine (Angot & co.) : sa teneur résolument anti-romanesque. Nul héros ou antihéros grandiloquent, aucun grand malade ni fou monstrueux, point d'amoureux aveuglé par une passion destructrice mais juste quelques individus lambda dans leur morosité quotidienne affichant des tracas comme chacun en connait. En résumé c'est l'histoire de personnes qui n'ont rien à dire et qui essaient de le dire plus fort que les autres.

Mais avant de conclure une précision s'impose : ce qui est dit auparavant n'est pas forcément négatif. D'une part comparé à certains romans interminables, le film est court et maîtrisé bien que formellement il ressemble à d'autres. En outre même s'il est un peu lent à démarrer, le dernier quart d'heure est brillant. Le Temps d'un regard parle avec simplicité des gens, de leur solitude existentielle, de leurs petites manies, de Paris tel qu'il est vraiment et les acteurs sont excellents.

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