Critique : 12

Par Julien Foussereau
7 septembre 2007
MAJ : 21 septembre 2018
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Vouloir transposer la trame de Douze hommes en colère, le classique de Sydney Lumet, dans la Russie d'aujourd'hui n'est pas le pire projet de remake jamais proposé, loin s'en faut. Seulement, après deux heures et demie d'images clinquantes, de respirations comiques finaudes comme du Titof soudées à un scénario tellement artificiel dans sa construction qu'il en devient mécanique, on peine à croire que l'auteur de Soleil Trompeur et Urga (Lion d'or de la Mostra de 1991 au passage) ait pu signer un truc pareil.

 

Quoique… il semble bien que Mikhalkov soit frappé de plein fouet par le syndrome « pièce-montée-étouffe-chrétien » depuis son déjà pas terrible Barbier de Sibérie. 12 confirme que la rémission n'est pas à l'ordre du jour… Là où Sydney Lumet synthétisait en cent minutes un concentré archétypal de la société américaine des fifties en saupoudrant le strict minimum d'infos sur les jurés, Mikhalkov noie le spectateur de tranches de vie démontrant que la Russie n'est pas prête à se sortir du bourbier post-communiste. On ne mettra pas en doute le degré de plausibilité de ces témoignages d'une grande tristesse. Le problème, c'est qu'ils sont diffusés avec la régularité d'un métronome et surtout, qu'ils sont interminables.

 

Pour cela aussi, on rechigne à enfoncer complètement le dernier Mikhalkov. Parce que le regard du cinéaste sur la corruption de son pays n'appelle pas à rire et qu'il a le courage en faisant de l'accusé un tchétchène encourant la réclusion à perpétuité de fustiger la politique de Poutine à l'encontre de ce peuple. Dommage alors que ce propos soit dilué dans une imagerie branchouille avec tout ce qu'il faut de filtres, de montage cut… on croirait presque qu'il s'est inspiré de Nightwatch (le plus gros carton au box office russe dernièrement) pour ratisser large. Risible par contre est sa tirade finale (Mikhalkov joue un des douze jurés.) Son personnage de vieux loup de mer à qui on ne l'a fait pas parce qu'il a vu du pays, lui, dissimule mal un ego de taille tout à fait respectable. Comme quoi, la cause a beau être noble, il faudra toujours y mettre les formes.

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