Critique : Mortelle randonnée

Par Laurent Pécha
15 juillet 2007
MAJ : 9 octobre 2018
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Alors au sommet créatif de sa carrière (le prodigieux Garde à vue datant de 1981), Claude Miller récidive en 1983 avec Mortelle randonnée signant un dytique du polar quasi unique dans nos contrées. Entouré d’une dream team qui fait aujourd’hui rêver (les Audiard au scénario et dialogues, Pierre Lhomme à la photo, Serrault-Adjani dans les rôles phares épaulés par des seconds rôles d’exception : Marchand, Audran, Frey, Brialy, Frot,…), le cinéaste nous invite à un mariage des genres inouï.

Cette randonnée macabre est ainsi l’occasion pour le spectateur de passer par tous les stades émotionnels possibles, constamment fasciner par un récit dont on ne connaît jamais la direction ni même la nature. Road movie onirique, polar décalé, étude de mœurs osée, déchirante histoire d’amour filiale, Mortelle randonnée, c’est tour à tour tout ça et sûrement plus tant le film a cette capacité rare d’offrir d’incessants niveaux de lecture à chaque visionnage.  Magnifiquement photographiée, cette poursuite morbide et déraisonnée permet aussi d’admirer deux acteurs monstrueux au sommet de leur art.

Si Isabelle Adjani à la beauté ici vertigineuse n’a peut être jamais été aussi à sa place dans ce rôle de jeune femme totalement mystérieuse et insaisissable, c’est Michel Serrault qui livre la prestation la plus hallucinée, la plus phénoménale. Le comédien ose tout avec une maestria tout bonnement magistrale. Un des très grands numéros d’acteur du siècle passé pour une œuvre boudée à sa sortie et qui mérite aujourd’hui de figurer fièrement dans la liste des films les plus importants produits par le cinéma français.

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