Critique : Cat’s eye

Par Jean-Noël Nicolau
18 novembre 2006
MAJ : 22 octobre 2018
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Certains souvenirs d’enfance ne gagnent pas à être ravivés. C’est particulièrement le cas lorsque l’on revient auprès des séries d’animation qui nous ont marqué, voire traumatisé, quand nous étions petits. Car pour un Lady Oscar ou un Albator ayant relativement bien supportés le poids des ans, nombreux sont les programmes à avoir été définitivement abimés par le temps qui passe. Le cas de Cat’s eye est particulièrement sensible, tant cette série aura eu un impact des plus conséquents sur toute une génération. En effet, si vous étiez une petite fille, vous aviez ici votre propre version des Drôles de dames, avec ce qu’il faut d’action bien gentille, de suspens pas trop effrayant, de gadgets amusants et de romance un peu niaise. Et si vous étiez un petit garçon, il est fort probable que vous ayez connu certains de vos premiers émois érotiques devant la plastique très généreuse de ces trois donzelles dessinées, souvent prises dans des situations plus ou moins fortement évocatrices (douches, plages, kidnappings, multiples sous-entendus assez osés…).


Que reste-t-il de tous ces souvenirs émouvants 20 ans plus tard ? Malheureusement pas grand-chose, la série révélant immédiatement ses limites en rappelant son plus gros défaut : l’absence d’une véritable progression dramatique. A part un vague prétexte (la recherche du papa disparu au travers de la reconstitution de sa collection d’œuvres d’art) et des enjeux toujours identiques (les filles vont-elles se faire prendre, vont-elles réussir à voler l’objet convoité, Quentin va-t-il enfin dépasser sa trisomie latente et réaliser que Tam est une Cat’s eye ?), il ne se passe rigoureusement rien au sein des épisodes de la série. A quelques exceptions près, tous les chapitres n’entretiennent aucun lien avec ce qui a précédé, et tous pourraient en fait se situer n’importe où au sein de l’histoire (de surcroît il y a ni véritable pilote, ni conclusion).


Il faut alors se tourner vers d’autres aspects, mais là encore on ne peut être que déçu. Le suspens est inexistant (les filles s’en sortent toujours et Quentin est aveugle jusqu’au bout), les intrigues sont extrêmement répétitives et généralement peu passionnantes, l’humour tourne toujours autour des humiliations des policiers, la mise en scène est très primaire (à part faire courir les demoiselles dans d’interminables couloirs, il n’y a pas beaucoup de dynamisme). Autre point qui possède un certain charme pervers, le côté ultra 80 de l’esthétique générale. Tenues d’aérobic, musique disco, couleurs flashy, féminisme bon enfant et technologie de l’époque, tout concourt à faire de Cat’s eye un instantané d’une décennie au goût souvent assez douteux.


Evidemment il faut conclure en évoquant les tenues légères et les poses suggestives qui ont très largement contribué à la popularité de la série et à son culte toujours vivace. S’il faut bien reconnaître qu’avec un regard adulte on est toujours très surpris par l’audace de certaines images (rien que le générique (malheureusement en japonais seulement) avec ses contorsions ambiguës) et que certaines situations ont un reste de saveur (Quentin se fait régulièrement draguer et manipuler par les trois filles en même temps), la médiocrité technique de l’ensemble ainsi qu’un character design plutôt grossier ne rend pas vraiment justice aux intentions des auteurs. Bien sûr, la nostalgie peut aider, mais ceux qui oseraient découvrir Cat’s eye aujourd’hui risquent de tomber des nues (sans jeu de mots trivial).

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