Critique : Retour à Howards end

Erwan Desbois | 17 mai 2006
Erwan Desbois | 17 mai 2006

Retour à Howards End marque les retrouvailles du duo Ismail Merchant (producteur) – James Ivory (réalisateur) avec l'œuvre de E.M. Forster, six ans après leurs précédents travaux d'adaptation du romancier anglais. À l'image de toutes les retrouvailles après une si longue séparation, celles-ci sont teintées d'une certaine mélancolie et n'ont plus la passion des premières rencontres. Comme un fait exprès, cette évolution cadre parfaitement avec la tonalité plus posée et nostalgique de Retour à Howards End, loin des récits d'émancipation menés tambour battant qu'étaient Chambre avec vue et Maurice.


Cette rupture doit beaucoup à la nature des protagonistes du film. Si le contexte est le même – l'Angleterre des années 1910 et l'opposition entre bourgeoisie richissime fermée sur elle-même et intellectuels éclairés –, les héros ne sont plus des jeunes premiers ayant l'énergie pour bousculer les conventions mais des hommes et des femmes qui subissent de manière désabusée le monde dans lequel ils vivent. Au premier rang se trouvent Henry Wilcox (Anthony Hopkins, tout juste sorti du Silence des agneaux), richissime homme d'affaires et propriétaire foncier, et Margaret Schlegel (Emma Thompson, Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle), célibataire cultivée et libre penseuse. Le poids des années – lui vient de perdre sa femme, elle est en âge de devenir une vieille fille aux yeux des gens – les pousse vers un mariage de raison, fortement contrarié par les antagonismes qui existent entre leurs deux familles.


Arrogants et gâtés, les descendants d'Henry Wilcox n'ont que faire des couches sociales inférieures et voient d'un mauvais œil l'entrée des Schlegel dans leur univers. Quant à Helen, la sœur cadette de Margaret, elle ne peut supporter cette morgue des Wilcox à leur égard ainsi qu'envers la classe ouvrière, personnifiée ici par un couple (les Bast) qui sera au final le principal perdant de la lutte idéologique des Wilcox et des Schlegel. La taille et la complexité de cette mosaïque de personnages représentent le point faible du film. Ivory a en effet du mal à couper dans les longues scènes de dialogues, ou à privilégier certains personnages par rapport à d'autres ; les éparpillements et les piétinements qui en découlent rendent le récit inutilement laborieux et compliqué – en particulier dans son démarrage.


Pourtant, dès qu'Ivory se recentre sur le cœur de son récit, la beauté sans fioritures et l'intelligence de sa réalisation font merveille. Ce point central du film, c'est la maison qui lui donne son nom : Howards End. Celle-ci cristallise les souvenirs, angoisses et aspirations de tous les personnages, qui en l'approchant tombent les masques quant à leur nature réelle – pour le meilleur et pour le pire. Par la grâce d'une mise en scène limpide et d'un enrobage à l'avenant (musique et montage virtuoses), Ivory parvient à nous faire ressentir tous les sentiments contradictoires qu'inspire cette demeure. Il la rend ainsi aussi spéciale à nos yeux qu'à ceux des différents protagonistes - les plans d'ouverture et de clôture du film en sont les plus beaux exemples.


Autour d'Howards End se tisse alors une fresque élégiaque, monumentale mais surtout intimiste. Nul besoin en effet d'aller chercher très loin la qualité première de ce film : des personnages forts et complexes servis par de grands acteurs, une histoire prenante, et un réalisateur qui mène tout cela jusqu'à une conclusion poignante, voilà les ingrédients somme toute classiques qui font de Retour à Howards End un long-métrage qui nous touche et dont l'on se souvient.

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