Critique : Laurier blanc

Par Eric Dumas
10 septembre 2004
MAJ : 16 octobre 2018
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Passé inaperçu ou presque dans les salles lors de sa sortie, Laurier blanc avait pourtant tout pour plaire au public, avec notamment une affiche particulièrement impressionnante. Michelle Pfeiffer, Renée Zellweger, Robin Wright Penn et la jeune et ravissante Alison Lohman (future Jenny dans Big Fish) sont les « héroïnes » de ce qui semble, en apparence, ne pouvoir attirer qu’un public féminin.

Ce que je sais d’elle(s), d’un simple regard…

Si le film traite des relations mère-fille, il aborde également une étape difficile de la vie : la métamorphose qui s’effectue entre l’adolescence et l’âge adulte. Avec les crises existentielles qui accompagnent les changements incessants de domiciles de la jeune fille, c’est à chaque fois le portrait d’un nouveau foyer, d’un nouveau couple, d’une nouvelle classe sociale qui est dépeint. Faisant souvent perdre pied à l’héroïne, ces personnages se succédant sont les reflets d’une société qui semble, à l’inverse de l’apparente luminosité du film, d’une noirceur profonde. Cherchant à trouver et à mettre un peu de couleur dans cet univers, où il semble tout aussi difficile de vivre avec les autres qu’avec soi-même, la jeune Astrid se métamorphose en un caméléon capable de se fondre dans l’univers des êtres qui l’entourent. Cette idée trouve un écho dans des choix photographiques judicieux, alternant une surexposition permanente et un estompage des couleurs à des séquences plus contrastées, plus denses et plus colorées. Ces touches sont d’autant plus remarquables qu’elles sont rares et porteuses de sens.

Cette blancheur, métaphore d’une page ou d’une vie à remplir, d’une virginité absolue de l’enfance, est également synonyme de pureté que la mère, magnifiquement interprétée par Michelle Pfeiffer (dans un rôle à contre emploi), cherche à acquérir au détriment de toute pitié et compassion. L’amour de celle-ci est violent, destructeur et douloureux tout autant que passionné, formateur et exclusif. Cette galerie de femmes marginales (ex-strip-teaseuse, actrice de seconds rôles, capitaliste des pays de l’Est, artiste solitaire et mante religieuse…) est d’autant plus touchante qu’elle est peinte avec des choix de mise en scène mettant volontairement l’accent sur l’idée du modèle. Le réalisateur, étonnement un homme, semble laisser la place à ses comédiennes. Voilà qui peut déranger. S’il est vrai que l’on perd de vue une quelconque personnalité et originalité du cinéaste à force de voir ces actrices monopoliser l’écran, on pense que le film a été spécifiquement écrit pour elles. Mais peut-être s’agit-il tout simplement de l’inverse. Ces actrices parviennent à retranscrire et crédibiliser les fissures que ces femmes portent en elles, avant d’en arriver aux véritables fractures intimes et personnelles.

Optant pour une mise en scène réaliste (caméra portée le plus souvent, plans longs favorisant le jeu des acteurs…), le réalisateur porte à l’extrême une quête de l’amour inconditionnel, alors qu’il peut parfois être très simple. Ces personnages non conformistes ne peuvent vivre sans avoir une reconnaissance affective de l’autre, pour certains, c’est le pardon divin, l’agissement dans le droit chemin pour être aimé de Dieu, pour d’autres, elle est plus égocentrique : la célébrité, la gloire.

Alors, bien sûr, certains diront du film qu’il possède un aspect mélodramatique excessif et facile (puisque le gouffre semble sans fond), dont le récit est susceptible d’appuyer les traits à grand renfort de situations sentimentalistes et métronomiques (trois ans, trois famille, trois bouleversements). La fin, notamment, déçoit légèrement, mais elle n’abîme pas cette impression sombre et négative d’un trajet qui s’est voulu douloureux et chaotique, tout autant pour les personnages que pour les spectateurs.

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