Critique : Je vais bien, ne t'en fais pas

Sandy Gillet | 4 septembre 2007
Sandy Gillet | 4 septembre 2007

Philippe Lioret fait partie de ces cinéastes à part dont l'univers semble s'appuyer au détour de chaque film sur les mêmes bases dites classiques et reconnaissables entre toutes, propres à « rassurer » son monde (depuis le producteur jusqu'au spectateur) mais qui au final s'ingénue systématiquement à tordre le cou de ce qui s'apparentait à des faux amis cinématographiques. Découvert avec Tombés du ciel et son Jean Rochefort en apatride forcé résidant dans la zone internationale de Roissy (inspirée de la même histoire que celle racontée plus tard par Spielberg dans son Terminal), propulsé sur le devant de la scène avec son Mademoiselle où l'on pouvait y voir une Sandrine Bonnaire à la beauté solaire, Lioret confirme ici que ses prédispositions de cinéaste iconoclaste (c'est-à-dire respectant l'enseignement de certains de ses aînés tout en traçant résolument sa propre voie) lui permettent tout simplement de signer avec Je vais bien ne t'en fais pas, son film le plus abouti.

L'autre particularité de cet ancien ingénieur du son est sa formidable propension à mettre en valeur ses acteurs. Si avec Rochefort ou Bonnaire on était face à des comédiens reconnus pour et par leur talent, l'association ici entre Kad Merrad et Mélanie Laurent était tout sauf évidente. Le résultat laisse pourtant rêveur avec en tête de liste un Kad d'une rare justesse dans la peau de ce père introverti, banlieusard et ayant du mal à exprimer sa paternité. Une réussite qui force l'admiration non pour le côté « je casse mon image de clown par souci carriériste » (quel « comique » aujourd'hui ne rêve t'il pas en effet d'être adoubé comédien ?) mais bien parce que le tout relève à l'évidence d'une volonté simple et candide de se mettre à nu et de montrer incidemment l'extraordinaire palette de jeux que le bonhomme recèle au plus profond de lui-même. Une inclinaison dont on peut trouver le premier indice notable avec le J'invente rien de Michel Leclerc sortit dans l'anonymat le plus complet en plein coeur de l'été 2006 et qui montrait déjà un Kad plus qu'attachant dans la peau de ce Géotrouvetout un peu anar sur les bords.

Enfin ce qui emporte définitivement le morceau c'est tout simplement l'histoire. Co-adapté avec l'auteur du bouquin (Olivier Adam) au titre éponyme, Lioret qui a toujours signé les scénarii de ses longs-métrages, démêle avec tact et humanité ce thriller dramatique rappelant en cela les meilleurs films de Claude Sautet (on pense bien entendu aux Choses de la vie ou encore à Vincent, François, Paul et les autres). La recherche maladive de ce frère disparu n'étant en effet au final qu'un prétexte pour faire exploser conventions familiales, non-dits et autres artifices de vie. Une nouvelle exploration de l'âme humaine que Lioret enrichit de considérations si évidentes et si simples que l'émotion qui chavire le spectateur lors des derniers plans n'en n'est que plus fort.

 

Retrouvez les interviews de Kad et Mélanie en cliquant sur leur autoportrait :

 

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