Critique : Mon nom est Tsotsi

Par Vanessa Aubert
17 juillet 2006
MAJ : 17 octobre 2018
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Oscar du meilleur film étranger, Prix du Public aux Festivals de Toronto et d’Edimbourg, Mon nom est Tsotsi est une sentence qui se grave dans votre mémoire. L’Afrique du Sud, ses contrastes et la vie d’un orphelin de 19 ans, leader d’une bande de malfrats vivant de vols souvent violents. Son (sur-)nom est Tsotsi comprenez « voyou ». Son quotidien tient par un fil qui s’effiloche brutalement lors d’un carjacking à l’issue improbable : un bébé s’y trouve en guise de cadeau empoisonné.

Si le nom de Gavin Hood ne sonne pas encore à vos oreilles, gageons que ce film attirera votre œil. En adaptant le seul roman du prolifique auteur de théâtre et sud-africain Athol Fugard, Hood réussit à retranscrire les dialogues intérieurs initiaux du personnage par des va-et-vient dans l’enfance d’une brute dont on ne souhaiterait pas croiser le regard. La mise en images est bien pensée car l’évolution psychologique de ce héros des bidonvilles est aisément perceptible malgré le peu de mots qu’il emploie. Garder le nourrisson, un choix-déclic qui, étonnamment, fera resurgir l’humanité que Tsotsi avait délibérément enfouie pour sa propre survie. À travers lui, c’est la brutalité du paysage sud-africain qui jaillit. Les différences sociales et la misère des bidonvilles font étalage de deux mondes d’où ne peuvent naître qu’envie, violence et mort.

Mais Hood parle de la vie. La force du réalisateur est de poser, avec parcimonie et subtilité, les bases permettant de comprendre le passage du petit garçon innocent à celui du jeune adulte violent. Montrer sans porter de jugement mais constater l’état de faits. Si l’on parvient à ressentir empathie et affection, c’est que le casting est brillamment réalisé. Tous les acteurs sont si confondants de vérité, que l’on en vient à chercher la part documentarisante de la fiction. Portant le film sur ses épaules, son nom est Presley Chweneyagae. Un regard brut et une gueule d’ange qui semblent s’opposer en permanence. Terry Pheto (Miriam) est la bouffée d’air frais, chaud et maternel dans ce monde sans espoir. Elle rayonne à travers le prisme de ses créations de verre coloré, elle apaise et ravit par une beauté et un jeu impeccable.

Tout est mis au service d’une histoire que Hood enrichit constamment par des personnages (le clochard handicapé), par des éléments (la deuxième "maison" de Tsotsi), par des évènements (le cambriolage) mais qu’il filme sans artifice et avec pureté. Une maîtrise qui fait montre d’un cinéma sud-africain en pleine expansion et dont on espère que le dynamisme vienne jusqu’à nous. En attendant, on se délecte déjà des images, du scénario, des personnages et de la précision de second long-métrage de Gavin Hood. N’oubliez pas, son nom est Tsotsi !

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