Critique : Entre deux rives

Par Flore Geffroy
23 juin 2008
MAJ : 14 octobre 2018
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Un homme, une femme (et pas de chabadabada). Il est architecte, il a un chien qui s'appelle Jack. Elle est médecin, elle a un chien qui s'appelle Jack. Il vit en 2004, elle vit en 2006. Il achète une maison au bord d'un lac, elle quitte la maison au bord du lac. La maison a une boîte aux lettres. Importante, la boîte aux lettres. Sans elle, pas de film. Il trouve une lettre (dans la boîte aux lettres). Il laisse sa réponse (dans la boîte aux lettres). Le facteur, qui normalement sonne toujours deux fois, ne semble jamais passer dans le coin pour ramasser le courrier.… Sans même attendre la demi-heure, on s'enfonce mollement dans son fauteuil (ron pchiiiiiiiiiiitttttttt), en se demandant combien de temps il faudra à ces protagonistes improbables pour parvenir enfin à se bécoter sans avoir à courir dans les méandres temporels.

Keanu Reeves et Sandra Bullock se retrouvent à patauger laborieusement ensemble, quatorze ans après le bus en folie de Speed, dans les sables mouvants convenus d'une bleuette tire-au-flanc (et remake d'Il Mare, un film sud-coréen sorti en 2000, qui n'a pas laissé de souvenir impérissable). À aucun moment, le beau et la belle ne parviennent à instiller le moindre charisme ou la moindre émotion à des personnages romantiques, sur le papier, en fait rasoirs et aussi plats qu'un soufflé raté. Ce n'est même pas qu'ils jouent mal, c'est qu'ils ne savent pas jouer. Keanu Reeves architecte est aussi crédible que Jean-Claude Vandamme le serait dans le rôle de Jean-Paul Sartre. Sandra Bullock varie à peu près autant ses expressions que Droopy – et elle n'est pas drôle, elle–.

Rien ne manque. Pour le même prix, vous aurez une musique sirupeuse à souhait, des dialogues convenus au possible, une fin attendue, des personnages fades à pleurer. La scène du slow langoureux (évidemment qu'elle se clôt par un baiser en gros plan sous toutes les coutures) est le summum du ridicule. De deux choses l'une : The Lake House pourrait bien être la solution pour remédier à ses insomnies ou LE film à infliger à votre pire ennemi. Courage, fuyez.

Flore Geffroy (à Los Angeles)

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