The Last Show : Critique

Flore Geffroy | 15 juin 2006
Flore Geffroy | 15 juin 2006

La mort de Robert Altman a donné une dimension nouvelle à son ultime film, The Last Show . La presse française dans son écrasante majorité (nous nous incluons dedans) ne s'est pas fait prier pour rapprocher ce titre avec la dernière révérence du maître ès chorale. Il ne s'agit là que d'une appellation propre à l'exploitation hexagonale du long-métrage. Or, pour apprécier pleinement The Last Show, il est crucial de se pencher sur la V.O. : A Prairie Home Companion, émission de la radio publique américaine ronronnant, pour le plus grand bonheur de ses auditeurs – fidèles, cela va de soi – depuis 1974. Le capitaine de ce beau bateau ivre s'appelle Garrison Keillor. Icône radiophonique, l'animateur à la voix de velours manie tous les samedis l'humour et la chanson(nette), qu'il pousse en direct avec des invités au choix : célèbres, inconnus, fictifs ou réels. Une émission à l'ancienne, en vogue dans les années 30 et 40. Bref, A Prairie Home Companion – qui tient son nom d'un cimetière – est un régal d'intelligence, de subtilité, d'originalité.

 

 

Ça commence donc comme un polar dans un Série Noire. Une voix off, une dégaine années 50 : Guy Noir, détective privé (Kevin Kline fait un raté irrésistible) nous entraîne dans les coulisses de la dernière de A Prairie Home Companion, avant son rachat par un grand groupe de presse requin… et texan. Il peut raconter, il y était. Le fil de la narration s'enchaîne. Plongée dans les coulisses, plongée en parallèle sur la scène, devant le public. Les personnages fictifs de l'émission (la vraie) prennent corps et se mêlent aux intervenants réels. Qui est qui ? Qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui ne l'est pas ? Jeu de cache-cache incessant… À l'image de Gosford Park, Altman concentre toute son attention sur une poignée de personnages réunis dans une unité de temps (une heure, durée du show) et de lieu (le Fitzgerald Theater de St-Paul, dans le Minnesota). Le grain de l'image, la lumière distillent un effet documentaire troublant, qui accentue cette atmosphère délicieusement surannée, comme une vieille senteur familière de cuir. Ambiance, atmosphère, dialogues souvent brillants d'humour : tout tient en équilibre dans ces mots. Il y a aussi le mystère de la femme en pardessus blanc (hommage à peine déguisé à Lauren Bacall du Grand sommeil, fil conducteur d'un récit linéaire mais pas plat.

 

 

La performance des comédiens est un régal, à commencer par Meryl Streep et Lily Tomlin, dans leur duo de frangines sur le retour chanteuses de country, les impayables cowboys « rednecks », Lefty et Dusty (John C. Reilly et Woody Harrelson), et leurs blagues à deux balles, ou encore Garrison Keillor, alias G.K, éternel pince-sans-rire. La scène où tout le monde improvise en direct parce que la script a perdu le conducteur de l'émission est simplement délicieuse. Robert Altman joue sur une évidente connivence avec Garrison Keillor (d'ailleurs aux commandes du scénario) et avec les auditeurs de l'émission (la vraie), qui se retrouvent en terrain naturel, codifié mais familier... Restait donc à savoir, il y a encore quelques semaines de cela, si la sauce allait prendre dans une France où la musique country est plus que marginale. Le destin en a décidé autrement avec la mort d'Altman. Certes, The Last Show demeurera un film plaisant mais mineur dans la filmographie de ce grand monsieur. Il sera toutefois difficile de retenir une émotion certaine devant le parallèle que l'on fera inévitablement entre L.Q. Jones et Robert Altman, sans compter ce Sweet By and By mélancolique à souhait. On devine chez ces comédiens, heureux d'être là, la tristesse d'un tournage qui s'achève. Un an et demi plus tard, ils deviennent pour la postérité les adieux d'un cinéaste à son public. Dignes et classes. A l'image d'Altman.

Flore Geffroy (à Los Angeles)

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